La démolition de Périgueux

Le Puy Saint Front de Périgueux au XIX°s ne correspondait plus aux exigences et aux attentes de la société. La Révolution Industrielle, les grands idéaux de la modernité et du progrès, s’opposaient frontalement à l’urbanisme médiéval, ses rues étroites et son système défensif.

Ce constat serait fatal à nombre de constructions, des plus délabrées aux plus solides. Quelques éléments de cette histoire sont développés dans ce long billet.

:: Contexte général ::
Pendant plus de 600 ans, la vie urbaine s’est développée à l’intérieur des murs d’enceinte, délimitant physiquement les limites de la ville. La ville en armure était devenu un non sens et depuis la fin du XVIII°s., il fallait jugeait obsolète les principes fondateurs de la ville pour cause de paix durable. Aussi furent détruits les remparts, dont quelques traces subsistent, la trentaine de tours de défense, sauf la tour Mataguerre, et la totalité des portes fortifiées, dont on a tracé au sol celle de la Taillefer.

Ce qui avait rendu la ville imprenable, qui lui donnait sa force et son autonomie, était devenu un handicap dans une société « étatisée », pacifiée et ouverte, mais se trouvant alourdie économiquement par ses formes médiévales. Les réformes napoléoniennes avaient donné toute sa puissance régalienne à ce nouvel Etat.

Bien avant la construction de la gare de chemins de fers, qu’il faudrait relier à tout prix avec la vieille ville du Puy Saint Front, c’est l’émergence du quartier Saint Martin qui semble porteuse. Mais au fond il y a du prétexte. Le besoin va bien au-delà de l’ouverture de la vieille ville vers l’Ouest, puisque l’Est et le Nord sont concernés aussi. Seul le Sud, avec la rue Aubergerie, ne sera pas bouleversé, ou dans une moindre mesure, puisqu’au bout il n’y a que la rivière. Il faut intensément élargir l’axe est/ouest, et ouvrir vers le nord en aménageant le sud.

De 1825 à 1972, les formes du Puy Saint Front seront profondément travaillées, modifiées, faisant évoluer la ville médiévale vers celle que l’on connaît aujourd’hui. Non en construisant, mais en détruisant. Cet aménagement par le vide devait projeter la ville vers son essor industriel, seul horizon rationnel envisagé et envisageable. Mais entre l’implantation des ateliers de chemins de fer (Paris Orléans) et celle de l’usine du timbre par Yves Guéna, force est de constater que Périgueux n’a jamais embrassé le destin industriel que l’on profilait pour elle.

Au contraire. L’enclavement géographique de la ville, sa topographie complexe, en marge des axes de communication nationale et en périphérie des grands réseaux d’échanges, a toujours compliqué les implantations industrielles. Globalement face à l’impossibilité de muter favorablement de la production agricole à la production industrielle, Périgueux s’est développé vers le tourisme avec plusieurs générations de décalage. Par surcroît en ayant détruit une partie de son patrimoine, celui-là même qui fait de la ville de Sarlat par exemple, autant un succès touristique qu’un décor minéral.

L’impact de cette mutation aléatoire a été amorti par le développement du fonctionnariat lié au statut préfectoral de la ville et centre administratif du département, ainsi qu’à une incontestable qualité de vie, propice à l’établissement de populations retraitées.

C’est donc sur cette vague de destruction que nous revenons ici, pour présenter sa chronologie et observer son impact. Certains choix découlant d’un diagnostic à l’instant ‘T’ peuvent évoluer dans le temps, du statut de solution à celui de problème.

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 Repères généraux

 

 :: Le vocabulaire ::
Un point de vocabulaire entre le XIX°s. et la première moitié du XX°s.. Il permet de cerner la sémantique utilisée pour qualifier la ville médiévale. Nous allons faire court, mais ce point est plus intéressant qu’il n’y parait, révélant par l’épithète, la conception de l’époque.

L’ouverture des voies de communications est systématiquement qualifiée « d’amélioration », d’ « embellissement » (XX°), de « grande utilité », servant à « vivifier » pour le « bienfait commun » (XIX°). Techniquement, ces destructions sont jugées propices à des « habitations plus vastes », pour « un air infiniment plus pur », offrant « un puissant élément de prospérité commerciale ».

En contre point, la ville ancienne, « dédalle de petites rues malsaines et étroites » (XX°) présentait (XIX°) un « aspect triste », faite de « bouges affreux », avec ses « rues étroites, humides », « ses vieilles constructions noires », pour un résultat « affligeant ». Tout concourt à la destruction de ce « quartier infect ».

Ce qui est donc déterminant dans la conception des acteurs de ces projets, c’est que ces rues ne peuvent pas être rénovées ou subir la moindre amélioration. Ou plutôt que la seule amélioration possible est leur propre destruction. Cette rhétorique moderniste intéresse car sa faiblesse dans le manque de justification technique, trouve sa force dans la culture positiviste de progrès et de modernité. Evoluer signifie aussi détruire, faire du vide à la place du plein, où le pur oxygène se substitue à une pierre malsaine. (De quoi durablement déprimer un architecte des bâtiments de France).

:: Inventaire apatrimonial ::
La notion de patrimoine était absente de la « condition urbaine« . En définitive, ce qui allait devenir quelques années plus tard, le fond de commerce et la fierté de la ville, était alors objet de mépris ou quantité négligeable.
Car si effectivement certaines venelles présentent des défauts sanitaires évidents, (défaut d’ensoleillement et forte humidité), il n’en va pas ainsi par exemple de la tour Mataguerre.
Or, c’est parmi les premiers édifices qu’on voulut détruire pour agrandir la rue des Farges. Alors qu’en 1840, 10 ans plus tard, le même édifice était classé monument historique, pour mémoire, la tour Barbecane qui gênait la création du boulevard Georges Saumande, n’a pas été jugée digne de cette protection et a été rasée en 1864.

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 Tour Barbecane

 

C’est pourquoi dans un projet de 1881 (A. Vigier), il est proposé d’ouvrir une vaste avenue (Alsace-Lorraine) d’une douzaine de mètres de large, commençant au pied de la tour Mataguerre (Sud) pour tirer en ligne droite jusqu’au pont des Barris.

 

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Jonctions transversales comprises, le projet prévoyait la disparition ou la modification d’une centaine de constructions, dont les hôtels d’Abzac de la Douze et de Sallegourde par exemple.

En 1830, la destruction du Consulat (XIII°s.) place du Coderc ne posa aucun problème, hormis pour sa cloche, de même que l’ouverture de la rue Saint Front ne fit aucun cas de l’hôtel Saint Aulaire, nous y reviendrons.

 

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 Consulat

 

Dans la continuité du XIX°s., la destruction du quartier des Rues Neuves montre des similitudes prégnantes. Alors que l’on détruisait la totalité du quartier pour des raisons officielles de péril et sanitaires, il fallut a contrario toute la science des entrepreneurs-démolisseurs pour venir à bout de l’hôpital Saint Marthe, fortement établi depuis le XIV°s. Il en allait de même pour le moulin fortifié qui portait bien son nom.

 

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 Hôpital Sainte Marthe

 

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  Moulin fortifié

 

Enfin, la réinvention de la cathédrale, à partir des années 50, impliquait naturellement la destruction d’une soixantaine de maisons accrochées à ses murs porteurs. Que parmi elles figuraient par exemple l’évêché, le couvent ou la porte de la Gramelha, n’avait strictement aucun poids.

 

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 Façade ouest Saint Front

Clairement, les motifs techniques invoqués pour la purification de la ville, s’appliquaient à toute forme de construction, qu’elle fut saine ou en péril, une modeste habitation ou un bâtiment majeur. En aucun endroit et à aucun moment, le critère architectural, la notion de patrimoine, ne permet d’éviter une destruction au bénéfice d’un nouvel élément de voirie. Hormis pour la tour Mataguerre, l’exception qui confirme la règle.

Fait majeur et original de l’époque montrant des critères culturels plutôt que strictement technique, aucune exception architecturale n’a empêché une voirie d’être strictement droite et rectiligne. Aucune des interventions que l’on observe aujourd’hui ne montre une courbe ou un virage permettant de constater un évitement ou un contournement. L’hôtel Renaissance Saint Aulaire illustre le propos, dont on conserve quelques éléments d’intérieur au musée du Périgord.

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 Hôtel Saint Aulaire

C’est dans ces conditions que l’idée de patrimoine ou de « monument historique » pouvait paraître farfelue, touchant peu l’opinion, secondaire pour les élites, subordonnée aux besoins d’élargissements des voies de communication.

 

:: De 1825 à 1972 ::
Comme base d’observation, voici l’inventaire des travaux, dont les grandes étapes contiennent également des interventions « mineures » :

 Vers l’Ouest

La première grande phase, comme on l’a vu, commence par l’ouverture des voies vers l’Ouest, vers la plaine, vers la gare, vers Saint Martin.

Ouverture et création de la rue des Chaînes

Destruction ou élargissement des rues du Serment, des Chaînes, du Consulat, Berthe Bonaventure (rue Froide), Modeste, de l’Arc, de la Peur, de l’Oie. Construction du marché couvert.

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 Ouverture et création de la rue de la République

Destruction ou élargissement des rues Saint Silain, de la Mairie, Hiéras, Puynazeau, Modeste, Chancelier de l’Hôpital.

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Vers le Nord

Suivant l’ordre d’importance des ouvertures, s’ensuit celle du Nord :

Ouverture et création de la rue Saint Front

Destruction ou élargissement des rues de la Reconnaissance, de Saint Georges, du Pas Saint Georges, des Drapeaux, du Conseil, Judaïque, de Verdun, des Serruriers, de la Constitution, Notre Dame, d’Enfer, de Daumesnil, de l’hôtel Saint Aulaire.

Cette phase correspondit également à la destruction de l’îlot que l’on nomme aujourd’hui place du Marché au Bois. Quant à la place de la Vertu, elle ne fut que la conséquence d’une destruction plus tardive.

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Vers l’Est

La troisième grande phase consista à ouvrir la ville vers l’Est, en s’appuyant sur la création du Boulevard Georges Saumande et la construction du pont Vieux (Barris) à la place du pont coudé de Tournepiche.

Ouverture et création de la rue Daumesnil

Destruction ou élargissement des rues Migot, du pont Vieux, de Tourville, Sainte Marthe, Port de Graule, impasse Port de Graule.

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D’une façon plus erratique mais tout aussi persistante, on notera les destructions et élargissements suivants :

Elargissement de la rue Taillefer, de la rue Eguillerie, Aubergerie, Mataguerre, création de la place Saint Louis, du Marché au Bois et de la Vertu.

Vers nulle part, les Rues Neuves
Enfin, venant conclure cette longue phase de modifications de la ville, la destruction du quartier des Rues Neuves débutée en 1950 s’achève en 1972. Certes, les motifs sont quelques peu différents, le vocabulaire a changé. On ne parle plus d’embellissement, de progrès, on n’entend plus de jugement esthétique ou commercial, mais une rhétorique axée sur le péril engendré par l’état des bâtiments, et sur l’assainissement nécessaire pour cause de santé publique. Le mauvais air et l’infection, l’insalubrité et le délabrement, demeurent le diagnostic et l’opportunité. Rien de nouveau donc.

La collectivité, incapable de répondre techniquement aux exigences architecturales, (ex. reprise de fondation), ni de financer un programme en remplacement, a du générer un vaste espace. Entre le début du programme de destruction en 1950, et son achèvement en 1972, 22 ans plus tard, quasiment une génération, aucune solution de reconstruction n’a été trouvée. De sorte qu’à l’achèvement des travaux et ce jusqu’à aujourd’hui, soit 37 ans, une partie de cet espace est devenue un parking plutôt qu’une friche.

A l’origine le programme de destruction avait la reconstruction pour corollaire et ce pendant de nombreuses années. La ville aurait été dans l’incapacité financière de reconstruire, déjà mobilisée par le programme de reconstruction de la ville haute. Ce programme ayant été lancé avant l’entrée en vigueur de la loi Malraux de 1962, l’application de ce dernier était administrativement redondant avec le programme périgourdin en cours. Plus ou moins redondant, car il s’agissait d’une loi orientée vers la rénovation du bâti, qui aurait probablement interdit la destruction totale du quartier à l’établissement du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur. Ce dernier est rentré en application à Périgueux au début des années 1980, largement après la fin des travaux de démolition, après aussi le déplacement et le relogement de la population.

Au final, comme à partir de 1825, il aura consisté à faire le vide. Celui que la nature ne supporte pas mais dont l’homme a besoin. Tracer des lignes selon des axes ou des figures, appartient à une géométrie à deux dimensions opposée aux principes de l’architecture. Lutter contre l’insalubrité par la route et/ou le stationnement est bien le degré zéro de l’assainissement. Principalement lorsqu’il remplace des constructions. Ces 150 dernières années sont à comparer aux 12 siècles précédents en matière d’architecture ; non sur le style, mais sur le degré d’implication.

La partie du haut aura été rénovée in extremis, celle du bas n’aura pas pu être sauvée.

Destruction des Rues Neuves

Destruction (ou rare élargissement) des rues du Séminaire, Neuve, du Niveau, du Gravier, de Tourville, de l’Harmonie, du Basilic, des Anges, places de la Mission, Mauvard, etc.

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:: La promotion du vide ::
Durant presque 150 ans, des générations de maires ont participé à cette promotion du vide sur le plein, jusqu’à Yves Guéna, qui conclut assez fidèlement avec ampleur cette grande période du XIX°s., tournée vers l’industrie, le vide et la circulation.
Pour certains de ces maires sont associés par leur nom à la ville C’est le cas des Gamenson, Marcillac, Lagrange, Estignard, Mie, Bardy-Delisle, Fournier-Laurière, Deffarges, Gadaud, Saumande, Pugnet, Barrière…

Ils ont tous participé, plus ou moins intensément, à détruire la ville médiévale pour celle que nous avons aujourd’hui.

Ces espaces rectilignes et vides, qui nous ouvraient à la communication, le succès commercial, l’industrie, la vitesse, la facilité, l’ouverture, la modernité, constituent aujourd’hui le problème majeur du futur plan de déplacements urbains, avec leurs lots de pollution, de bruit, d’esthétique, de réchauffement climatique, de saturation, d’embouteillages…

Ironie du sort, l’économie locale de notre temps s’appuie en grande partie sur ces objets qui n’avaient pas la valeur de leur rénovation, ni de la reconstruction.

:: Epilogue ::
Il semble aujourd’hui que l’optimisme du XIX°s. soit mitigé. Ce qui apparut comme un embellissement et une évidence n’emporte plus la même unanimité ou du moins la même exhaustivité. Et ce qui était affreux et malsain, devant être démoli, est aujourd’hui préservé et sauvegardé.
Là où aujourd’hui il est préconisé le contournement, la ville d’alors devait être transpercée de part en part. La création des voies d’échanges n’a pas véritablement eu l’impact économique attendu. Pas si on compare les choix qui ont été faits pour la ville de Sarlat, qui, dans sa catégorie, ne semble pas souffrir du manque de démolition et larges voies de communications pour son développement économique.

Par-delà des motivations techniques ou sanitaires, c’est bien un mode de pensée qui s’est imposé, une façon de penser l’espace, de concevoir le bâti et la communication. La rapidité de développement et d’application du concept de patrimoine est venu concurrencer cette pensée positiviste.

C’est bien la manifestation d’une rupture que la ville intègre aujourd’hui. Au niveau le plus intense de cette mutation, nous étions passés d’une pratique cyclique du temps, (modifications, réemplois, empilements), à une conception linéaire, figeant l’existant constitué en patrimoine sacralisé.

:: Crédits photos ::
Tour Barbecane: Archives Départementales
Projet 1881: A. Vigier, La Grande Traverse de Périgueux, (SHAP)
Consulat: gravure, cf. non connu
Hôpital Sainte Marthe: J. Lagrange
Moulin fortifié: Archives Départementales
Façade ouest St Front: cf. non connu
Hôtel St Aulaire: gravure, cf. non connu
Plans de voirie: Fournier Laurière, (SHAP)
Plan Rues Neuves: A. Vigier, La Grande Traverse de Périgueux, (SHAP)

Projet « Bas Saint Front », concertation

La ville de Périgueux met en place une commission consultative extra municipale dans le cadre du projet d’aménagement du bas Saint Front, dite commission du « Bas Saint Front ». Le premier rendez-vous est fixé au mois de Juin.

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Il s’agit pour le nouveau conseil municipal de savoir s’il continue ou non le projet et dans quelle mesure il le modifie. Pour autant il faut souligner l’effort d’associer les habitants à ce projet et d’agir de concert avec eux. Cette expérience participative, avec toute la fraîcheur de la nouvelle équipe, sur un sujet fondamental pour Périgueux, au cœur de ses fondements historiques et identitaires, sera donc l’objet, au fur et à mesure, de toute notre attention.

C’est pourquoi à partir de ce premier article, nous mettrons en ligne toutes les informations à notre portée pour que chacun puisse suivre l’évolution conjointe de ce mode participatif ainsi que le projet en lui-même.

Pour mémoire, ce projet existe depuis un moment et a déjà fait l’objet de réunions de concertations avec les habitants, ce qui a permis de dégager un lauréat du concours organisé par l’équipe municipale précédente. L’association Renaissance du Greffe a participé activement au projet depuis plusieurs années et a fait partie de la commission qui choisit le projet lauréat. Ce projet a été aussi âprement débattu en conseil municipal aux différentes étapes de l’élaboration, nous en fournirons une synthèse si besoin était, afin d’en saisir quelques subtilités politiques et humaines.

Aux dernières nouvelles, il faut lire l’article de la Dordogne Libre dans lequel le maire parle du projet, où il expose 3 possibilités qui se présentent, selon les capacités d’investissement à dégager :

1. Réaliser le projet dans son ensemble, aménagement + parking souterrain
2. Réaliser l’aménagement sans le parking
3. Réaliser le parking uniquement

:: LE CONTEXTE ::

La cathédrale Saint Front est depuis trop longtemps otage du trafic routier, cernée de tous côtés par les routes et les stationnements. Elle est pourtant un des éléments emblématiques de la ville, à l’origine de la fondation du quartier historique, la ville du Puy-Saint-Front, longtemps autonome et de tradition communarde, ne serait-ce que dans l’esprit et l’histoire. Le Puy-Saint-Front fut, après Montmartre, la deuxième commune libre de France en son temps.

Le Puy-Saint-Front a toujours eu une identité forte. Que ce fut à l’époque des consuls, où l’on frappait monnaie en combattant les anglais, pris en tenaille entre les frères ennemis de la Cité et les fourberies d’Archambaud; à l’époque de la Commune, où l’on s’inscrit contre les versaillais et soutient les révoltes de cheminots contre les commandes militaires de Versailles: où l’on a pu croiser l’Empereur des rues Neuves, dans le quartier des Turcos, (Télécharger « Mourgoux, maire des rues Neuves »). Les grands-pères sur le marché, dont le mien avant, racontaient le Puy-Saint-Front à leur époque, où l’on allait pas comme ça, en tout cas la Police. Parlez-en à Dédé, samedi sur le marché, (le matin de préférence).

 

 

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Premier plan du Puy-Saint-Front connu, François Belleforest, 1575

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« L’ou s’ei de la Ruo l’Omperour! Si n’ai pas touto la valour de l’Autre per la canounàdo n’ai pas pôu d’uno charmenàdo« . R.B

L’histoire de ce quartier y est aussi riche que son patrimoine architectural et incite à la modestie celui qui veut le modifier. Dans le sens où l’on espère qu’il le modifiera avec modestie. La rénovation de la cathédrale par l’architecte Paul Abadie y a été un succès mitigé pour l’époque, entre le bysantin de coupe mécanique et le courant de restauration de Viollet-le-Duc, il a eu le mérite de ne pas la laisser s’effondrer définitivement. Avant les travaux, Victor Hugo avait offert à Périgueux en visitant la cathédrale qu’elle était « un mélange d’architecture et de hasard« .

Avec la destruction du grand moulin de Périgueux, le remaniement des berges de la rivière l’Isle et la création du boulevard Georges Saumande à la fin du XIXème siècle, les périgourdins furent coupés de leur rivière, ont dit que Périgueux lui tourne le dos. Avant la route, Périgueux plongeait littéralement dans la rivière de par ses berges et l’eau à fleur de bâtiment par endroits.

 

 

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Photos de Edouard-Denis BALDUS, 1860
Sur le site de la mairie de Périgueux

A une époque plus tardive, sous Yves Guéna, a eu lieu un second traumatisme local. L’autorisation donnée de construire l’hôtel Ibis en pied de la cathédrale, susnommé adéquatement « La Verrue » ainsi que les grands immeubles de logements collectifs qui n’ont rien à envier au surnom de l’hôtel. En son temps, le projet d’hôtel avait été conspué par beaucoup d’habitants. Des photos anciennes montrent toute la beauté de l’édifice se reflétant intégralement sur la rivière, ce n’est plus possible aujourd’hui. L’aménagement de la place Mauvard, entre l’hôtel et les logements collectifs, n’a jamais été pensé, jusqu’à aujourd’hui, autrement que comme un « trou ». D’ailleurs, on notera encore l’existence d’un petit îlot de friche, que je trouve avec le temps, à titre personnel, aussi insolite que charmant dans le contexte du bâti ancien.

Le projet d’aménagement du bas Saint Front est donc lié à la place de la Clautre et sa liaison avec la place Mauvard, la rue d’Enfert-Rochereau, l’avenue Dausmenil et le boulevard Georges Saumande. Cet ensemble de places et de rues forme l’étau routier, métallique et bitumeux, qui étreint la cathédrale.

:: LE PROJET ET LES ENJEUX ::

Au-delà de la problématique purement urbaine, qui n’est jamais isolée, on s’aperçoit que des thèmes importants sont en jeu, sur le plan social, historique et culturel. D’autre part, pour mémoire, la cathédrale St Front est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui, en terme d’enjeu pérogourdin et supra communal, devrait se traduire par une attention plus que particulière.

La rivière
Les périgourdins peuvent se réapproprier cette rivière, en rétablissant le contact avec elle, par un accès facile et direct. Que les berges immédiates servent uniquement de stationnement pour les camping car pose un problème ou en tout cas une question. Ne pourrait-on pas en faire quelque chose de plus utile pour le périgourdins, sans demander aux visiteurs de bivouaquer à l’extérieur de la ville ?

Les voies de déplacement
Desserrer l’étau routier autour de la cathédrale est primordial dans le projet. Le problème vient de ce qu’une quantité très importante de véhicules utilisent ses axes pour traverser Périgueux quotidiennement. La liaison avec la rue Saint Front est cruciale en l’état et cette dernière reçoit sauf erreur l’équivalent de 10 000 véhicules/jour, (volume égal à celui de la RN 221 par exemple).
Pour autant il va bien falloir trouver une solution pour libérer le transept Nord de la cathédrale.

Le stationnement
Le projet du bas Saint Front comporte également l’aménagement de la place de la Clautre. Cet espace de Périgueux, un des plus importants de la ville, est également à libérer des véhicules par une destination plus piétonne et plus verte. Il s’agira également de garantir l’accès au marché de plein vent pour les professionnels, ce qui n’est pas si évident dans la pratique.

D’où également le projet de parking souterrain, qui est la pierre angulaire des aménagements de surface. A terme, à l’horizon des 20 ou 30 prochaines années, nous savons que notre pratique de la ville et du déplacement auront changé. Les voitures seront stationnées en périphérie de la ville et les transports en commun seront de rigueur. Le défi environnemental et l’évolution de la ville passeront par cette solution. En préparant cette mutation, les parkings de centre ville sont nécessaires et souterrains si possible.

Les espaces piétons
La place Mauvard est un parking devant devenir un espace paysager pour piétons, créant un lien direct entre la ville et la rivière par le biais d’une grande perspective ouverte.
La place de la Clautre et le haut de la rue Taillefer, le parvis du transept Nord de la cathédrale et l’avenue Daumesnil devraient devenir des zones 30 avec des trottoirs élargis.

Concernant la liaison piétonne entre la place Mauvard et la place de la Clautre, via la place du Thouin, il semble y avoir un problème. Il est prévu un ascenseur partant du pied du mur d’enceinte et arrivant place du Thouin. Si l’on comprend la justification d’un tel équipement, en revanche, on peut prévoir un cout exorbitant pour sa réalisation.

:: LE PROJET LAUREAT ::

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Plaquettes de présentation du projet en pdf
Plaquette n°1
Plaquette n°2
Plaquette n°3

On peut également visionner le film d’animation qui synthétise le projet.
[youtube]http://fr.youtube.com/watch?v=LBgwECgDTYQ[/youtube]

La vidéo a été  réalisée par :

NÉOMONDE

PRODUCTION AUDIO VISUELLE

IMAGES DE SYNTHESE/VIDÉO

www.neomonde.fr

OO33.553.63.59.49

0033(0)6.83.36.7767

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:: APPROCHE GLOBALE ET PLAN LOCAL D’URBANISME ::

Le projet a bien entendu un impact plus large que le quartier Saint Front en lui-même. Il fait partie d’une logique globale, communale et supra communale, contenue dans le PLU de Périgueux. Ce document essentiel, fondateur des règles d’urbanisme des prochaines années, n’est pas encore applicable à Périgueux. Il ne reste plus qu’une approbation en conseil municipal pour qu’il le devienne. La nouvelle municipalité entend y apporter sa « griffe » avant de l’entériner.

Globalement, le PLU en projet vise à « mieux qualifier les différents pôles d’attractivité », à améliorer la fluidité des cheminements piétons en incitant à la promenade notamment et à favoriser la circulation des deux roues. La réappropriation des berges de la rivière fait aussi partie des objectifs du PLU. En ce sens, la CAP travaille déjà à ce programme intercommunal avec le projet des Berges de l’Isle et la voie verte qui emportent aujourd’hui l’adhésion générale.

Qu’on ne s’y trompe pas ; il s’agit d’un temps long. Il faut aujourd’hui anticiper ce que sera la ville à moyen et long terme, à l’horizon 2030. La facture économique et environnementale de nos déplacements étant en l’état une aporie absolue, c’est une véritable mutation des usages et des capacités à se mouvoir qui est à l’étude.

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ADELS. Débat Projet Urbain et Participation

Le 15 Avril 2008, l’Adels a organisé un débat ayant pour thème:

Projet urbain, participation:
A qui revient la production de la ville?

Diverses interventions dont les contributions téléchargeable en pdf sont accessibles sur le blog de l’Adels
Il a également été mis en ligne sur Dailymotion un compte-rendu vidéo du débat: toujours sur le blog de l’Adels.

Quelques pistes à la volée. En introduction il est revenu sur l’idée que le dessin de la ville correspond au dessein de la société, (Paul Blanquart, historien de la ville). Le rapport entre la forme de la ville et le dessein social a pour objet de « faire commune » et révèle le rapport intime entre le « contrat social » et la « politique de la ville ».

Cet axe permet de dégager toute la complexité de la relation entre la construction urbaine et l’usage de la citoyenneté, impliquant directement le rôle du politique et sa justification.

La traduction concrète de ces réflexions est lisible dans les mécanismes qui produisent l’exclusion et l’inégalité et produisent des villes « sectorisées » à outrance par les modes d’accessibilité – sociaux culturels et économiques – au logement.

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Ce n’est qu’un exemple. Il correspond pour autant à une préoccupation majeure de l’actuelle adjointe à la démocratie participative et l’éducation à la citoyenneté de Périgueux, tel que le journal Sud-Ouest l’a relayé. Oh, pour faire dans le local périgourdin, on entendra que Périgueux ne connait pas tous ces problèmes, que c’est une charmante bourgade en milieu majoritairement rural. Cela justifierait l’absence totale de structure participative, d’espaces de délibérations indépendants des élus, etc. Vous entendrez même que les gens ici, après tout, ne sont pas demandeurs.

Il n’empêche qu’ici, pour ceux qui ne sont pas de la région, le Schéma de Cohérence Territoriale, SCOT, est un serpent de mer de la Communauté d’Agglomération, que la ville de Périgueux n’a pas de Plan Local d’Urbanisme, PLU – il existe mais n’est pas applicable – qu’il n’y a pas en application de Plan de Déplacement Urbain, PDU, à l’échelle de l’intercommunalité. Si le dessin de la ville correspondait au dessein de la société, faudrait-il qu’au pays de Lascaux, il y est exception?

Au-delà du clin d’œil, les problèmes d’ici sont les mêmes qu’ailleurs.
En tout cas, ceux qui se révèlent ailleurs arriveront un jour ici.

Démocratie locale
Les citoyens sont tenus en périphérie des décisions politiques, hormis par le biais des diverses enquêtes publiques qui se résument à des cahiers de doléances facultatives.
Le devoir d’information des droits des citoyens est partiellement accompli. Il y a encore cette culture de la représentativité « à l’ancienne », fondée sur une hyper présence dans le temps électoral, proportionnellement inverse dans le temps de la mandature.
Pour autant il faut attendre à Périgueux que la nouvelle municipalité mette en œuvre son programme de campagne sur la démocratie locale. Le projet de démocratie participative est détaillé dans ce blog et sur le forum.

Au niveau de l’intercommunalité, l’agglomération périgourdine, souffre comme les autres Etablissements Publics de Coopération Intercommunale, EPCI, de sa carence démocratique, Cf. articles précédents. Jouant de la loi, cette techno-structure ne se préoccupe pas pour autant de démocratie participative locale, idée par laquelle elle ne sent surement pas concernée puisqu’elle existe hors suffrage direct. Le soin de la démocratie locale est laissé aux élus en tant que maires. Mais pour ces mêmes maires, en tant que représentants du conseil communautaire, l’idée leur est tellement étrangère qu’il n’existe aucune structure officielle pour aborder la question à une échelle globale et non seulement communale.

Déplacement, mobilité
Le problème du déplacement y est majeur, l’augmentation du flux routier est bien supérieur à la capacité de le réguler. L’impact en pollution de l’air n’est que trop mesurable, le centre ville est surchargé d’embouteillages quotidiens, pour autant, les projets de contournement apparaissent suspects pour le petit commerce de centre ville. Il est aujourd’hui très difficile d’infléchir les grandes orientations de déplacement urbain mises en œuvre à l’époque du « progrès » pompidolien, les parisiens s’y reconnaitront.
C’est bien en sachant que la capacité de déplacement définit la taille de la ville et ainsi sa proportion de flux à gérer, qu’une grande réflexion aurait pu commencer il y a de nombreuses années, quand il n’y avait pas encore urgence.
L’usage du vélo par exemple, est encore considéré comme un déplacement de loisir. Son usage se concentre sur le temps de repos, en témoigne l’aménagement des voies longeant la rivière, (L’Isle, voies sur berge). Mais il ne sert pas au déplacement « utile », en témoigne l’absence de pistes cyclables conjointes aux voiries. Les pouvoirs publics se montrent encore frileux sur ce sujet, pour des raisons sociologiques que l’on doit rencontrer ailleurs qu’à Périgueux. Ici, en milieu semi rural, sans industries ni universités conséquentes, connaissant une gentrification moyenne et classique de cœur de ville occupé par une population âgée – +10% par rapport à la moyenne nationale – un vélo, c’est du loisir, sinon, ça fait pauvre. Tandis qu’une voiture permet de mesurer l’échelon social du propriétaire et ainsi l’importance de l’individu dans un maillage socio-culturel à dominante notabiliaire.

Etalement urbain
L’étalement péri urbain est conséquent, par le biais de programmes de logements ou zones d’activité économiques. Les opérateurs privés négocient parfaitement les terrains communaux, publics; en échange d’une règlementation urbaine allégée, ils produisent des programmes immobiliers permettant de ne pas endetter les communes ou de faire flamber la fiscalité locale. Pour faire correspondre le cout du logement et sa capacité de rentabilisation par rapport à la capacité d’investissement des particuliers, (le marché si on préfère), on écarte les problématiques liées à l’environnement, trop exigeantes, ou celles liées à la qualité de l’habitat, trop chères. En contre partie, les élus rendent des comptes positifs en terme d’emploi et de taxe professionnelle, pour des investissement minimes de viabilisation et programmes d’aménagement.
Concrètement, les règlements d’urbanisme ressemblent pour certains à des pages blanches à remplir soi-même, (c’est exagéré mais…). Le traitement des eaux pluviales, par exemple, y est caricatural. La totalité de l’eau collectée est directement transférée en réseau souterrain, au lieu d’être organisée en réseaux de surfaces avec toute l’utilité que l’on connait pourtant. Les paysagistes sont malheureusement peu considérés et ne servent que de caution « Espace vert« , ils « végétalisent« .
Localement, c’est la commune de Notre Dame de Sanilhac qui est la plus significative pour observer le phénomène.

On peut également citer dans cette catégorie l’étalement du logement. « Grâce » à la loi Robien, défiscalisation oblige, le secteur de la construction a été dopé dans la communauté d’agglomération et dans le département. Après la mise en œuvre de programmes divers, dont les maires n’ont rien trouvé à redire en signant les permis de construire à tout va, – car cela leur enlevait plutôt une épine de gestion publique de l’habitat – on se retrouve avec un parc de logements disproportionné par rapport à la demande, pour la plupart d’une qualité médiocre. Concrètement il s’agit de logements vacants, fermés, se dégradant très vite en l’absence d’alimentation électrique qui sert à la ventilation mécanique contrôlée. Un excédent de 600 ou 1000 logements, c’est une quantité localement importante. Le surpouvoir locatif des villes ne peut pour autant pas entrainer une décote inférieure à la rentabilisation. Et quand c’est le cas, de toute façon, il n’y pas d’autre solution que de faire supporter le déficit par les budgets publics.
Localement, c’est la commune de Trelissac qui semble être la plus concernée par le phénomène.

Patrimoine architectural et habitat
Le secteur sauvegardé de Périgueux, surement sous le regard désabusé et impuissant des collectivités et des services, malgré toutes leurs compétences et leur bonne volonté, est petit à petit « grignoté » par des sociétés privées qui détournent l’esprit de la loi Malraux. La défiscalisation et les marges qu’elle offre n’est que le seul et unique but de la rénovation du bâti ancien. Les immeubles Renaissance et autres ne sont pour certains, plus que des coquilles vides. Les logements y sont au minimum des surfaces réglementaires, pour des prestations au ras du plancher légal, les studios s’entassent de la cave au grenier. On aura sauvé les façades, c’est toujours ça. Les touristes ne sont demandeurs que de ces dernières, c’est le principal. On ne dit d’ailleurs plus « immeuble » mais « produit fiscal ». Il n’est pas fait état de tous les logements, mais d’une dérive qui concerne quelques opérateurs locaux et bordelais, cela suffit à pourrir le fruit. Le pouvoir conféré aux Architectes des Bâtiments de France est loin d’être suffisant dans ce domaine et le manque de suivi dans les contrôles de conformité est préjudiciable pour la qualité générale des restaurations. Là encore, ce n’est pas un problème d’hommes, mais de structures et de capacité publique.
Les projets d’aménagements urbains existent, notamment celui de Périgueux et sa rivière. Un programme intéressant qui ne fait pas l’objet des concertations et débats attendus. Un cas d’école.
Localement, c’est la commune de Périgueux qui est la plus touchée par le phénomène.

Secteurs socio-culturels
Périgueux ne veut rien dire en soi, c’est un cœur historique entouré d’un conglomérat de quartiers, qui pour certains, sont passés dans d’autres communes, pour d’autres sont restés.
Les élections municipales ont révélé l’écart croissant entre les différents quartiers, faisant apparaitre, voir exacerbant des disparités sociales et culturelles. Outre les divisions traditionnelles et historiques, entre bourgeois et ouvriers, jeunes et vieux, … celles de l’immigration est primordiale depuis une quarantaine d’années. Les quartiers sont l’expression, la représentation d’une certaine classe sociale, culturelle, économique. Les programmes de mixité sociale via le logement n’ont pas endigué le phénomène de « sectorisation », dans certains cas ils l’ont même renforcé.
Le découpage sociologico-politique instauré après guerre, « à toi la périphérie, à moi le centre », alliance historique entre droite et gauche, ne vient de basculer que depuis 3 mois! On savait que dans le centre il fallait faire des maisons de retraite et non des logements sociaux, en périphérie l’inverse, c’était la base.

Voilà pour quelques aperçus de la relation locale entre dessin de la ville et dessein social, en y rajoutant peut-être le destin environnemental et la variable économique. Le constat n’est à charge de personne, il ne met en cause individuellement personne. Si seulement il n’était que le point de départ d’une réflexion locale nouvelle au regard des enjeux qui attendent la petite vile de Périgueux et ses alentours. Les problématiques ci-dessus concernent au plus près les habitants et pourraient faire l’objet de débats publics et concertations. Non?

Monsieur le Maire…

La revue Urbanisme – N°358, janvier février 2008 – dans un dossier nommé Gouverner, publie une lettre fictive d’un urbaniste de renom, François Ascher, à l’attention d’un maire autre que celui de la commune où il vote.

– Télécharger la lettre de François Ascher –

Cette lettre est intéressante à plus d’un titre. L’auteur y développe les problèmes d’un citoyen, électeur, usager, consommateur, qui, vivant dans une commune et votant dans l’autre, est confronté à l’intercommunalité, (allant de ses compétences à ses carences démocratiques). Par le biais de détails concrets, François Ascher passe en revue les problèmes liés au déplacement, transports individuels et collectifs, le logement, les programmes urbains, la gestion des déchets, la fiscalité, l’emploi et le développement économique, une partie de l’identité même…

« Voilà, Monsieur le Maire, quelques-uns des problèmes locaux qui me préoccupent actuellement et qui auraient dû contribuer à guider mon vote dans quelques mois lors des élections municipales et cantonales. Or, je vais être conduit à voter pour quelqu’un qui représentera ma commune au niveau de l’agglomération mais qui n’aura pas la possibilité de résoudre bon nombre des problèmes auxquels je suis confronté, tandis que vous-même, si vous êtes réélu, n’aurez aucune raison de les prendre en compte alors qu’ils dépendent en grande partie de vous« .

Le principe de responsabilité et la représentation démocratique
Un élu ayant reçu mandat par le peuple pour exercer une fonction, est, en premier lieu, responsable. C’est l’exercice de cette responsabilité qui est jugé lors de toute élection. Le résultat des votes est l’expression directe de l’exercice de cette responsabilité. Si l’on interroge un maire pour qu’en fin d’exercice, il réponde aux questions par: « Je n’y peux rien c’est la communauté d’agglomération qui a pris la décision et j’étais minoritaire« , alors il y a un déficit patent de démocratie dans l’organisation de ces collectivités territoriales. Sans ce principe de responsabilité, qui permet à un homme d’assumer des choix et des décisions devant les citoyens, il n’y a plus de raison de voter pour lui, ou en tout cas pour ce qu’il représente directement.

Le découpage territorial actuel, datant de la fin du XVIII ème siècle, l’émiettement des communes nécessitait surement une réorganisation et une concentration des compétences pour un problème d’efficacité. Elle fut administrative et économique, elle donna lieu à des transferts de compétences, compétences qui sont la traduction concrète de la responsabilité d’un élu au regard de son pouvoir de décision. Ce transfert de compétences n’étant plus aujourd’hui directement et démocratiquement contrôlé, engendrant une complexité d’organisation trop faiblement clarifiée, le citoyen est confronté à des problèmes quotidiens qui ne trouvent plus de responsables directs, mais des structures, voire des techno-structures desquelles il est directement étranger parce qu’indirectement électeur.

Le principe démocratique est pourtant d’être incarné, on vote pour un homme, en aucun pour une structure ou un concept. Que l’on fasse remarquer à un maire un problème et il répondrait que c’est la CAP par exemple? La CAP est constituée d’élus, mais n’étant plus responsables directement devant l’électeur, la notion de structure prend le pas sur celle des individus administrativement déresponsabilisés. Alors que le système représentatif, en pointillé, souffre justement d’un certain manque de représentativité, s’essouffle en légitimité, alors que la demande délibérative des citoyens s’accroit, dans le même temps du transfert de compétences des communes, le législateur renforce les droits des citoyens dans les communes et les réduit au niveau des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale, (ex. communautés d’agglomérations).

Ce que l’on peut donc attendre de la part des élus qui dirigent ces structures intercommunales. Tout d’abord de l’information, de l’éducation, sur le fonctionnement, les projets, les budgets etc. Il faut aujourd’hui demander aux élus de faire ce travail et faire entendre que les prochaines élections municipales seront aussi l’occasion de faire ce bilan.