Bas Saint Front et Haut Moyrand

Il commence à y avoir une certaine confusion au sujet du projet du Bas Saint Front à Périgueux. On le nomme aujourd’hui indifféremment Projet Mauvard, synonyme journalistique oblige et le maire se targue de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur moyennant une modification sensible.

Nous allons voir dans ce billet le détail du rapport délibéré en conseil municipal du mois de novembre 2009. (Ceux qui connaissent déjà la situation peuvent passer rapidement le récapitulatif). Annonçons la couleur, le projet du Bas Saint Front n’existe plus. Il a été remplacé par le projet Moyrand, radicalement autre.

:: La situation d’abord ::
La majorité précédente avait décidé d’en finir avec le trou laissé par la destruction plus politique que sanitaire d’un quartier d’environ un millier de familles, « déplacées » entre les années 50 et 70. A la saint tractopelle le maire (M. Pugnet) avait attaqué la destruction de l’ensemble du quartier, comportant de nombreux bâtiments patrimoniaux mais aussi une population qui ne correspondait plus à l’image de la ville. Un repère de pauvres, de communistes et d’individus dotés d’une autonomie politique certaine. (Cf. La démolition de Périgueux)

Une insalubrité politique insupportable qui après sa destruction devait, dès l’origine, être poursuivie par de nouvelles constructions. Las, l’argent abondait pour détruire, mais manquait pour reconstruire; hormis un hôtel grotesque et décalé, ainsi qu’une barre HLM en plein secteur sauvegardé. Bref, une politique urbaine rondement menée par Lucien Barrière et Yves Guéna qui se traduit en trois photos:

Avant(1940)

avant_1.jpg

Pendant

pendant.jpg

 Maintenant

mauvard.jpg

Depuis 1954, la population baisse inexorablement, étant passée de 40 000 habitants à moins de 30 000 aujourd’hui. La ville a perdu une partie de son identité et de son énergie même, vivotant sous perfusion municipale. Elle a connu une gentrification certaine et a conquis par le vieillissement de la population, le titre de petite niçoise du Sud Ouest. Fortement tenue par un réseau maçonnique puissant, elle a vu aussi se développer un système notabilaire régnant sur l’économie locale et la vie politique. Bref, une petite ville tranquille pour certains, comateuse pour d’autres. Et puis le nouveau maire est arrivé en mars 2008. Le projet du Bas Saint Front est depuis le début de cette nouvelle mandature un problème.

:: Le Bas Saint Front en héritage ::

Au commencement était le mensonge l’élection,
En premier lieu la rénovation est nécessaire. Après avoir tenté de diviser la ville en quartiers pour mieux régner, le maire a du faire face au rassemblement de l’ensemble des quartiers pour la préservation de ce projet (27 février 2009). Sentant le vent du boulet électoral et comprenant tardivement l’attachement des habitants à ce dernier, il s’est ravisé. Après avoir menti en campagne électorale (lettre du 28 février 2008), alors qu’il cherchait toutes les voix susceptibles de lui profiter, il avait annoncé par écrit la réalisation de ce projet pour le premier trimestre 2011. Une fois élu, le nouveau maire a « oublié » ses engagements:

Je confirme donc que les aménagements prévus sur l’avenue Daumesnil, la rue Denfert Rochereau seront réalisés comme ceux de la place de la Clautre au plus tard dans les 3 années qui suivront mon installation à la mairie.

 puis vint le versatile et l’opportun,
En second lieu, le maire, a bien mal supporté que son prédécesseur ait initié un bon projet (on peut l’entendre par nécessaire si on préfère), lui qui aimait tant à critiquer dans l’opposition, y compris des projets qu’il soutient aujourd’hui comme celui de l’aéroport (conseil municipal 25/11/06, rapport n°29 – Exploitation d’une ligne aérienne entre Périgueux et Paris au départ de l’aéroport de Bassillac):

Nous atteignons le sommet de l’absurde. Votre contrainte, c’est votre choix. Ce dossier ne pourra aboutir, alors pourquoi prolonger dans cette voie qui mène à l’impasse. Vous n’avez que des engagements de principe, ni le Conseil Général, ni la Communauté d’Agglomération ne financeront cette structure. Vous engagez de l’énergie et de l’argent pour rien. Abandonnez ce type de dispositif, il ne conduit à rien

Comprenez que pour l’apparatchik, tout ce qui ne vient pas de sa camisole partisane est forcément mauvais, sauf s’il peut en retirer un bénéfice politique le moment venu. Ce moment étant venu, le voilà donc reprenant le flambeau de ce qu’il conspuait il y a peu. Car ce projet du Bas Saint Front contre lequel il s’est toujours abstenu dans l’opposition, il en est aujourd’hui concerné parce qu’il n’a jamais pu s’en débarrasser (il aurait mieux valu en réalité nous verrons pourquoi).

le temps du surmoi,
En troisième lieu, le coût de ce projet bloquait ses propres ambitions, dont le déménagement de sa mairie, sa marotte, son sésame, au détriment du reste évidement, fut-il prioritaire et urgent. Ce déménagement étant son unique projet urbain (et encore c’est discutable) inscrit à son programme, il est par conséquent le symbole de sa mandature, la trace de frein de son passage dans l’histoire de la ville. Il s’est précipité sur celui-ci avant même de l’avoir objectivement et financièrement analysé. (En dépit des effets de manche sur la rigueur budgétaire des deniers publics).

suivi de la démagogie démocratie
Pour clore ce chapitre, le maire a donc gelé le financement des études (conseil municipal 09 décembre 2008) dans le même temps où il « consultait » (décision du 19 juin 2008) la population comme si de rien n’était (les 16 juin et 15 septembre 2008). Vraiment comme si de rien n’était car dans la foulée, comme par hasard, l’urbaniste chargée de la prospective a subrepticement quitté la mairie. Un poste que l’on désirait certainement vacant en dépit des compétences remarquables de son titulaire, afin de pourvoir à l’exigence d’un profil moulé dans la nouvelle doctrine et inféodé au dogme municipal.
Consulter est d’ailleurs un grand mot. Se targuant d’une démocratisation de la vie locale, il organisa deux réunions extra municipales, histoire d’exposer à tout le monde son refus de financer un parking souterrain. Il faut dire qu’en matière de démocratie participative il est aussi volontaire qu’un romancier russe de la belle époque pour pratiquer le ski de fond en Sibérie.

:: Projet du bas du front ::
Aujourd’hui, nous découvrons donc plus précisément (vous verrez que ce n’est pas évident) de quoi il retourne dans le rapport délibéré :

AMENAGEMENT URBAIN DU SITE DU BAS SAINT FRONT

Autorisation de signer l’avenant n°1 au marché de maîtrise d’œuvre du 12 décembre 2007 passé avec le groupement Atelier Villes & Paysages/ Riches Associés/ Egis Management/ L’atelier Lumière.

.

Nous apprenons que les travaux étaient estimés à 5.2 M€ (en général lorsqu’on annonce un coût de travaux on fait un rappel même succin de la nature des travaux, mais le document n’en dit mot, cela évite de comprendre et de savoir). Bonne nouvelle, les études , sont réalisées à 40% nous dit le maire:

Les études d’avant projet ont été commencées en 2008 par l’équipe de maîtrise d’oeuvre et réalisées à hauteur de 40%

Je crains sur ce point de ne pas bien comprendre cette proportion, devrais-je en demander l’explication à l’adjoint à l’urbanisme? En effet, lors de la présentation du projet le 15 septembre 2008, l’autorité publique avait annoncé que les études APD (avant projet définitif: dernier stade de l’AVP) étaient achevées et que le dernier trimestre 2008 serait consacré à la phase PRO (projet). Autrement dit, les études d’avant projet étaient bouclées. Soit ils mentaient alors, soit aujourd’hui on minimise volontairement le niveau d’avancement des études pour justifier sa totale reprise en main. A vous de choisir…

Peu importe, c’est de l’argent public. Voyez plutôt :

le programme d’aménagement pour la place Mauvard a évolué ensuite à la suspension temporaire pour le parking souterrain.

Ici c’est drôle, car cette suspension n’a jamais été temporaire ni même une suspension. Une pure et simple annulation immédiate du projet de parking souterrain, décidée depuis le début et présentée comme telle en commission extra municipale; confirmant d’ailleurs la position du maire quand il s’inscrivait contre le projet, siégeant (le mot est faible) alors dans l’opposition (comme nous le verrons ensuite). Le rédacteur du rapport n’a pas du saisir les subtilités de la langue pratiquée par le maire.

Ce que nous savions sur le saucissonnage du projet est confirmé, relevant plus de la charcuterie que de l’urbanisme, ou, proche du miracle, de la multiplication des pains à la multiplication des tranches :

Afin de tenir compte de ce report (sic) et pour poursuivre les autres volets du projet, il est nécessaire de scinder le marché initial en deux tranches : une tranche ferme et une tranche conditionnelle.

En réalité, la tranche ferme est déjà subdivisée en deux phases, histoire de bien étaler les travaux dans le temps pour en optimiser les nuisanses. On se demande jusqu’à quel point son inconscient ne le conduit pas à se venger de ce quartier qui ne lui a pas été totalement favorable aux élections. Vous n’avez pas voté pour lui? Vous lui êtes hostile? Alors vous allez le payer très cher par le doux ronron d’un chantier étalé sur le reste de la mandature.

Et là attention les yeux, le conditionnel a rarement été autant à l’honneur pour un projet d’urbanisme :

La tranche ferme porterait sur le périmètre initial

On ne le sait pas encore ? Mais où pourrait-elle bien porter?

Le programme de la place Mauvard évoluerait vers la création d’un parking de surface temporaire

On ne le sait pas non plus ? On croyait savoir pourtant; puisqu’en conseil municipal Michel Moyrand, solennel dans l’opposition, déclarait au sujet du rapport n°13 relatif à la construction du parking souterrain dont le rejet était acquis:

… il faut faire attention, ce n’est pas un lieu adapté pour faire un parking [souterrain]

En réalité il doit bien connaitre son propre avis ce monsieur ou alors c’est inquiétant dans sa situation. Mais dans ce cas ce n’est plus nécessaire de commander des études d’avant projet, autant passer directement à la consultation des entreprises et à l’exécution. Ces précautions de langage sont de pure forme, quoique peu honnêtes avec la réalité. Il y a peu, lors de la présentation du budget 2009 et du Programme Prévisionnel d’Investissement 2009/2014 du 17/03/09, (Cf. aussi DL 17 mars 2009) le maire écrivait fermement à cet effet:

Nous avons choisi de ne pas construire le prestigieux et onéreux parking Mauvard qui, je le rappelle, aurait coûté la modique somme de 15 millions d’euros, dont 13,5 restaient à la charge directe des contribuables de Périgueux. Nous avons néanmoins inscrit dans ce PPI pour 2011 et 2012 l’aménagement de surface de la place Mauvard en nouvelle aire de stationnement avec l’installation d’un ascenseur

Et là, soudain, encore ce conditionnel du rapport qui en dit tellement long:

La tranche conditionnelle porterait quant à elle sur l’aménagement des quais, du boulevard Georges Saumande et de la dalle du parking souterrain, dans l’optique de la réalisation à terme de cet ouvrage.

Il faut bien saisir ici que le maire a récusé depuis l’origine et confirmé par la suite cet ouvrage inutilement coûteux. 11M€ ! clamait-il puis 15M€ pour finir… (Oui l’inflation est impressionnante en politique puisque Michel Moyrand, en conseil municipal du 24/11/07, déclarait connaitre l’estimation municipale de 9.25 M€ avant négociation). Là, nous apprenons que ce projet n’est pas enterré ; peut-être que… C’est une sorte de blague, il ne faut pas confondre l’emprise de « la dalle du parking souterrain » et la réalisation du parking souterrain. En effet (et on a eu peur à la première lecture), ce n’est pas le parking souterrain qui est visé mais ce qu’il fera dessus, à son emplacement originel. Mais alors pourquoi une dalle de parking souterrain?

Vous nous direz, incrédule, qu’il a déjà annoncé faire des travaux sur le parking à hauteur de 400 000 € et c’est vrai, mais éventuellement « temporaires » je précise, (si l’on peut dire). Ca c’est la tranche ferme. Mais s’il est réélu, il fera peut-être la tranche qui est conditionnelle et qui comporte de nouveaux travaux sur le parking à la hauteur précise de 1.324 M€. Agacez, vous rétorquerez alors qu’il vient d’annoncer l’éventualité de « la dalle du parking souterrain, dans la réalisation à terme de cet ouvrage« ; c’est vrai aussi. Je vous concède que ce texte raconte n’importe quoi, ce à quoi j’ajoute qu’il traduit assez fidèlement l’état du projet.

Et je vous sens tout rouge à l’idée de réaliser une dalle de parking souterrain avant de le creuser; parking souterrain qui est catégoriquement refusé depuis l’origine et pour lequel il n’y a aucun budget. J’en suis désolé, mais je ne fais que retranscrire ce qu’il y a d’inscrit sur ce document. C’est d’une cohérence à se faire péter le carafon un soir de pleine lune, je souscris. Mais en l’absence de projet réel, le maire préserve une grande marge de manœuvre, CQFD.

Les maîtres d’œuvre sont gâtés. Oui, non, peut-être. Mais ce n’est pas si bête. Car le maire avait prévenu la population. N’avait-il pas déclaré à la presse (DL) le 17 mars 2009 :

Si nous sommes réélus en 2014 nous mènerons une autre tranche de travaux

Mais rien n’était moins sûr pour SO qui avait ainsi retranscrit :

Nous ferons le reste si nous sommes riches et réélus

En somme, il faudra voter pour lui afin de connaitre le fin mot de l’histoire. Ce genre de suspens n’est peut-être pas ce qu’on attend en réalité d’un décideur politique, a fortiori sur un projet urbain de plusieurs millions d’euros. La chose est claire: Michel Moyrand investit moins pour la ville de Périgueux qu’en vue de la prochaine échéance électorale. On peut aussi attendre une autre utilisation de l’argent public. En l’espèce, il ne veut que le pouvoir de signer l’avenant, sans aucune contrepartie et sans rien dévoiler de la réalité du projet qu’il a en tête (si cette dernière contient bien un projet).

En somme il s’engage à minima pour conserver toute marge de manœuvre en fonction des aléas politiques et électoraux, ce qui fait de lui un maitre d’ouvrage imprévisible, un décideur qui ne décide rien, un homme qui tend les bras en reculant avec les jambes, empêtré dans des déclarations publiques contradictoires.

:: Le projet Moyrand-Mauvard ::
(Ne cherchez pas le contrepet, ce n’est pas là qu’il est). Car ce projet n’est plus le projet du Bas Saint Front. Sans le dire explicitement le commentaire du journaliste de DL 24 novembre 2009 est édifiant :

Le projet Mauvard devrait refaire parler de lui

D’ailleurs, l’opposition elle-même, selon le journaliste, ne semble pas encore avoir saisi la radicalité du changement :

Un projet majeur du candidat Darcos revu « a minima » selon l’opposition qui dénonce depuis des mois la mise en place d’un parking de surface au lieu du parking souterrain prévu au départ.

Notez, c’est normal puisque sur ce point l’opposition ne contredit pas ce que rabâche le maire (DL 20 mars 2009) :

Un budget de 4 170 000 euros est prévu pour la place Mauvard et la rénovation urbaine autour de Saint-Front. On peut donc difficilement appeler cela abandonner !

Cela comme si les projets étaient les mêmes, considérant que la dernière mouture modifie le projet initial. En réalité il y a deux projets différents, qui n’ont pas les mêmes finalités et objectifs. Le maire emporté par son calcul électoral, feint de confondre. Ce n’est pas parce que l’on parle de la même zone et d’un même investissement que le contenu du projet est le même. On peut bien abandonner un projet, conserver une ligne de crédit affectée à un zone précise et développer un nouveau projet radicalement différent du premier. Et c’est ce qui se passe. Mais pour des raisons strictement politiques, le maire à tout intérêt à ce que les habitants confondent le pure-sang et le percheron. Maintenant, libre à eux.

Le projet du Bas Saint Front avait pour objet de réconcilier la ville et la rivière, un point déterminant et substantiel. Le projet actuel n’a pas cette finalité puisque les travaux faisant le lien sont repoussés en une tranche (très) conditionnelle, en particulier sur le boulevard G. Saumande qui sépare la ville de la rivière.
Par ailleurs le projet du Bas Saint Front avait pour fin de permettre ce lien de manière piétonne par l’aménagement d’espaces verts créant une continuité entre la ville et l’eau. Ce n’est plus le cas, puisque la seule ambition du maire est de refaire un parking de surface pour un investissement de 400 000 €. (Pour comparaison, l’investissement pour l’aire de campings car est d’environ 500 000 € pour une surface moindre).

Pour mémoire, les principaux objectifs de ce projet étaient stipulés sur ses plaquettes de présentation :

– « une nouvelle perspective s’ouvre sur l’Isle et sur le grand paysage »
– « un jardin en terrasse pour offrir un nouveau trait d’union au cœur du quartier »
– « un projet qui réconcilie l’Isle et le quartier St Front »
– « la place libérée du stationnement offre un nouveau lieu de convivialité au pied de la cathédrale »
– « la zone 30 offre un espace mixte partagé où chaque usager trouve sa place »

PGX-A0-n°01_1.jpg

A ce titre, l’appel d’offre de mars 2007 était sans ambigüité:

L’enjeu du projet est de recomposer un espace public face à la rivière mettant en valeur les atouts de la ville ancienne: le secteur sauvegardé et ses monuments historiques

Les objectifs poursuivis consistent à réaménager plusieurs espaces situés autour de la cathédrale Saint-Front (inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco) et à proximité de la rivière Isle, sur une surface totale de 22 300 m² pour arriver à une fluidité piétonne et à un agrément des parcours, en dépit des reliefs. Il s’agira en particulier de transformer le parking de surface actuel situé place Mauvard en espace piétonnier à dominante végétale

C’est à cette consistance générale de la maitrise d’ouvrage que les concepteurs ont répondu. Et non bien sur à un projet dont le but est de rénover chichement un parking en occultant la problématique essentielle du lien avec la rivière. Les « 40% » (non ne riez pas) des études effectuées correspondent à ce projet et non à ce « machin » qui n’est plus ni végétal ni piéton, rien d’autre qu’un projet de parking de supérette de village.

Le projet actuel n’a strictement rien de commun avec le projet initial. C’est autre chose, un projet différent. Nous ne savons pas encore quoi, mais c’est autre chose. Pour l’heure ce n’est qu’un projet d’aménagement de parking et rien de plus, sinon l’ascenseur pour gadget.

Autrement dit, ce projet pose le problème de s’adosser à des études réalisées à « 40% » (concède; difficile à contenir) mais qui n’ont strictement pas les mêmes visées. Dès lors, se pose un problème de cohérence par lequel seul le maire ne semble pas gêné. Au risque de compliquer sa situation politique en 2014, on finit par conclure qu’il aurait mieux valu, surement, « assumer l’abandon de ce projet ». En avait-il le courage politique ? Visiblement non.

Nous voilà donc avec des études réalisées à « 40% » (ça suffit maintenant) qui n’emportent aucune satisfaction au regard du nouveau projet municipal, projet sans objectif sinon celui de rénover le parking existant pour leurrer les périgourdins sur la continuité du projet. Certes, le maire fera sa tambouille en simulant l’assimilation de deux projets qui sont pourtant des corps étrangers. Il touillera jusqu’à faire croire l’incroyable, en s’appuyant sur le reste du programme. Mais la réalité est différente et plus crue.

Aussi, à notre humble avis, il conviendrait davantage d’en rester là avec le Bas Saint Front. Surtout que le maire n’y entreprenne rien que les périgourdins regretteront par la suite, comme un projet sans queue ni tête ayant pâti d’être amputé pour la réalisation de son caprice de star municipale, le déménagement de la mairie.

:: Monsieur le maire ::
Monsieur Moyrand, par pitié, ne touchez pas au Bas Saint Front, nous ne sommes plus à quelques années près. Il sera bien un jour où un politique assez courageux et visionnaire se présentera pour réaliser un vrai projet. La Mairie de Ken vous l’avez, c’est une réussite, votre réussite, alors pourquoi infliger tant de médiocrité à ce quartier du Bas Saint Front?

Que votre ambition pour le quartier sauvegardé se résume à la rénovation du parking existant nous fait conclure que les 400 000 € prévus seraient bien plus utiles ailleurs (par exemple pour décorer la Mairie de Ken avec les Fleurs de Barbie). A défaut, vous ne ferez qu’inscrire votre nom au bas de la longue liste des décideurs qui ont maltraité ce quartier. Vous répondrez sûrement que ce n’est qu’un aspect du projet et vous aurez raison. Sauf que le reste du projet consiste en une large piétonisation de l’ensemble. Une piétonisation pour laquelle vous balbutiez mensuellement le samedi avec Cœur Piéton, étant incapable ni de la pérenniser ni de l’étendre. Heureusement le dimanche, vous vous reposez.

Périgueux is magic, message aux étudiants de l’IUT

Message à caractère informatif aux étudiantes de l’IUT de Périgueux en « carrières sociales gestion urbaine développement touristique ».
Périgueux is Magic est un projet de monographie de la ville de Périgueux apparemment mis en ligne au fur et à mesure des avancées sur leur blog périgueux-is-magic, l’organisation de l’espace urbain.

Le dernier travail en date est leur analyse et classement des sons : ambiance sonore de la place Francheville. C’est très intéressant et a le grand mérite d’être maintenant sur la toile.

Ce billet s’adresse donc à ces étudiantes et concerne leur travail libellé « l’organisation de l’espace urbain ».

:: Quelques généralités ::
L’urbanisme n’est pas qu’un traitement spatial. Il va quelque part à partir d’une origine. Son horizon ne se limite pas au présent, ni à demain, sans tenir compte de son histoire. L’espace urbain est fondamentalement dans le temps. Nier ce temps conduit aux pires erreurs.

L’urbanisme et l’architecture sont étroitement liés au pouvoir politique. Relation si étroite d’ailleurs, qu’une des fonctions principales d’une collectivité est de préparer la ville aux futurs besoins en logements, infrastructures, voies de communication et d’échange, mode de vie, développement économique, etc.

C’est pourquoi l’urbanisme est en partie politique. Dès que nous disons politique, cela implique partis politiques, élections, rivalités, idéologie, intérêts particuliers. Ce qui émane de la rencontre avec Bertrand Debaye, dit « responsable du service études et prospectives urbaines et sociales » à la mairie de Périgueux est sur ce point révélateur.

Sur la méthode ici, l’urbanisme consisterait à découper en petits bouts une ville, à isoler les problèmes par quartier et apporter une solution. La somme de ces solutions est ensuite appelée « urbanisme de la ville ». C’est une erreur fondamentale et cela s’appelle « prendre la partie pour le tout ». (pars pro toto). Il en va de même si l’on fait des catégories de genre comme « routes et transports », « logements et habitat », « patrimoine et tourisme » etc., la somme de ces catégories ne représente toujours pas une vision réelle globale d’ensemble.

Une ville est un tout, comme l’est un individu. L’individu n’est pas le résultat de la somme de ses parties, il est avant tout et fondamentalement un individu. C’est pourquoi une douleur au pied n’exige pas forcément un traitement médical au pied mais ailleurs, par exemple au niveau du dos. C’est pareil pour une ville et c’est pourquoi son analyse requiert un diagnostic d’ensemble et non une série de zooms que l’on additionne ensuite.

:: La rencontre avec la mairie ::
Mais revenons à la politique et à votre entretien avec l’urbaniste (espérons) qui vous a reçu et dites-vous, familiarisé avec « les problématiques liées au développement urbain ».

Tout projet passe par l’accord du maire
C’est vrai, mais cela ne se limite pas à lui. L’Etat a prévu de soumettre les décisions du maire à un contrôle de légalité. Le pouvoir du maire n’est pas un droit mais la conséquence d’un droit. Il consiste à exercer le droit d’autrui. Or décider d’une construction chez soi est un droit. Droit qui bien sur doit correspondre à la norme en vigueur.

La CAP subventionne les politiques de la ville, de l’ANRU et les CUCS
Oui, elle ne fait qu’apporter des subventions si elle le souhaite. La majeure partie du financement provient de l’Etat selon des procédures précises que nous n’aborderons pas. Autrement dit, on a oublié de vous dire qui finançait réellement les CUCS et les programmes d’ANRU. Comprenez bien que la CAP, avec son budget, ses subventions et sa bonne volonté, n’est pas en mesure de financer de tels programmes comme celui du Gour de l’Arche par exemple. Elle apporte un soutien, rien qu’un soutien.On vous a donné une réponse politique mais pas technique ni réelle.

:: Périgueux et ses problèmes urbains ::

 Alors, quels sont les problèmes urbains spécifiques à Périgueux? Et comment la ville tente t-elle d’y remédier?

Sur ce point il faut bien comprendre que la réponse qui vous a été apportée n’est toujours pas de l’ordre de la science et du savoir, celle de l’urbanisme, mais de la politique et de la communication, je m’en explique.

Un problème de circulation routière à Périgueux ?
Déplacement des arrêts de bus sur les allées Tourny.

La ville manque de supermarché en centre ville ?
Construisons en un sur les boulevards, au hasard sur le parking Montaigne.

Le quartier de la gare est un désert ?
Faisons un pôle multimodal économique durable urbain…

Le quartier du Gour de l’Arche est enclavé ?
Faisons un quartier « durable »

Si vous rapportez fidèlement le discours de l’employé de la mairie, c’est qu’il a bien récité sa leçon. Derrière ces réponses partielles et pour certaines partiales, il n’y a pas de nécessité technique, au contraire, vous pouvez lire en toile de fond la prochaine campagne électorale.

Les bus et les platanes
Aucune trace du Plan de Déplacements Urbains visiblement. Cet outil est plus fait pour résoudre l’ensemble des problèmes de circulation qu’un simple déplacement d’arrêt de bus. Qui plus est, vous saurez que l’ensemble des boulevards de Périgueux est une réalisation du XIX° à l’origine pour servir de cordon sanitaire à la ville médiévale. Les allées Tourny sont aujourd’hui classées au patrimoine historique. Cela veut dire que l’on a pas le droit de les bousiller pour faire des arrêts de bus par essence provisoires.

Vive les supermarchés
Qui a décrété que la ville manquait de supermarché ?
En réalité personne, la question est posée après la réponse. La question s’est posée uniquement quand un investisseur privé a fait la proposition au maire de remplacer le parking Montaigne par des surfaces de commerce.
Nulle part, ni dans les programmes politiques divers, ni dans le Plan Local d’Urbanisme, ni à la Chambre de Commerce et d’Industrie, personne n’a jamais diagnostiqué techniquement un besoin particulier de supermarché.
C’est une pure opportunité financière qui est validée sans la moindre analyse des besoins, de l’urbanisme, de l’architecture, son impact, etc.

Le besoin de construire ou de ne pas construire résulte toujours d’une analyse globale. Quand il survient de nulle part, en pure opportunité et qu’il est annoncé comme un besoin, méfiez-vous. Il s’agira d’une fausse légitimation après coup.

Saint Martin sur les rails du succès
Le quartier de la gare et Saint Martin
Au XIX° on a construit le quartier Saint Martin en le vendant comme le futur quartier des affaires qui viendrait remplacer la vieille ville moche et insalubre. Aujourd’hui c’est exactement l’inverse. L’urbanisme se pense dans le temps.
Pour votre information, le quartier « multimodal », visant à regrouper les moyens de transport est un vieux projet. En revanche, l’idée de dynamiser économiquement le quartier, de produire une homogénéité urbaine, est une apparition plus récente que l’on a collé au projet sur les transports. Gageons sur ce dernier que l’histoire ne se répète pas.

Le Gour de l’Arche et son enclavement durable
Ah ! C’est le quartier qui est effectivement le plus problématique. Il a vu les horreurs des logements sociaux associés au parcage des populations que l’on ne voulait pas dans les centres villes, au prétexte de leur condition sociale ou de leur origine ethnique.
On lui applique un programme ANRU financé en grande partie par l’Etat et ce depuis longtemps. Sur ce point le maire actuel essaie d’y apporter sa griffe pour se l’approprier dans un but électoral et personnel.
Mais c’est un projet qui dépasse de loin les clivages politiques, car le mal est fait. Cette enclave de la honte n’a que peu de lien avec la ville de Périgueux. Cela ressemble plus à un découpage de frontière africaine au temps des colonies.
L’idée qui domine aujourd’hui de refaire le quartier plus joli plus durable, ne résoudra pas le problème de l’enclavement et de l’autarcie, autrement dit de l’exclusion, tant que les voies de communications ne seront pas améliorées. Il n’y a qu’un moyen. Réduire le temps de déplacement entre le quartier et la ville. C’est la réduction du temps de liaison qui rapproche les secteurs et qui les désenclave. Aujourd’hui on ne cherche pas à les désenclaver, il n’y a aucun projet réel pour cela. On cherche à améliorer leur condition d’existence dans leur petit coin à eux, bref à créer une sorte de village.

:: L’organisation du territoire urbain ::
Vous rapportez la problématique historique qui a donné naissance à la ville de Périgueux.
En somme, il y aurait un problème de mise en valeur car le quartier de la Cité serait déshérité alors que celui du Puy Saint Front serait pimpant et largement mieux doté.

A l’époque, au XIII° siècle, c’est la ville du Puy Saint Front qui l’avait emporté sur celle de la Cité. Cette disparité existait déjà et c’est parce que la ville du Puy Saint Front était plus riche et plus active que celle de la Cité a cédé. C’était aussi un changement dans l’organisation médiévale qui montre la fin de la culture féodale.

Effectivement, le quartier de la Cité est devenu résidentiel et administratif. Son unique intérêt – et pas des moindres – a résidé dans ses vestiges architecturaux et historiques, que la commune a mis en valeur notamment avec le musée Vesunna.

Alors on vous dit aujourd’hui qu’il faut laisser le Puy Saint Front dans son état et miser sur l’amélioration de la Cité.

Mais personne ne vous parle des problèmes existant dans le Puy Saint Front, comme celui du parking Mauvard qui est un trou laissé après qu’on ait rasé tout un quartier d’un millier de familles. Cela ne pose plus de problème à la mairie de laisser ce trou au pied de la cathédrale, on ne vous en parle même pas. Or ce trou est un dommage remarquable et un préjudice grave pour la ville. De plus, c’est de ce quartier qui n’existe plus dont tout le monde parle, parce que sur une décision politique d’annihiler un quartier et de déporter une population pauvre, autonome et hostile à la politique dominante. Le maire de l’époque y a gagné politiquement, mais on a en réalité détruit une partie de l’identité de la ville.

Par ailleurs, la circulation qui n’est même pas gérée dans ce secteur, est responsable d’une désertification en progression, de même que la pollution générée tend gravement à éroder le patrimoine architectural, dont la pierre est particulièrement sensible et fragile. Oh ce n’est pas une lubie, il existe des rapports sur ce point des services de l’Etat, que les échafaudages actuels ne font que confirmer.

:: Politique et urbanisme ::
Là encore, tout cela est dominé par la politique et ne relève pas de l’urbanisme et de l’intérêt général. Faire une ZPPAUP à la Cité c’est excellent. Mais cela n’est en rien exclusif du reste. Car en ce cas, où le service est en sous effectif, ou bien il manque de compétence.

Vous dites vous-même que le poumon économique de la ville est le tourisme. Sans économie pas de projets. Or vous voyez bien que les problèmes du secteur historique, qui est ce véritable poumon économique, sont aussi importants que les autres.

Sommairement, il y a deux options. Ou bien vous investissez dans ce quartier en misant sur le fait qu’il est le moteur de l’économie locale, via le tourisme en particulier, la vitrine de la ville et constitue son principal levier d’attractivité et de rayonnement. Et dans ce cas il faudra compter sur les dividendes de ces investissements (en tous genres) pour les reporter sur l’amélioration des autres quartiers. Ou bien vous considérez qu’il est suffisamment doté en l’état, et vous investissez directement dans les autres quartiers, mais sans l’espoir que ces derniers ne génèrent de dividendes pour la ville. Dans le premier cas vous essaierez de favoriser l’économie privée en rendant l’investissement privé attractif, (rentable), dans l’autre vous vous concentrerez sur les ressources publiques, notamment sur la fiscalité, pour financer votre politique.

Dans le premier cas vous considérez que votre rôle sera d’apprendre à pêcher celui qui veut du poisson, dans le second vous penserez qu’il consiste directement à donner du poisson. Les deux sont des options constituées par l’alternance politique et au fond tout cela se mélange en partie.

Autre aspect pour ce quartier du Puy Saint Front, la carte électorale. Ce n’est pas ce dernier qui l’a fait élire, au contraire. Il ne représente pas le cœur de cible de l’électorat du maire actuel. Il ne sera donc pas traité à la hauteur de ses besoins réels pour l’économie et le tourisme, mais traité à la mesure de ses besoins électoraux. C’est comme ça.

Je ne m’étendrais pas davantage. L’ensemble de votre travail est très intéressant. Mais par certains aspects, il pêche (c’est bien normal et ce n’est pas un reproche) par une pointe de naïveté face aux discours qui vous sont délivrés. Sachez qu’au-delà des plans en couleurs, des slogans, des analyses plus ou moins exactes, il y a toujours derrière l’urbanisme, une forte composante politique et financière.

Malheureusement, les orientations politiques, souvent électorales ou opposées au travail du prédécesseur, sont prédominantes dans les choix urbains. Et bien souvent, on légitime la décision strictement politique par une analyse urbaine, qui après, vient justifier le choix politique. Bien sur cela devrait être en partie l’inverse puisque dans ce cas l’urbanisme est instrumentalisé et ne peut remplir pleinement sa fonction.

:: Prospective et conclusion ::
Enfin, il n’y a dans ce que vous avez dit de la prospective que le nom. Une ville ne se pense pas comme vous le rapportez de la mairie, à l’échelle de 5 ans ou 10 ans. Il ne faut pas confondre le calendrier électoral avec l’anticipation des besoins futurs. En 2009, il faut déjà penser et agir sur ce que sera la ville en 2029, pas ce qu’elle sera en 2014 au moment des élections.
C’est un reproche que l’on peut faire à une mairie politisée à outrance, qui oublie sa mission première, (la gestion du bien commun), au profit de ses seuls intérêts politiques.

Aussi, ne croyez pas qu’en toute ville, quelque fut sa couleur politique, l’urbanisme soit traité de cette façon, aussi mal dirais-je. Périgueux connaît aujourd’hui un fort niveau de maltraitance de son urbanisme, pour quatre raisons principales :

– il n’a pas de fin en lui-même, la finalité qu’on lui assigne est politicienne
– il est abordé à des échéances très courtes, (calendrier électoral), et n’est pas utilisé comme un outil pour fabriquer l’avenir
– il est segmentaire, quartier par quartier, et n’a pas de vision d’ensemble ni de projet global
– il n’est fait aucun cas de l’histoire de la ville, son passé est simplement nié et ainsi, la ville est traitée comme une page vierge

Il est instrumentalisé, partiel et partial, immédiat, sans racine, sans but à long terme. Normalement, en étudiant la gestion urbaine, on doit vous apprendre que l’urbanisme est le contraire de tout cela.

Quand le rugby est l’alibi de l’industrie agroalimentaire

Une fois n’est pas coutume, un article de la Dordogne Libre nous fait vibrer.
L’article consacré au projet commercialo-sportif sur la plaine des sports de Périgueux, (18 09 09) mérite quelque complément et commentaire.

:: Un stade viendra à côté du Leclerc ::

Ce promoteur avait trouvé le financement d’une telle structure (près de 30 millions d’euros) qu’il doterait d’une galerie et d’un centre commercial avec le relais du propriétaire des Leclerc de l’agglomération.

La structure sportive ne serait pas exactement « dotée » d’une galerie et d’un centre commercial. C’est l’inverse. La galerie et le centre commercial seraient dotés d’un équipement sportif à proximité.

Tout simplement parce que les surfaces de commerces sont la source de financement du stade et la condition sine qua non de sa réalisation. En cela, la ZAE est bien plus importante par sa taille que le stade et elle serait réalisée en premier. De même, sur le plan commercial (impact et chalandise) et urbain, elle aurait bien plus de conséquences que le stade en lui-même.

:: Y a même des études d’avant projet: youpi! ::

Pourtant depuis un an, le patron du club de rugby et de l’entreprise Agema a préparé le terrain de son futur complexe.

A l’appui de cette phrase, les déclarations du promoteur : étude de sol, sous-seing (avec qui ?), relevé topographique, esquisse architecturale, étude béton.

C’est le minimum syndical pour ce genre de projet. Rappelons qu’il s’inscrit dans une zone inondable faisant l’objet d’un Plan de Prévention des Risques d’Inondation et qu’il nécessite une dérogation préfectorale. Car en l’état de la règlementation, l’Etablissement Recevant du Public de cette catégorie est interdit pour une question de sécurité des personnes.

L’étude de sol (type G12 surement) et le relevé topographique sont des « préparations de terrain » obligatoires et minimales. Quant à la soi-disant « étude béton », elle sert avant tout, à ce stade peu avancé du projet, à évaluer le coût de la réalisation.

Bref, ces études d’avant projet servent à l’analyse de la faisabilité, à évaluer les contraintes techniques pour produire une estimation prévisionnelle provisoire de l’opération. Il n’y a aucun zèle dans cette démarche, c’est le B.A B.A de la construction.

En revanche, il n’existe aucune étude d’impact en terme commercial et urbain. Pour mémoire, la ZAE de Marsac à l’ouest est à quelques kilomètres et l’on ignore avec force les conséquences que génèrerait une nouvelle ZAE sur la commune de Périgueux. Il en va de même sur le plan urbain, lui aussi ignoré avec brio. Ce n’est pourtant pas la taille de ce projet qui sera sans effet sur l’urbanisme périgourdin.

:: Son stade et son Leclerc sous chaque bras ::

Selon un de ses proches Francis Roux est capable, en cas d’échec à Périgueux, d’aller faire « son » stade ailleurs. C’est comme ça que Boulazac avait en son temps récupéré le basket de Périgueux.

Là je rigole. Quelle commune, dans l’agglomération, pourrait accueillir, non uniquement le stade du promoteur, mais surtout toute la structure commerciale qui le finance ?

Boulazac ? Trélissac ? Marsac ?
Pour donner quoi à la place du CAP… Le CAB, le CAT, le CAM ?

Euh, non sans rire. Antonne ou Chancelade?

Où est-ce qu’on a vu que dans un Etat démocratique a priori, un seul homme décide de « son » stade, en snobant les principes d’intérêt général et de service public, au seul prétexte de l’influence due à sa fortune personnelle?

Ah si. On pourrait proposer le Gabon ça pourrait marcher.

:: Un détail de 20 000m² ::
Nul n’est certainement contre un nouveau stade plus spacieux pour accueillir l’équipe du CAP qui évolue dans la même division que celle du Bugue (2762 habitants). Ce n’est pas cela le problème.
En revanche, le montage financier de l’opération, le financement du stade, pose de lourdes contraintes en terme commercial, règlementaire et urbain. Les conséquences en sont volontairement esquivées par le promoteur qui voudrait ne faire voir que le stade en point de mire.

Un promoteur fonctionne comme un promoteur. Il achète des espaces publics (de préférence), construit des bâtiments calibrés sur la garantie décennale, et les vend où les loue à des franchises qui exploitent.
L’idée d’appliquer ce modèle de ZAE d’entrée de ville (admirez le résultat autour de Périgueux) pour financer un stade, est baroque.
Demander à une ville de se séparer de sa piste d’athlétisme (et de ce qui va avec) pour la fourguer à un comité d’entreprise de la SNCF, est enthousiaste.
Solliciter une dérogation préfectorale parce que la règlementation sur la sécurité des personnes interdit la construction de l’ERP sur la zone est cocasse.
Faire croire que ce projet de stade émane d’un mécène alors qu’il sera financé par les consommateurs est bizarre.
Privatiser encore des espaces publics pour y implanter des surfaces commerciales au prétexte d’un stade à deux ou trois tribunes est bien une logique de promoteur, (oui, l’image de synthèse n’est peut-être pas le reflet de la réalité).

En cela, non pour le stade en soi, mais pour l’ensemble du projet et ses conséquences néfastes, nous espérons fortement que, par la voix de Céline Simon, la SNCF ne lâchera RIEN.
Quant au chantage mis en avant dans l’article, (Si ce stade ne se fait pas. Moi je lâche le club) il illustre bien l’esprit entourant le projet. Ce moyen de pression est d’une noblesse remarquable.

Alors effectivement, si l’on ne retient de ce projet que le stade, comme sur le blog de Jfcros, on s’étonne des difficultés, on râle après les élus et l’archaïsme de la SNCF. C’est facile. Cela consiste juste à oublier tout le reste. La privatisation de plusieurs hectares d’un domaine public, un hypermarché de 4 500m², et dans les 20 000m² de surfaces commerciales au total…
Un détail : La création d’une nouvelle ZAE au cœur de l’agglomération périgourdine. Comme ça, pour le plaisir du sport.

:: Mise à jour ::

Je me pose une question. Au regard de cet air du temps (Leclerc sur le stade, commerces sur monuments aux morts…). L’implantation de surfaces commerciales est présentée comme la panacée du dynamisme pour la ville. Est-ce bien si sur?

Une ville en mouvement, vivante, mutant sans craindre de changer, s’adaptant au présent, anticipant ses besoins futurs, est-elle forcément caractérisée par l’augmentation de ses surfaces de vente?

N’y a-t-il que l’installation de nouvelles franchises pour concurrencer l’effet centripète des périphéries?

Est-ce là tout ce qu’on attend d’une ville en matière économique, implanter toujours plus de commerces?

Est-ce bien en se moulant dans la logique qui prévaut en périphérie que le centre va rivaliser?

Le monument aux morts déménagerait avec la mairie ?

Lorsque la presse prend les devants, ne se laisse orienter ni les contenus ni le calendrier de l’information ; il faut le dire. C’est le cas aujourd’hui alors nous le disons. Ca fait du bien.

Sans les articles de Sud Ouest et Dordogne Libre de ce jour, nous ne saurions rien du projet de bâtiment de commerce de plus de 10 000 m² sur le parking Montaigne, en vis-à-vis du palais de Justice. Les deux quotidiens n’ont pas attendu de se voir dicter le calendrier politico-économique pour aborder le sujet, qui, n’en déplaise au maire de Périgueux, concerne tout le monde.

Il sera intéressant de noter la différence d’approche. La DL parle d’un corbeau et d’une (sinon plusieurs) source(s) officieuse(s). Pour sa part, Sud Ouest n’en dit mot et fait état « d’une rumeur que le maire de Périgueux a confirmée du bout des lèvres hier ».

Le projet commercial est annoncé à environ 12 000 m² pour 30 M€ par la DL. Un ratio au m² de 2500 €, il y a déjà de quoi se marrer… Si si vous allez voir les promoteurs ont de l’humour ! Plus sérieusement, il semble que soient comptabilisés les voiries/réseaux/distribution dans le total annoncé.

:: Long est le chemin ::
Bref, si le projet s’avère fondé, il faut nous attendre à une très longue procédure administrative. Le projet s’inscrit dans le périmètre de sauvegarde du palais de Justice, ce qui impliquera l’avis décisif du Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine (ABF).
On vous fera l’économie de l’avis des services de l’Etat pour un Etablissement Recevant du Public (ERP) de cette catégorie. DDASS, SDIS, DSV (si restauration), etc. Plus la DDE pour le département.
En outre, il faudra en passer par une révision du PLU (et le PADD ?) car le projet est actuellement inconstructible, de même que le conseil municipal devra statuer sur la relation foncière, idem pour le déplacement du monument aux morts.
Enfin, il faudra se soumettre à une procédure d’enquête publique type Bouchardeau, ce qui est loin de se régler en deux semaines, plutôt 32 en comptant la saisine du Tribunal Administratif pour désigner un commissaire enquêteur.

2010/2014, c’est jouable. Non la réalisation et l’inauguration encore moins, mais la validation du projet. Avec un peu de chance, le maire pourra inscrire ce projet dans ses discours électoraux, sans connaître aujourd’hui les réactions de la population et des commerçants… (dont une partie ne vote pas à Périgueux).

:: Sacrée consultation ::
Tombant sous le coup d’une obligation de consultation de la population au regard de la nature du projet, une information publique sera contrainte. Le maire devrait minorer cette obligation légale pour faire valoir son volontarisme en matière de démocratie et organiser une vaste concertation en centre ville.

Pour l’heure il se veut prudent :

Le lancement d’une large concertation et d’études préalables indispensables pour évaluer la viabilité d’un tel projet.

On notera que l’installation de commerces vaut bien une large concertation, mais publique cette fois, alors que le déménagement de la mairie, lui, n’en valait pas la peine. N’y voyez surtout aucune hypocrisie, c’est une logique politique.
Oui oui, c’est ça, la mairie était dans le programme, le Bas Saint Front aussi…

:: Rénovation et création ::
En l’absence de toute donnée concrète et précise (« cette réflexion est pour l’instant à ses prémices »), le maire se déclare déjà positif au projet :

Face à la concurrence de la périphérie, le maire estime que c’est bon pour le centre-ville qu’il veut d’ors et déjà continuer à rénover…

A cela près que la rénovation d’un espace inscrit à la protection du patrimoine se définit rarement par la création massive de surfaces commerciales, plus rarement encore par une construction nouvelle de plus d’1 hectare de SHON ou de SHOB (Surfaces Hors Œuvre Nette ou Brute) !

Entre d’un côté défendre un marché des Grands Hommes à Périgueux pour faire la nique aux hangars à franchises de la périphérie et de l’autre, faire confondre création d’espaces commerciaux et rénovation de secteur classé, il y a une différence de taille. L’enfumage commence.

:: Petite histoire urbaine ::
Bien au-delà des avanies politico-politiciennes et affairo-affairistes, on peut placer ces projets dans un contexte plus large. La ceinture de boulevards de Périgueux fut décidée au XIX° s. pour remédier aux problèmes de renouvellement d’air défectueux de l’ancienne ville médiévale du Puy-Saint-Front. Souvenez-vous, dès le XV° s. déjà, ce mauvais ayr
C’est pourquoi elle fut plantée de nombreux arbres afin de favoriser le processus. Il en reste des traces encore aujourd’hui. Pour sa part, l’allée Tourny fut classée afin de préserver un ouvrage remarquable et devenu patrimonial. Pour le reste, les tronçonneuses firent le boulot.
En guise de poumon, cette ceinture est devenue un axe majeur de circulation, au point qu’aujourd’hui elle fait office de mini périphérique de centre ville.
Le problème de l’air de la ville médiévale disparaissant, les arbres ont rempli une autre fonction, faire de l’ombre aux véhicules en stationnement. Et encore pas tous, puisqu’au niveau du parking Montaigne il n’y en a plus un seul. Il faut dire que jusqu’à une époque très récente, les arbres n’avaient pas la côte auprès des politiques et des promoteurs.
D’où cette nécessité de l’aborder dans son ensemble, et non par petites touches et opportunités diverses. Ce vaste parking périphérique et ces voies de circulation que l’on voit aujourd’hui, fut en son temps un des plus utiles et beaux ouvrages jamais réalisés à Périgueux. Il ne coûte rien de s’en souvenir.

:: Le vent de la politique ::
La rénovation de ce centre ville largement accusé d’avoir été favorisé par son prédécesseur, au détriment des autres quartiers couvés par le nouveau maire, n’était en rien dans son programme, au contraire.
Pire, là où il s’était engagé à réaliser le projet de rénovation du Bas Saint Front, il a fait preuve de mensonge et de manipulation. Contrairement à ce qu’il peut prétendre, il a dégommé ce projet au bazooka pour se payer sa mairie.
En outre, il s’était inscrit contre le projet d’aménagement de la place Francheville et le développement de commerces franchisés. Il n’y a qu’à relire pour cela les procès verbaux du conseil municipal.
Enfin, il a enterré corps et âme le projet de restructuration de la ceinture de boulevards.

Le voilà maintenant à fond de train pour installer des bus sur un espace classé et poser des commerces là où le lui demandent les promoteurs.

Soudainement, il  s’engage pour ce centre ville dont il dénonçait hier le favoritisme électoral. Et ce tout en s’ouvrant largement au développement de commerces dans un partenariat public/privé, dont il conspuait avant hier les relents de capitalisme sauvage. Il est donc surprenant que le maire n’arrive pas à convaincre le groupe Eiffage d’installer son projet au Gour de l’Arche ou aux Mondoux…

Là où hier l’ancienne majorité était accusée de vendre et brader l’espace public aux puissances financières et aux franchises, il n’y a rien de mieux aujourd’hui que cette méthode pour rénover un centre ville cher à son cœur. Nous ne nous prononcerons pas sur le fond de cette méthode. En revanche, sur la forme, l’art du retournement de veste politique est d’une rare flagrance.

Visiblement, les violons de la communication municipale ne sont pas accordés. Et le maire s’est vraiment fait cueillir à froid par la presse, contraint d’improviser des réponses contradictoires en trop d’endroits pour être crédibles. Son directeur de cabinet a du pain sur la planche.

:: La politique du vent ::
Hormis son déménagement de la mairie, le maire de Périgueux est arrivé au pouvoir sans projet global, sans vision d’ensemble en matière d’urbanisme. Un de ses premiers actes sur ce thème fut de démanteler le service de prospective en urbanisme, jusqu’à en chasser la très compétente urbaniste. Depuis, rivé au piquet de l’instant, il attend les propositions privées, poursuit 2 projets en cours et de longue date, tout en organisant des missions archéologiques pour trouver des projets endormis dans les cartons de la mairie.

Pour le reste, ayant dézingué tous les projets structurants, il n’en avait, pour lui-même et surtout pour la ville, strictement aucun. Il est sacrément ironique de voir ce titre apparaître en septembre 2009: « La mairie réfléchit sur ses projets urbains pour […] avoir une vision globale« . Ce n’est certainement pas de l’inverse dont on put le complimenter: Avoir une vision globale pour réfléchir sur les projets urbains.

Conscient d’improviser à la petite semaine, (supermarché sur le stade, bus sur les allées classées, commerces sur monument aux morts), il aura tenté d’apporter sa griffe au projet de restructuration urbaine (ANRU) d’un quartier électoralement porteur, tout en confirmant un projet de logements collectifs dans le secteur sauvegardé (en complément gracieux de ceux qui existent déjà).
Aujourd’hui, il essaie de reprendre la main en annonçant une vaste concertation pour récoler les projets urbains de Périgueux (mais lesquels?) au projet de PDU de l’agglomération qui approche de son enquête publique. Mieux vaut tard que jamais.

Car en matière de transports, le projet multimodal de la gare était inscrit depuis des années, de même qu’il était commun aux programmes des deux candidats. En fait, cet aménagement était déjà inscrit au projet de PDU bien avant les élections municipales de mars 2008.

Entre son absence de vision globale et à long terme, son refus de la prospective, et les projets récupérés dormant dans les cartons, les périgourdins peuvent vaquer tranquilles.

Associant à cela ses fantasmes de politicien consistant à foutre à l’eau des projets d’intérêt général au prétexte qu’ils étaient portés par ses adversaires, c’est la panacée que l’on annonce en toute quiétude.

Décidément, bon courage.

:: NB ::
Un projet urbain et structurant une ville à long terme n’est pas une suite d’opportunités commerciales déconnectées les unes des autres. Et encore moins implantées en fonction des uniques titres de propriétés ou baux emphytéotiques. Un cadastre n’a jamais fait office de schéma directeur!
N’en déplaise à Sud Ouest, pour que les projets soient bons, c’est-à-dire pas seulement à la décennie près et réellement structurants, ils doivent répondre de plans, de schémas, de vision globale et d’anticipation. A l’inverse, le débat politique est non seulement souhaitable mais nécessaire.

L’Intercommunalité des comtes du Périgord

L’incohérence du découpage territorial en milliers de minuscules entités administratives et politiques a conduit au vaste mouvement d’agglomération connu sous le nom d’intercommunalité.

C’est une recette très française qui consiste, face à un problème donné, à rajouter une couche plutôt qu’à en enlever. Loin de simplifier la situation, qui conduit la France à posséder autant d’entités administratives qu’il n’y en a dans le reste de l’Europe, l’avantage est d’au moins satisfaire les élus locaux. Pouvoirs locaux et empilements indemnitaires génèrent une confusion entre intérêts politiques et l’intérêt général.

:: Féodalité élective ::
Que voulez-vous, la France est une vieille monarchie féodale qui a échoué dans l’absolutisme pour aboutir depuis la décentralisation à une forme incongrue de démocratie féodale.
Dit autrement, nous nous acheminons vers un système féodal électif, où le cumul vertical des mandats revêt tous les aspects d’un règne, plus ou moins intense selon l’horizontalité du cumul.

On a même prévu pour les intercommunalités un scrutin à deux degrés écartant de facto le citoyen du processus électif. Ainsi ils se choisissent entre eux, ce qui écarte la question de la représentativité au profit des arrangements politiques.

:: Le Prince contre les mandarins ::
Depuis peu, notre Roi quinquennal a demandé une sorte de rationalisation de ce découpage territorial, peu lisible et coûteux. Il est évidement supposé qu’il s’en prenne aux barons locaux pour dégraisser le territoire de ses adversaires politiques. Le Président de la République poursuit la décentralisation tout en voulant affaiblir les potentats locaux tenus en majorité par ses opposants ?

Peut-être. Mais sans remettre en cause le cumul des mandats. Aussi, les deux Chambres sont vent debout, puisqu’elles comportent en leur sein et en majorité, des barrons locaux. C’est pourquoi la tâche est encore plus compliquée que pour les capétiens à la conquête du territoire national contre les seigneuries féodales. Car si le Sénat est une chambre de représentation nationale, elle est avant tout l’anti-chambre de la représentation locale, permettant aux élus territoriaux d’y défendre leurs intérêts.

La puissance constitutionnelle du Sénat donne droit aux barons de contester le Roi. Et l’appartenance à une majorité politique ne va pas jusqu’à la confluence de tous les intérêts. Leur serment d’allégeance ne souffre pas, quand même, la destruction de leurs fiefs.
C’est dans ces conditions que le Sénat a rendu son rapport au Président Sarkozy sur la réforme du découpage territorial.

:: Le tribun à la tribune ::
Et c’est par ce vaste canevas que nous revenons sur l’intervention du sénateur Claude Bérit-Débat, également président d’une intercommunalité ; la communauté d’agglomération périgourdine – la CAP –.
Intervention au Sénat sur la rationalisation des territoires :

La mission s’est largement accordée sur l’intercommunalité, la nécessité d’en achever la carte et de revisiter les intercommunalités existantes avec le souci de rationaliser territoires et compétences.

Il semble nous dire que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Car son souci de rationaliser le territoire périgourdin demeure à ce jour sans effet. La décentralisation a permis l’émergence de deux fiefs opposés, celui de la CAP et celui de la communauté de communes d’Isle Manoire, comprenant la commune de Boulazac, dont le maire n’est autre que le président de la « comcom ».

En 2008, la Chambre Régionale des Comptes a rappelé l’incohérence de la situation :

Le processus de rationalisation de l’intercommunalité en Dordogne a récemment fait l’objet d’une relance, sous l’impulsion de la préfecture de la Dordogne. L’idée d’une réflexion approfondie sur une éventuelle fusion de la CAP avec la communauté de communes de l’Isle Manoire a été évoquée, mais cette perspective n’a guère connu d’évolution à ce jour.

En 2005 déjà, la CRCA avait relevé le « caractère encore inachevé et incohérent du périmètre de la CAP ». Même l’Etat via le préfet fait pression pour remédier à cet irrationnel découpage, qui engendre la création de syndicats inter-inter communaux pour gérer des affaires communes comme les transports (Péribus). Qu’on le veuille ou non, Boulazac fait partie intégrante de l’agglomération périgourdine.

:: Linge sale en famille ::
Pourtant Boulazac faisait partie des premiers regroupements (SIVU et SIVOM) de 1987 et 1988. Ce n’est qu’à la création du District en 1994 que cette commune fait scission tout en opérant par syndicat intercommunal commun. Et c’est en 2001 que le maire de Boulazac créer sa propre communauté de communes qui englobe aujourd’hui 17 000 habitants (dont 6350 pour Boulazac), tous inclus dans l’influence du pôle urbain de Périgueux.

Cela n’empêche pas le maire de Boulazac de défendre crânement son fief face aux 70 000 habitants de la CAP :

Concernant une coopération intercommunale élargie, notre volonté commune est de ne fermer aucune porte au dialogue mais de défendre le projet Isle Manoire articulé autour du développement et de la solidarité.

Il ne concède rien sur l’idée de fusion, préférant s’en tenir à une coopération possible, s’il est « bien traité ». A son goût, la CAP ne semble pas remplir ses critères de développement et de solidarité. Sachant que nous parlons d’un échange entre le parti socialiste et le parti communiste, dominant chacun les deux entités, il y a de quoi se poser des questions sur la réalité des idées défendues.

:: Ce que je dis, pas ce que je fais ::
Et voilà donc notre sénateur défendant sur le plan national une situation qui lui échappe au niveau local. Impuissance ou hypocrisie ?
Tout le monde est d’accord pour conclure à l’incohérence de ce découpage territorial, engendrant autant de déficiences dans la gestion des territoires. Le sénateur et président de la CAP, l’Etat et la préfecture, la Chambre Régionale des Comptes, et même à demi-mot le président d’Isle Manoire.

La comcom existe depuis 8 années et la CAP depuis 10 ans. Elles sont interdépendantes, elles se font face, ont des intérêts économiques communs, partagent les mêmes enjeux sur l’aménagement du territoire, mais rien n’y fait. La tambouille politique l’emporte sur la logique et le bon sens; au nom des électeurs bien sur.

:: Destin commun et intérêts particuliers ::
De fait, chaque intercommunalité opère selon ses propres intérêts, des intérêts qui peuvent être divergents dans la mesure où il s’agit d’EPCI à fiscalité propre, ayant tendance à générer une concurrence pour la captation des taxes territoriales.
Concurrence consanguine, puisque cela revient à faire lutter le frère contre la sœur. En l’absence de tout Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), chacun y va de son propre Plan Local d’Urbanisme. Quant au Plan de Déplacements Urbains porté par la CAP (hasard: son application correspond au calendrier électoral), il prend nécessairement en compte l’intercommunalité concurrente, qui elle-même ne demande qu’à s’y inscrire…

Alors quand le président de la CAP, dit devant la Nation en tant que sénateur qu’il faut « rationaliser territoires et compétences », ont ne peut que le croire. Mais constater aussi et dans le même temps l’incurie d’une situation pour laquelle il porte une lourde responsabilité en tant que président de la CAP.

:: Complémentarité territoriale vs consanguinité politique ::
Pariant sur une taxe professionnelle qui est leur principale ressource, chaque intercommunalité a misé sur le développement de zones d’activités économiques le long des échangeurs autoroutiers de l’A89. Loin des problèmes d’étalement urbain et de rationalité des territoires dans un cadre de développement durable et homogène, les deux techno-structures s’affrontent à l’ouest pour la CAP et à l’est pour Isle Manoire.
La fin annoncée de la Taxe Professionnelle remet en cause cette pertinence concurrentielle. Pourtant, les travaux sont exécutés. Et s’ils ne donnent lieu à de vastes friches, ils n’en demeureront pas moins des investissements hasardeux et des fautes d’urbanisme. Pas grave, nous n’en paieront le prix que quand ils seront à la retraite.

En définitive, chacun (barons locaux) défend ses intérêts personnels en instrumentalisant leurs mandats électifs. L’évidence partagée d’aller contre l’intérêt général et parfois de lui nuire, ne fait pas le poids contre les intérêts politiques en jeu.

:: Dépeçage territorial et seigneuries locales ::
Cumuls des mandats, jouissance du pouvoir, profits indemnitaires, conflits d’intérêts individuels, sont les principales sources de l’incohérence de notre territoire. Pour le reste et à grand coup de solidarité par ci et de développement par là, le maire de Boulazac sait faire passer la pilule (longue vie à son abattoir à canards). Cumulard accompli, maire depuis 20 ans, il a su saisir l’opportunité de renforcer son règne électif.
De son côté, son concurrent de la CAP s’enflamme à désirer pour la Nation ce qu’il ne fait pas pour son propre territoire. Et s’il en manifeste le désir, les faits en confirment son incapacité.

Il y a bien une incohérence entre la mission d’intérêt général que confère un mandat électif et la manifestation concrète de cette mission. Car il y a un moment aussi où nous devons savoir si nous sommes en face d’une hypocrisie ou d’une incompétence. Sournois ou nul ?
Certes, c’est à jeu égal tant que les élections intercommunales seront à deux degrés, opaques et politiciennes. Mais si la réforme tient ses promesses pour un suffrage direct, le besoin de faire la différence risque de se faire sentir.