Michel Moyrand, à contre courant du Parti Socialiste

Le maire de Périgueux s’est exprimé dans les colonnes de la Dordogne Libre du 31/08/09 sur l’université d’été du PS à La Rochelle.
Chose étonnante, il assume une position qui semble minoritaire au sein de sa formation politique.

Là où la majorité des interrogés saluent un positionnement offensif et la priorité aux débats constructifs, il se montre méfiant et se demande si la première secrétaire n’est pas « contrainte » et opte pour « une fuite en avant ».

:: Le leader avant les idées ::
Là où la plupart s’accordent sur la priorité des idées avant le choix de la personne, il persiste et revendique la désignation d’un candidat avant tout projet politique. Ainsi, il n’hésite pas à mettre en avant que le « charisme » et « l’autorité » sont des prés requis au débat sur les idées et les orientations politiques.
Pour ce faire, il cite en exemple la méthode de la majorité gouvernementale, pour se ranger à « ce qu’à réussi à faire Sarkozy ».

:: Le défense du cumul des mandats ::
Là où la pression citoyenne exprimée largement par les militants du PS conduit les leaders à vouloir réformer le parti pour limitation du cumul des mandats, il considère que ce n’est que « tarte à la crème ». Une telle considération sur un thème majeur de la vie politique a de quoi faire douter sur ses connaissances réelles du sujet.

:: La démocratie interne comme démagogie ::
Il va même jusqu’à dénoncer la démagogie de Martine Aubry, (« …c’est très séduisant pour les militants mais ce n’est pas le vrai sujet »), en brocardant indirectement l’appel à la décision des militants. Rappelons qu’en terme de démocratie participative, le maire de Périgueux est loin de correspondre aux avant gardes politiques et défend avec opiniâtreté un modèle de représentativité classique, vertical et rigide.

Prenant pour modèle la méthode sarkozyste, accusant à demi mot la première secrétaire de démagogie, tout en considérant le cumul des mandats comme un épiphénomène, le maire de Périgueux détonne et étonne.

:: Sarkozy: l’exemple à suivre / Aubry: la démagogie ::
Le cumul des mandats ne serait pas un vrai sujet, l’appel à la décision des militants ne serait que démagogie et l’exemple à suivre est celui de Nicolas Sarkozy. Quant à la secrétaire nationale du PS, elle est soupçonnée de prendre position sous la contrainte et de « fuite en avant pour faire bonne figure ».

:: Dans les pas de Frédéric Lefèvre ::
Frédéric Lefèvre n’aurait pas dit mieux et peut remercier Michel Moyrand de n’avoir pas besoin de dégainer. Quand les socialistes décident de ranger leurs flingues pour laisser de côté les petites phrases assassines et tenter de construire un mouvement positif, c’est là, précisément, que le maire de Périgueux opte pour la position inverse.

C’est décidément un drôle de socialiste que ce maire à la droite de la droite de la gauche, qui étale son conservatisme contre les propositions de réformes et avoue tout son parti pris pour le caporalisme et le choix du leader charismatique contre celui de la démocratie interne.

:: Conservatisme et opportunisme ::
Reconnaissons lui le courage de ses idées dont le conservatisme, à défaut de s’inscrire dans un courant quelconque ou avoué comme tel, représente à lui seul un véritable contre courant. Pour le principal, fidèle à l’attentisme qui le caractérise, « il attend de voir ».

Là où les mouches s’agglutinent, peut-être qu’il y a du miel. En 2008, ce miel était représenté par la thématique ségoléniste de la démocratie participative. Il s’y est employé avec ardeur en marketing politique pour l’esbroufe que nous connaissons aujourd’hui. Peu importe, c’était électoralement payant et c’est bien cela l’essentiel.

Il est probable qu’au besoin, lorsque la nécessité électorale fera loi et quand le problème du cumul des mandats se fera réellement pressent dans l’opinion, par exemple en 2014, on verra que ce sujet n’est plus du tout aussi secondaire qu’il le prétend aujourd’hui.

Quant à sa position actuelle sur la recherche d’un leader charismatique en préalable au projet politique, il s’en oublie lui-même. Celui qui était au bon endroit au bon moment oublie en effet qu’appliquant ses préconisations nationales à un plan local, son sort eut été bien plus modeste.