La prophétie du quartier de la gare, locomotive du XXI° siècle

Au sujet du quartier de la gare, le programme politique du candidat Moyrand était clair, net et volontaire :

Nous réaménagerons le quartier de la gare autour du pôle multimodal. Ce quartier deviendra un quartier plus vivant et plus agréable, plaque tournante des transports en commun et des voies de déplacements respectueux de l’environnement.

45 mois plus tard, 180 semaines après son élection, le maire de Périgueux confirme aux habitants son engagement, en précisant qu’il est « essentiel de jeter les fondations de l’avenir de notre cité pour les prochaines décennies ».

Le verbe haut, Michel Moyrand n’y va pas par quatre chemins :

« le quartier de la Gare, longtemps parent pauvre de notre cité, a vocation à s’inscrire comme un poumon social et économique, véritable locomotive de Périgueux pour le XXIe siècle ».

Les électeurs n’ont plus qu’à s’asseoir, le train de l’avenir de Michel Moyrand les amène pour un grand voyage

Petit rappel historique sur les prophéties périgourdines

Ce genre de déclaration prophétique appelle une certaine circonspection. A la fin du XIX° siècle, les pouvoirs publics ont lancé la construction du quartier Saint Martin sur les mêmes motifs et la même rhétorique. Saint Martin devait devenir une locomotive, « le quartier des affaires » de Périgueux au XX° siècle. En parallèle, il fallait détruire le quartier historique de Périgueux, à l’urbanisme obsolète et à l’architecture passée de mode.

Immense ironie. Au siècle suivant le poumon de la ville est bien resté le centre historique, plus prisé que jamais et seule réelle valeur ajoutée de la ville. Quant au quartier Saint Martin, le « quartier des affaires » du XX° siècle, il est résidentiel, morne et fantomatique.

Quant aux faits se substitue la communication

Mais au XIX°, il firent ce qu’ils disaient vouloir faire. Le maire de Périgueux parle et s’en contente.

Aujourd’hui il annonce en 2012 une vaste campagne de recherches de fonds publics. En lisant le document, il s’agit d’une année de « préparation » à l’évaluation des « possibilités » qui permettront d’établir la liste des « souhaits d’aménagements futurs » en… 2015. (Cliquer pour agrandir)

Concrètement on ne peut pas mieux botter en touche. Electoralement, c’est une planification rigoureuse et transparente. On va donc enchainer les réunions publiques pour caresser l’électeur dans le sens du poil à partir de jolis plans masses en espérant que ça passe. (Cliquer pour agrandir)

Le projet de construction de logement (152) vient d’être renvoyé sine die, dommage, il conditionne le déclenchement pour du reste. Sachant très bien que rien de concret ne sera réalisé durant son mandat, le maire enclenche le moulin à paroles.

Ainsi voit-on pointer 2015 et rien moins que le nouveau « poumon économique » du XXI° siècle.

Michel Moyrand à l’étroit entre sa mairie et le Bas Saint Front

Il y a peu, le maire de Périgueux annonçait aux périgourdins un nouveau prix pour le déménagement de la mairie : 6.4 M€ ((Erreur de notre part, la CCI s’est vendue 2.63M€ alors qu’elle était estimée à 2.57M€ en 2009)). Pour cela, les citoyens devaient lire l’appel doffre public. Ou sinon il fallait attendre que nos journalistes les plus affutés aient lu Ruedelachouette ((La mairie de Moyrand ne connait pas la crise))  avant d’en recopier les grands axes dans leurs journaux. Bref, question info à Périgueux, on fait ce qu’on peut et ce n’est pas le maire qui les aide.

Et ça continue. Le lundi 05 juillet, la mairie de Périgueux a publié un appel d’offre public pour la réalisation de l’étude d’impact du projet de parking que le maire projette au pied de la cathédrale Saint Front. Personne, avec une science de la discrétion qui touche au vœu de silence, n’aura donc averti les périgourdins comme il se doit sur cette future étude d’impact.

Elle contient pourtant des informations intéressantes pour ce qui reste un peu leur ville après tout.

Depuis que le maire s’était engagé par écrit à réaliser le projet pour avril 2011, il traine ce dossier comme un boulet en héritage. Face à la nécessité  politique de faire quelque chose, il n’a de cesse de se contorsionner pour ignorer les enjeux urbains. Aujourd’hui il ampute encore ce qui était la tranche ferme fin 2009, pour placer au conditionnel tout ce qui lui permettrait d’esquiver cet investissement.

S’il n’y avaient tant d’enjeux derrière le Bas Saint Front pour Périgueux, ce serait à se tordre de rire.

Pour se rafraichir la mémoire, on peut toujours se demander encore à quoi servait le projet du Bas Saint Front et comment il est devenu le projet de parking Moyrand.
Car il n’est pas exagéré de rappeler que ce projet a été déchiqueté en lambeaux afin de financer le déménagement de la mairie. On peut ainsi se reporter au Plan Prévisionnel des Investissements 2010/2014, ou à la délibération du 24 novembre 2009.

Le Bas Saint Front enterré en grandes pompes

Le 17 mai 2010, le maire présentait fièrement son tout nouveau projet de parking, un moment d’émotion pour un projet ambitieux.

Le plan général du projet Mauvard

Peu avant 2010, le maire avait divisé le projet en tranches ferme et conditionnelle. Ferme pour Mauvard, Thouin, Clautre, Denfert-Rochereau et Daumesnil et conditionnelle pour le boulevard G. Saumande, les quais et la dalle du futur parking souterrain ((Délibération du 24/11/09 : « La tranche ferme porterait sur le périmètre initial (place Mauvard, square Tranquille, jardin du Thouin, ascenseur, rue du Séminaire, rue Denfert-Rochereau et avenue Daumesnil), étendu à la place de la Gaieté et à la rue de l’Harmonie« )) .

Aujourd’hui, 8 mois plus tard, le maire modifie encore l’économie générale du projet. L’abandon de la tranche conditionnelle et la division de la tranche ferme en deux tranches : une tranche ferme et une tranche optionnelle. Ferme pour le parking Mauvard et le jardin du Thouin et optionnel pour le reste.


Sans prévenir personne, il se réserve ainsi la possibilité de ne réaliser que le parking et l’ascenseur d’ici la fin de son mandat. Normal, le déménagement de la mairie coûte de plus en plus cher.

Il n’est pourtant pas ignorant des enjeux pesant sur cette zone qui concerne toute le ville. L’avis rendu par les services de l’Etat était sans appel, l’appel d’offre en reprend la synthèse :

Le quartier du Bas Saint Front est emblématique dans la ville Périgueux, pourtant, il souffre d’une dégradation générale (espaces publics et bâti) et d’une gestion de plus en plus délicate entre les différents usages (circulation automobile, piétons, tourisme).

Mais peu importe, après tout, les périgourdins doivent se préparer à ne voir que le ¼ du projet réalisé, en totale déconnexion avec les conséquences d’une telle incurie pour Périgueux.

On se moque bien que ce projet du « quartier Saint-Front doit se faire au profit d’une plus-value donnée à l’habitat du secteur, à sa dynamique commerciale et de services, et des usagers piétons qu’ils soient Périgourdins ou touristes« . Ce qui importe est de prévoir sa non réalisation pour boucher les fuites du côté de la mairie.

Avant de passer au calendrier drolatique de l’opération, voici l’ascenseur (200 000 €), qui est à n’en pas douter l’élément essentiel de ce projet.


L’étude d’impact et le calendrier

Le maire s’est bien tenu de rendre public l’avant projet qu’il a validé en mai 2010. Pour autant il prévoit le début des travaux à l’été 2011. C’est un détail mais autant que vous le sachiez non ?

La tranche optionnelle est quant à elle programmée en 2013, sans précision. La seule phrase qui politiquement pèse dans le dossier est la suivante :

En cas d’absence d’affermissement de la tranche conditionnelle, le marché pourra être définitivement arrêté après la tranche ferme.

Dans ce cadre, le maire prévoit la présentation de l’étude d’impact pour le 1er novembre 2010. Un planning confortable de 4 mois pour choisir le prestataire (fin de l’offre 02/08/10) et la réalisation de l’étude.

Détail plein d’humour, seul l’avant projet Mauvard a été validé obligeant la mairie à fournir les éléments du dossier « au fur et à mesure de leur réalisation » à cause « des études en cours sur le reste du programme ».

Sachant bien que ce planning est délirant, la mairie précise avec tout l’aplomb d’une administration :

Afin d’optimiser les délais, il sera demandé au bureau d’études de débuter ses investigations dès que la décision de le retenir lui sera communiquée.

Tu m’étonnes…

Début 2011 serait lancée l’enquête publique de type Bouchardeau comprenant cette fameuse étude d’impact réalisée en 3 mois. Et hop, en juin on attaquera les travaux du parking en annonçant dans les média qu’on réalise le projet du Bas Saint Front !

Ainsi dans 10 mois débuteraient les travaux du parking Moyrand… à suivre.

A Périgueux, le projet du Bas Saint Front à quoi servait-il déjà?

Comme nous l’avons vu, le maire de Périgueux s’est inscrit contre le projet d’aménagement des abords de la cathédrale Saint Front. Démantelé, ce projet a perdu sa finalité et sa cohérence générale. Aujourd’hui, il est remplacé par un projet d’aménagement tronqué, découpé et étalé sur plusieurs mandats, échappant à toute vision globale. Son objectif n’est plus urbain mais politique.

Ce projet n’était pas destiné en premier à embellir les abords de la cathédrale pour faire plaisir aux touristes. L’équipement de luxe qu’est l’ascenseur tient lieu de gadget en comparaison de l’objectif général. Il est sur ce point significatif que l’actuelle municipalité ait fait le choix de sa réalisation au détriment de l’essentiel. Vous verrez après les vidéos que les enjeux urbains liés à ce projet étaient d’une importance cruciale pour l’ensemble de la ville.

De la préservation du patrimoine à l’habitat, en passant par le commerce, l’écologie  et le cadre de vie, rien, dans ce projet, n’était superflu. L’objectif recherché était global, sa réalisation devait être globale. Aujourd’hui, il est morcelé en tranches fermes et conditionnelles et adapté sur mesure au calendrier électoral.

Ce billet est en deux grandes parties. La présentation vidéo en est la principale. Mais les documents suivants permettent de préciser les enjeux et les contours. Le seul but est ici de comprendre les enjeux urbains liés au projet, n’en déplaise aux militants fanatiques monophasés.

Nous vous proposons donc de revenir sur les principes directeurs de ce projet (peut-être oubliés) et de le présenter en vidéo. Car à quoi servait ce programme d’urbanisme dont, à tort, on n’évoque que le parking souterrain (qui n’était pas une fin mais simplement un moyen) ?
Les vidéos suivantes réalisées par www.neomonde.fr sont le résultat de la proposition lauréate du groupement constitué par l’Atelier du Paysage, l’Agence Dubus-Richez, l’Atelier Lumières et Egis Aménagement. La présentation se décompose en quatre parties.

1. Présentation générale et zonage

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=DX2cbWuR7i8[/youtube]

2. Présentation, diagnostic et enjeux

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=ZzaaUEzTai4[/youtube]

3. Présentation du projet

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=pchSzFROpVo[/youtube]

4. Méthode et démarche générales

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=6Tth7wxzQgM[/youtube]

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Enjeux urbains et diagnostic de l’Etat

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Ce projet s’inscrivait dans la logique du diagnostic de l’Etat, correspondant au Porter-à-connaissance pour le Plan de Déplacements Urbains de la DDE en novembre 2006. En voici les passages qui touchent directement aux enjeux et risques que courent actuellement cette partie de la ville.

Le programme d’urbanisme initial tenait compte des recommandations du service départemental de l’architecture et du patrimoine :

L’agglomération de Périgueux vit sur un réseau de voiries organisé dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Ce plan de voirie, base de l’extension urbaine de la ville, a ainsi renforcé la convergence des itinéraires venant de l’extérieur vers la cité traditionnellement commerçante du Puy St Front. Les deux ponts qui ont longtemps permis seuls le passage de la rivière ont été connectés à un réseau de rues larges percées dans la ville ancienne (rue Taillefer et rue Saint-Front notamment), aux routes nationales , RN21 et RN89, dont les tracés ont alors été modifiés, et aux grandes avenues, support du développement urbain du 19ème siècle (rue Victor Hugo, rue Gambetta, rue de la Cité, avenue Wilson, cours Saint-Georges, Boulevard du Petit Change). Malgré le développement de l’agglomération et notamment des zones d’emploi et de chalandise à l’est et à l’ouest et des zones d’habitat sur les communes périphériques, le réseau principal de circulation à l’intérieur de l’agglomération reste basé sur le schéma du 19ème siècle.

La convergence d’une grande partie du trafic sur les deux ponts anciens entraîne un trafic extrêmement important dans la ville ancienne et sur les boulevards, l’ensemble étant protégé par le secteur sauvegardé et par un site classé sur les allées de Tourny. Ce trafic a plusieurs conséquences :

. des nuisances chimiques qui altèrent les monuments et les maisons anciennes de la ville (secteur sauvegardé, église de la Cité, Porte Normande),

. des nuisances sonores qui nuisent au confort de l’habitat et conduisent à l’abandon de certaines voies (rue Daumesnil, cours Fénelon, rue Saint-Front, quai Georges Saumande….),

. des impossibilités de mise en valeur des monuments bordant ces voies notamment les hôtels Renaissance bordant le quai Georges Saumande ; l’église de la Cité et la Porte Normande),

. un inconfort des zones réservées aux piétons (trottoirs) entraînant notamment une désaffection commerciale.

La réduction des flux de voitures transitant par le centre historique est donc une priorité pour la mise en valeur patrimoniale et pour la reconquête de l’habitat (quai Georges Saumande, avenue Daumesnil, boulevard Montaigne, cours Fénelon et Tourny, place Francheville, rue de la Cité).


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Les justifications politiques du projet en 2006

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La délibération du 25 novembre 2006 a lancé le projet. Michel Moyrand s’était abstenu puis s’était présenté en adversaire déclaré de ce programme. L’essentiel et là:

L’enjeu du projet est de recomposer un espace public mettant en valeur les atouts de la ville ancienne : le secteur sauvegardé et ses monuments historiques, dont l’emblème est la cathédrale St-Front qui domine le site d’intervention. Cette valorisation de la partie Est et du cœur du quartier St- Front doit se faire au profit d’une plus-value donnée à l’habitat du secteur, à sa dynamique commerciale et de services, et des usagers piétons qu’ils soient Périgourdins ou touristes.


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Financement et morcellement du projet en 2009

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Hors parking souterrain, le reste des travaux était évalué à 5.2 M€. Aujourd’hui le maire veut investir 400 000€ dans le parking Mauvard à titre temporaire, prévoyant peut-être d’autres travaux ultérieurs sur ce même parking pour 1.3M€, après 2014 s’il est réélu! Ce double investissement ferait passer le budget de 5.2M€ à 6.7M€!

Dans tous les cas, le budget initial pour les abords de la cathédrale était largement inférieur à celui du déménagement de la mairie et la rénovation de la CCI, (6M€ pour la CCI et 2.5M€ pour l’hôtel de ville).

La seule tranche de travaux aujourd’hui réellement visible concerne la place Mauvard. L’autre partie de la tranche dite « ferme » (Clautre, Denfer Rochereau et Daumesnil) est déjà reportée en 2013 et 2014. Quant au boulevard Georges Saumande et les quais, leur aménagement a tout simplement était supprimé.

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What else?

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Combien de périgourdins regrettent aujourd’hui le traitement sauvage réservé au quartiers des Rues Neuves, entièrement rasé entre 1950 et 1970?

Combien sont satisfaits aujourd’hui de ce trou et des bâtiments qui l’entourent à la place de ce quartier?

Aujourd’hui encore on continue de construire des logements bas de gamme dans cette partie du secteur sauvegardé. Et la rivière comme la voie verte sont séparées de la ville par une route d’un niveau de trafic national. La désertification commerciale de cette zone s’accentue. Les parvis de la cathédrales sont soit un parking, soit un trottoir d’un mètre de large. Le patrimoine architectural souffre des pollutions engendrées par la circulation. Et ainsi de suite jusqu’à un cadre de vie urbain et environnemental en détérioration constante. Donc, priorité au déménagement de la mairie !

Sur ce dossier, le silence des citoyens périgourdins relève d’une complicité passive, la même qui a laissé raser le quartier des Rues Neuves. Aujourd’hui personne ne se sent concerné au point de se faire entendre hormis une poignée d’habitants. Ce n’est pas important. Et demain, combien serez-vous à vous plaindre et à râler comme vous le faites aujourd’hui en repensant aux Rues Neuves?

A Périgueux, Michel Moyrand poursuit son One Man Show

Michel Moyrand, le maire de Périgueux, est l’homme qui écrivait en 2008 aux périgourdins :

J’ai pour Périgueux une ambition, c’est de donner du sens et de la vie à la démocratie dans notre cité.

Il se présentait alors comme un réformateur de la cité et annonçait sans chichi :

… ce que je veux aussi, c’est vous donner plus de responsabilités dans la gestion de notre quotidien en créant les conditions nécessaires pour l’exercice d’une nouvelle vie.

Dans son discours du 22 mars 2008, il enfonçait le clou avec emphase :

Aussi, en cet instant, je forme le vœu que le génie démocratique, que la démocratie participative à laquelle, vous le savez, je suis tellement attaché guide nos travaux et nous inspire.

Face à de tels ambitions, Moyrand se proposait de rester concret :

Je me suis engagé, nous nous sommes engagés à rendre régulièrement compte de notre travail.

Une fois élu, il fallait espérer que plus personne ne parle de ces engagements. Car deux ans plus tard, l’homme dirige la ville comme une permanence de parti politique et ses engagements ont disparu, il souhaite qu’on le laisse tranquille. Ainsi il déclare pour Sud Ouest début 2010 :

Laissez-nous travailler pour cette ville.

Faire exactement le contraire de qu’il avait annoncé, voilà tout le sens qu’il donne à son action. Saluons l’homme de parole.

:: Le renoncement et la manipulation ::

Ce qui se passe aujourd’hui pour la rénovation des abords de la cathédrale Saint Front est marqué du sceau de ces funestes promesses. Un bref rappel des engagements sera toujours nécessaire. Mais avant, il pourra être utile de revoir ce qu’était le projet d’aménagement de Saint Front.

réalisation: www.neomonde.fr

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=LBgwECgDTYQ[/youtube]

Pendant l’élection municipale, le candidat déclarait lors d’un tchat organisé par Sud Ouest:

Est-il vrai que vous arrêteriez le projet du bas Saint-Front si vous étiez élu ?

Le quartier du Bas Saint Front est, comme d’autres d’ailleurs (Quatre Chemins, la gare…), d’avantage un point noir qu’un grain de beauté pour la ville ! En conséquence, je n’ai nullement l’intention de remettre en cause ce projet d’aménagement, mais je reste fortement préoccupé par la réalisation du parking Mauvard, tant au niveau du coût que de la méthode retenue.

… Nullement l’intention de remettre en cause ce projet d’aménagement. C’est ce qu’il confirma par écrit à l’association Renaissance du Greffe en février 2008 :

Je vous confirme donc que les aménagements prévus sur l’avenue Daumesnil, la rue denfert Rochereau seront réalisés comme ceux de la place de la Clautre au plus tard dans les 3 années qui suivront mon installation à la mairie.

Ca, c’était du vent pour être élu. Aucun de ces engagements n’a été respecté. Le 17 juin 2008, le maire déclarait en conseil municipal qu’il mènerait les études du projet initial jusqu’à leur terme. Foutaises. En conseil municipal du 09 décembre 2008, la décision est prise d’annuler les crédits alloués aux études (projet initial) d’un montant de 280 000 €. Le projet était « différé ». En réalité il allait être remplacé.

Le printemps 2009 allait voir s’ouvrir une nouvelle phase dans le traitement du dossier. Nouvelle ligne de communication : le maire n’abandonne pas le projet, il l’étale sur deux mandatures !

Si nous sommes réélus en 2014 « nous mènerons une autre tranche de travaux » sourit le maire…

Cette déclaration à Dordogne Libre du 17 mars 2009 fera date. Le maire impose alors un calendrier rocambolesque, tout en annonçant un faux budget deux fois inférieur à ce qu’il est aujourd’hui pour la place Mauvard.

Surprise, à l’horizon 2010, le 24 novembre 2009 exactement, le nouveau projet semble se préciser dans les prévisions budgétaires. Le politicard a flairé les complications s’il ne donnait pas du grain à moudre aux périgourdins pour un projet qu’il traîne comme un boulet. Voilà donc le parking temporaire évalué à plus de 400 000 € HT.

Et c’est ainsi que le maire, le 14 avril 2010, présenta son petit projet de rénovation du parking Mauvard. Rénover un parking et y mettre des horodateurs, le tout agrémenté de quelques plantes vertes « pour cacher les voitures ». Voilà par quel bout il entend donner l’illusion de répondre à ses engagements en n’abandonnant pas le projet initial.

:: Les comptes rendus des médias ::

Pour Dordogne Libre, c’est « Un parking Mauvard à petits pas » :

C’est que le sujet est chaud pour avoir alimenté la campagne des municipales et vu le maire de Périgueux sabrer le projet de son prédécesseur. En lieu et place d’un parking (version Darcos) souterrain avec une dalle paysagée desservant via un ascenseur la place de la Clautre, Michel Moyrand préfère réaménager l’espace actuel pour 95 places de stationnements.

Pour France 3 Périgord le problème est aussi très clair :

Exit l’aménagement paysager du Bas Saint Front, la mairie a son projet. En lieu et place de ce parking en 2011, un autre parking, de surface, jusqu’à 95 places sont prévues, quelques plantes et des voitures qui resteront donc visibles.

Pour Sud Ouest la version est officielle : « La rénovation du Bas Saint Front se précise »

L’ambitieux projet de la précédente municipalité avait été suspendu après l’élection de Michel Moyrand. Mais pas abandonné. Il vient d’être présenté aux membres du comité consultatif.

Passer d’un projet global à l’échelle d’un quartier à un aménagement temporaire d’un parking de surface ne pose aucune question à Sud Ouest. Leur crédo semble de s’imposer comme relai officieux de la communication municipale et c’est plutôt réussi. Souvenez-vous du maire : le projet n’est pas abandonné.

En dépit de la réalité décrite par les autres médias, Sud Ouest s’entache d’une partialité de plus en plus voyante.

:: Etat des lieux ::

D’ici quelques semaines, le maire présentera au public son projet de rénovation de parking, avec horodateurs et plantes vertes. Il indiquera que cet aménagement est temporaire. Un aménagement qu’il annonce cependant à 1.8 M€, dont plus de 400 000 € serviront au parking « temporaire ».

Décidément l’argent public est méprisé. Ce saupoudrage ne sert qu’à financer une illusion justifiant des engagements en réalité non tenus. Le projet initial a été réfuté pour des motifs politiques, malgré sa pertinence incontestée : recréer le lien entre la ville et la rivière.

:: La CAP, prétexte de l’immobilisme ::

L’argument avancé par le maire pour justifier son immobilisme, le Plan de Déplacements Urbains de la Communauté d’Agglomération, est un leurre de plus, un lièvre donné aux lévriers. Incapable d’affronter les conséquences de ses décisions (reporter la réalisation du projet), il préfère rejeter la responsabilité de son inaction sur une CAP de laquelle il est pourtant premier vice-président. Quand ça l’arrange, le PDU n’est pas un obstacle, c’est ainsi qu’il a fait valider son Plan Local d’Urbanisme.

Or la CAP étant une usine à gaz d’intérêts politiques et personnels peu convaincue par le concept d’intérêt général. Elle ne peut qu’annoncer sans cesse le report de la mise en œuvre du PDU en affichant l’impuissance qui la caractérise: une collectivité paralysée par l’absence d’unité. C’est encore une manière de gagner du temps en masquant ses responsabilités, comme les gouvernements français ont pris l’habitude de le faire avec l’union européenne. Le bouc émissaire en politique est considéré comme une martingale.

:: Le troubadour de la CCI ::

Contrarié par ses propres engagements et confronté à la volonté des habitants, Michel Moyrand s’enfonce dans une impasse. Faire et ne pas faire à la fois. La rhétorique au secours de cette contradiction échoue lamentablement sur le principe de réalité (même agrémenté de plantes vertes).

Il n’y a plus de projet d’urbanisme, de finalité cohérente et globale. Comme il l’avait annoncé il donne pourtant le meilleur de lui-même. Cette excellence consiste aujourd’hui à rénover un parking en investissant des centaines de milliers d’euros dans une réalisation temporaire et inutile. Voilà tout ce qu’il propose pour alternative au projet initial.

En 2014, lorsque son verbe sera mielleux pour bonifier son bilan, serrant des mains et flattant les caniches,  il affirmera avoir tenu ses engagements. Cela tiendra plus du comique troupier que du responsable politique. On attend maintenant le One Man Show avec impatience, le rire étant tout ce qui reste de ses promesses.

Périgueux, quartier des rues Neuves, hommage à Pierre Roucheyroux

Le quartier des Rues Neuves, dont l’existence remonte au moins à 1319, fut appelé quartier des Turcos, appellation quasi mythique aujourd’hui, teintée d’une forte revendication d’autonomie et d’indépendance politique. Un « esprit » communard peut-être, s’étant poursuivi dans la misère des sous couches sociales de la fin du XIX° pour perdurer jusque dans les années 50 à Périgueux.

Nous avons abordé à notre manière l’histoire de cette ville du Puy Saint Front depuis le traité d’alliance avec la ville de la Cité en 1240. Nous avons largement insisté aussi sur la destruction de ce quartier des Rues Neuves entre 1950 et 1972, qui nécessita l’acharnement de trois maires successifs pour finalement laisser un trou béant devenu aujourd’hui un parking.

Parking Mauvard que le maire de Périgueux aura bientôt, vaillamment et temporairement rénové pour 400 000 euros, condamnant dans le même temps, le seul vrai projet en passe d’être réalisé depuis 1972. Comme ses prédécesseurs, (les trois destructeurs), Michel Moyrand s’accommode largement de voir des voitures là où avant les gens vivaient et où la ville, dans sa matière, donnait du sens.

Les éléments ci-dessous pris à partir du PLU en vigueur et la superposition avec l’ancien cadastre permettent de mesurer temps et espace pour les enjeux actuels.

PLU actuel

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 Zone détruite

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Pour ceux qui ne connaissent pas le lieu, voici deux esquisses du projet abandonné et deux photos de l’état actuel. Il faut en conscience savoir que la rénovation du parking existant à hauteur de 400 000 euros ne constitue pas un projet réel. Encore moins donc la continuité du projet initial, c’est une imposture et un mensonge.

Merci Laurent…

Projet Moyrand (-400 000 euros)

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 Projet abandonné

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 Projet Moyrand (-400 000 euros)

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 Projet abandonné

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Ce quartier, même rasé, a toujours attiré le mépris des politiciens et des notables, sauf pour fréquenter quelques bordels où ils avaient leurs habitudes d’antan. Des bordels disparus aujourd’hui, mais non ce mépris caractéristique des bourgeois, toujours palpable chez le maire de Périgueux dans son obstination à humilier cet espace de la ville.

C’est délibérément que nous repartons de ces images du vide pour notre petite histoire et non de photos « cartes postales » invitant à une douce mélancolie ou des souvenirs émouvants. Nous partons donc de rien, de celui d’aujourd’hui et de celui de demain, pour nous situer en 1953, quand « ça » vivait encore.

:: Monsieur Pierre Roucheyroux ::
C’est l’occasion de parler d’un homme, un homme certainement peu connu à Périgueux et qui pourtant compte beaucoup. Pierre Roucheyroux est aujourd’hui un vieil homme, un homme qui a vécu. Je l’ai rencontré avec passion et émotion. Je lui ai demandé pourquoi, lui, a-t-il écrit en 1953, la seule et unique Etude sociale du Vieux Périgueux. Il m’a expliqué que préparant le concours de l’ENA, il s’était trouvé déporté en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Plusieurs années de camps et de lutte pour survivre. Le retour en France avec une certitude. Que la solidarité entre les prisonniers était leur principal moyen de rester en vie. Il rencontra dans ces camps un habitant des Rues Neuves. Un homme qui est mort de la malveillance des autres prisonniers, le sachant alcoolique et lui ayant fourni de l’alcool à 90° qu’il a bu. Bien que constatant sa mort dans son lit au début de la nuit, la chambrée avait préféré attendre le matin pour s’occuper du cadavre.

Après la guerre, Pierre Roucheyroux s’est trouvé à Périgueux. Il avait préparé ce concours de l’ENA pendant plusieurs années, mais son âge lui interdisait maintenant de se présenter. Il avait pourtant acquis bien des connaissances qu’il ne désirait pas inutiles, ne servant désormais à rien. Alors qu’il s’ouvrait de son problème à un ami, ce dernier lui conseilla de faire une étude du vieux Périgueux et en particulier de ce quartier si pauvre des Rues Neuves.

Ainsi le jeune Roucheyroux se lança dans cet essai d’étude sociale. Un document unique. Il obtint les saufs conduits nécessaires de la part du maire, M. Pugnet et entreprit sa collecte de données dans les différentes administrations. Ce n’était pas le plus difficile. Car il sut également mener son enquête sur le terrain, dans ce quartier réputé mal famé dans lequel les habitants du haut Périgueux n’étaient pas acceptés, dit-on. « Même les cognes n’y descendaient pas ! » peut-on entendre à l’envie. Pourtant il sut s’y faire accepter et bien sur je lui ai demandé comment.

Le plus naturellement possible. Avec respect et humanité. Ainsi les habitants lui ont ouvert leur quartier, leurs rues, leurs portes. Document unique encore, certains acceptèrent que Pierre Roucheyroux prenne des photos d’intérieur, ce qui constitue aujourd’hui des traces rares. Il me parla ainsi de leur générosité, de leur simplicité et de leur joie de vivre malgré des conditions pour certaines misérables.
Il s’est ainsi attaché à décrire leur condition de vie, les classes sociales, le « comportement » politique et religieux, la santé physique et morale et enfin l’enfance. C’est son sommaire.
Tout est mesuré et honnête dans ce qu’il écrit, page après page, il décrit ce qu’il lit de l’administration et ce qu’il voit dans le quartier. Il ne peut s’empêcher parfois de quitter l’objectivité de l’observateur attentif qu’il est pour partager ses émotions et un certain sentiment d’injustice.

Dans la conclusion, il livre un verdict sans appel sur les conditions de vie ; misérables. Mais sans pathos, avec une stricte humanité, il délivre avec modestie ce qu’il attend des pouvoirs publics. Changer ces conditions de vie et redonner aux habitants de ce quartier une dignité réfugiée dans leur fierté, celle qui fit leur identité et apporta tant à la ville de Périgueux.

Voici terminée cette trop brève étude qui mériterait d’être traitée avec beaucoup plus de précision. Le problème posé a été ignoré ou sous-estimé très longtemps ; il présente pourtant un caractère très sérieux de gravité, et il est grand temps qu’une solution lui soit donnée, dans l’intérêt des familles qui y résident, aussi bien que dans l’intérêt général.

Et pour finir enfin

Il semble heureusement aujourd’hui que nous allions vers la réalisation des plans prévus. Ce sera une œuvre profondément humaine en même temps qu’intelligente, tant il est vrai qu’en fin de compte, il coûte moins cher de prévenir que de guérir.

Il est frappant de voir qu’à la fin de son essai, monsieur Roucheyroux croit qu’un nouveau projet est en place afin d’améliorer les conditions de vie des habitants du quartier. Mais en guise d’une œuvre « humaine » et « intelligente », les décideurs ont privilégié le grand vide, comme aujourd’hui encore.

Personne n’a jamais édité son Essai sur l’Etude Sociale du Vieux Périgueux, pas même les pouvoirs publics, dans leur déni habituel. Il est pourtant nécessaire aujourd’hui de publier cet essai à l’heure de la rénovation du parking. Car de 1319 à 1972, avant que les voitures ne s’imposent, cet espace était vivant. Cet essai est une des dernières traces de cette vie. Certes méprisable pour les politicards, mais une vie qui participe de ce qu’est aujourd’hui un périgourdin, qu’il en ait conscience ou non.

Lors de notre dernière rencontre, monsieur Roucheyroux m’avait confié avoir fait ce travail dans l’unique espoir qu’il soit utile. Et cette utilité passait par la conservation dans la mémoire de ses recherches. Ceci est chose faite pour l’instant, nous nous y sommes engagés. Mais dans l’intimité de mes archives ou de ce blog uniquement. Il serait donc temps que cette recherche fasse l’objet d’une réelle publication; ainsi que son intérêt pour la collectivité et son histoire soit reconnu.

J’ai admiré ce vieil homme et j’admire ce qui l’a conduit à faire cette recherche. Qu’il me soit permis ici de lui témoigner un profond respect.

Dans un autre billet, nous reviendrons donc dans la matière de cette étude et nous essaierons de présenter aussi fidèlement que possible sont travail.

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