Avec le groupe F, il trouve son point G

Bombe à neutron ? Epidémie de grippe ? Finale de coupe du monde ?

Hier, samedi soir, 1er jour du mois d’août, la ville ressemblait à un dimanche de novembre, décor précieux mais sans figurants, sans acteurs, sans scénario. Rien, des bars vides, des terrasses prématurément rangées, des serveurs sans service.

La pluie ? Il n’y aurait qu’à Périgueux qu’elle fit tant l’effet d’une douche froide.

Billet du dimanche en écho à celui de JF Cros dont vous pouvez suivre les pensées et parfois le regard interrogateur:

Quand aurons nous à la fois de beaux monuments et de belles idées remuantes et stimulantes ?

Cette ville dont le classement touristique fait office de pavillon de complaisance sur le toit de la CCI, est propulsée selon l’arithmétique du régime à un niveau de fréquentation honorifique. Rien ne sonne et tout trébuche et peu importe que la ville ressemble à une station balnéaire en hiver. Observée depuis Bassillac, il est vrai que Périgueux a des airs de métropole fourmillante.
Cette assertion apparaîtra erronée à ceux qui ne sont pas sortis de la ville depuis trop longtemps. Peu importe, les autres comprendront.

:: Périgueux sur l’échelle de Glasgow ::
On l’a pourtant entendu en campagne électorale, le candidat à l’élection municipale déclamer sa puissante rhétorique :
Une ville qui se lève à 08h00 et qui se couche à 19h00 dénonçait le candidat Moyrand ; alors indigné par une inertie qu’il allait révolutionner. Une ville dont il promettait en conseil municipal (17/03/09) qu’il la propulserait :

à un niveau jamais atteint d’activité et d’attractivité.

Une ville au service de laquelle il mettrait tout son poids de cumulard en tant que vice-président du conseil régional à l’artisanat et au commerce. Et tout cela étayé par les compétences démesurées et exceptionnelles de son 1er adjoint ; godfather du tourisme périgourdin et directeur de la Sémitour.

Ce n’est pas tant leur impuissance structurelle que l’honnêteté des promesses de campagne qui pourrait être considérée de plus près. Il ne faut pas s’enflammer. La Société d’Economie Mixte dédiée au commerce, à l’artisanat et au tourisme n’a pas encore vu le jour. Car quand elle le verra, vous allez voir ce que vous allez voir…
Combinant le tourisme et l’artisanat, c’est une véritable machine à générer des dividendes qui sera opérationnelle. Et si ce n’est par la fréquentation touristique ou autre, ce le sera par les subventions du FISAC. L’échec est impossible.
Et si au conseil d’administration il vaut mieux nommer arbitrairement des amis que voir des inconnus élus, c’est que l’art de la dynamisation et de l’attractivité est un travail d’équipe, sinon de famille.

:: Le groupe F et le point G ::
Peu importe. Avec le groupe F le maire a trouvé son point G. Il démocratise la culture explique-t-il à une presse lénifiante (DL 27/07/09). Aboutissement d’un long raisonnement, la doctrine moyrandiste considère que la démocratisation de la culture consiste dans la gratuité de l’accès à cette dernière. Certes, pour certains c’est un peu court, mais pour lui c’est déjà beaucoup.
Sur d’autres plans -national notamment- le retour sur expérience est formel. La gratuité ou le faible coût d’accès peuvent faire partie de cette démocratisation, mais demeurent en échec s’ils en sont l’unique moyen et quand bien même le principal.

De plus, cette démarche ne saurait se déployer en un unique évènement ; elle s’inscrit en général dans un programme clair et distinctement établi. Mais existe-t-il ?
Peut-être dans l’accès au musée du Périgord, par lequel il redécouvre le protectionnisme culturel, en élargissant l’accès aux habitants de la commune tout en le fermant aux non périgourdins.
Une capitale de département a peut-être d’autre vocation dans son rayonnement que ce genre de mesure plus adaptée à des villes comme Excideuil.

:: Bugeaud le héros d’Excideuil ::
C’est à Excideuil, que se trouve depuis 1999, la seconde statue du Maréchal Bugeaud, rapatriée d’Algérie en 1962. Et c’est précisément notre actuel adjoint à la culture de Périgueux, qui fut maire de cette ville de 1995 à 2008. La statuaire périgourdine dut lui être familière en ce point.
Le massacre de populations civiles arabes ordonné par l’inventeur de la technique de l’enfumade est, par la présence de sa statue, traité comme un détail de l’histoire.
Il sembla plus important d’honorer le maréchal pour avoir obtenu des financements nécessaires à la construction de la fontaine qui porte son nom. La commune reconnaissante…

En complément, on peut toujours s’instruire avec l’Office de Tourisme d’Excideuil, consacrant une propagande ouvertement révisionniste, Bugeaud, le soldat laboureur, (juin 2008). Florilège :

Au mois de mai 1836, Bugeaud est envoyé en Algérie pour commander les troupes françaises qui luttent contre les guerriers d’Abd El Kader. Il y remporta les nombreuses victoires qui le rendirent célèbre, mais encouragea aussi les autochtones à l’agriculture. Il fit pousser des arbres fruitiers (dont des mûriers), et traça de nombreuses routes pour moderniser le pays. Il en retira un profond respect de ses hommes et des algériens.

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Il suffit de lire cet article (mai 2005) -exemple parmi tant d’autres- pour comprendre à quel point le Maréchal inspira et inspire encore un profond respect aux algériens:

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Des voix s’élèvent en Algérie, notamment au niveau officiel, pour que la France reconnaisse les « crimes » commis lors de la colonisation (1830-1962) et demande pardon aux Algériens avant la signature d’un « traité d’amitié » entre les deux pays. 

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Sur la page wikipedia de la ville d’Excideuil, Bugeaud apparaît comme première personnalité de la ville. Dans la ville où l’adjoint à la culture de Périgueux fut maire pendant 13 années, quand l’histoire dérange, on la refait. Reste à savoir ce qu’on fait à Excideuil quand on entend le mot « culture ». On répond « agriculture » et on plante des mûriers?

:: Démocratisation et gratuité :: 
La démocratisation de la culture ne se résume pas à la gratuité.
Le maire en est déjà un bon exemple. Et l’on ne saurait que conseiller à son adjoint à la culture de lui faire des fiches sur les essais sociologiques de Pierre Bourdieu. Plus près de nous, Jean Clair, conservateur des musées de France, in Malaise dans les musées, (critiqué) pose une question grinçante :

Au nom de l’Etat providence, tous les individus seraient-ils devenus des ayants droit au musée, comme on l’est aux soins médicaux ?

Isolées et à l’état brut, démocratisation et gratuité sont les filles légitimes de la démagogie. Mais cessons là. Aborder sérieusement ces problèmes de fond serait faire trop d’honneur à cette communication politique à la finalité flatteuse pour l’électorat le moins exigeant.

A se targuer de démocratiser la culture, il en ferait oublier qu’il voulut un jour démocratiser la politique locale. S’il y a autant de sincérité et d’efficacité dans la première que dans la seconde, il vaudra mieux en rire. On sera prévenu au moment d’en pleurer.

En conclusion, il faudra noter un maire en progrès. La droite avait su créer et apporter un rayonnement national au festival Mimos. Michel Moyrand, assimilant ce festival à sa politique culturelle, (ce qui prouve qu’il en a une), se déclare volontaire à lui apporter aujourd’hui un rayonnement international. C’est beau comme un camion et par cette seule déclaration : c’est déjà fait.