Régionales Aquitaine, X. Darcos/A. Rousset : piratage et rappel à l’éthique

La campagne des régionales en Aquitaine est lancée et bien lancée. Le premier coup politique en dessous de la ceinture est tombé ce week-end. Il a consisté dans la redirection frauduleuse de l’adresse du blog de Xavier Darcos vers le site du candidat sortant socialiste Alain Rousset. La redirection n’était pas faite vers son site de campagne pour les régionales, rousset2010.fr, mais vers son site de député, alainrousset.net. (allez comprendre).

Dimanche, en somme, le résultat, c’était ça :

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Aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre, mais pas comme si rien ne s’était passé. Xavier Darcos a signé un billet De la liberté d’abord où il appelle au respect d’une « certaine conception du débat public » et une « certaine idée de la politique » pour conclure :

C’est pourquoi je renouvelle l’invitation faite à tous les autres candidats, en particulier à mon adversaire du Parti socialiste, de me rejoindre dans la condamnation de toutes les manifestations de sectarisme qui voudraient entacher le débat, libre et nécessaire, qui doit s’engager au cours des prochaines semaines.

La réponse d’Alain Rousset ne s’est pas faite attendre sur son site de campagne, avec La noblesse du combat politique :

Rien ne serait pire que d’offrir pour ces élections régionales le spectacle déplorable de basses manœuvres dont l’objet ne serait que de déstabiliser son adversaire à l’image de ce piratage qui a consisté à détourner les internautes du site de Xavier Darcos vers mon site.
Condamnant de telles pratiques, je profite de cette occasion pour solliciter une campagne digne et respectueuse du droit de chacun des candidats à s’exprimer et à défendre ses idées équitablement sur la scène publique.

Voilà les deux candidats sur la même longueur d’onde, d’accords sur les principes fondamentaux d’un débat politique. Alors on pourrait placer la chose sur le terrain de la communication et l’impossibilité de ne pas réprouver en public les putasseries qu’une campagne politique est capable de générer.

Mais le sujet est certainement trop important pour ne pas le laisser sur son socle, celui de l’enjeu du débat en démocratie. Car sur ce point il ne démarre pas très fort. A peine lancé et il faut déjà que les deux candidats s’unissent pour ce rappel de principe.

Et là ce n’est que relativement peu de choses. On ne peut oublier la campagne municipale de Périgueux de 2008, si navrante et crasse qu’elle avait fini dans une fange de diffamations, allant de l’accusation d’assassinat pour l’un à l’exhibitionnisme sur mineur pour l’autre. Constater que les militants des deux bords sont capables à ce point d’infamie, imaginant que couvrir de boue leur adversaire conduit l’électeur vers leur champion, est un des pires échecs de notre débat contemporain (et internet n’a rien à voir la dedans monsieur Darcos).

Comme si les coups portés loyalement par l’adversaire ne suffisaient pas, il leur faut en plus tenir les pires d’entre eux, car il est certain que ces derniers portent plus tort à leur camp qu’à leur adversaire. L’absence de discernement et d’éthique dont est capable le pire des militants doit être parfois lourde à supporter pour le chef de file. A supposer bien sur que ce chef de file vole au-dessus de la mêlée, ce que nous n’avons pas toujours constaté.

Xavier Darcos et la passion de l’égalité

On pourrait se contenter des caricatures habituelles. Par exemple en se repaissant de la passe d’arme actuelle entre la droite et la gauche locale au sujet de la délinquance.
Des caméras pour la droite, des tableaux noirs pour la gauche (SO). D’un côté une droite qui mise sur la vidéo-surveillance comme si le contrôle visuel diminuait la quantité d’actes délinquants et de l’autre une gauche qui prétend faire diminuer la délinquance par l’éducation, les délinquants fussent-ils déscolarisés…

Comme si nous étions censés ignorer que l’attitude mono répressive ne produit aucun effet valable sans le traitement de la cause, et comme si l’éducation à elle seule oblitérait la nécessité de maintenir l’ordre public. Au final il n’y aucune proposition ni pour expliquer comment, concrètement on diminuera la délinquance par l’éducation (les programmes et les professeurs relèvent de l’Etat), ni pour démontrer en quoi jouer à « surveiller et punir » ne s’inscrit pas dans la vacuité d’une répression aveugle et inefficace.

A Périgueux visiblement, nous ne sommes pas invités à sortir de ces clichés politiques artificiellement clivant, tant on sait que le traitement de la délinquance relève et de la police et de l’éducation. Mamie Bridge a ses caméras et elle se sent en sécurité pour le journal de Pernaut et Dédé la CGT est ravi de voir l’occasion de faire grève contre l’allègement des charges de personnels.

:: La passion de l’inégalité par Xavier Darcos ::
Ce qui nous attire plutôt c’est le dernier billet de l’ancien maire de Périgueux, qui, bien qu’agent tutélaire du national sarkozysme, a le mérite de livrer des pensées. Au moins avec la pensée on discute, on chemine pour avancer, avec les slogans on meugle et on transhume, fin de la destination. Ce billet intitulé La passion de l’inégalité, et non des inégalités, est une interrogation sur l’état insatisfaisant de la société française :

si notre société plaçait autant d’énergie à mobiliser tous ses talents qu’elle en déploie pour les exclure, nous aurions probablement l’économie la plus prospère et la société la plus harmonieuse qui soient !

Une question passionnante, puisque nous rappelle le ministre, la France a un niveau de productivité parmi les meilleurs au monde, alors que la création de richesses y est disproportionnée, en négatif bien sur. Pourquoi ? Parce que « notre société maintient des catégories entières de population à l’écart du marché de l’emploi ». En particulier les jeunes, les femmes et les séniors. Résultat, le marché du travail ne mobilise que 64% du potentiel, là où des Etats comme le Danemark ou la Suède parviennent à en mobiliser près de 75%.

Quelles seraient alors les causes de l’exclusion de ces populations du marché du travail ?
Pour les jeunes, ce sont des études plus longues qu’ailleurs (ah bon ?). Pour les femmes, c’est le congé maternité très long (ah bon et en Scandinavie ?) qui interrompt leur carrière professionnelle. Pour les séniors, c’est le départ en préretraite obligatoire ou forcé.

:: Une grande inégalité, l’exclusion des forces productives ::
Nommée « phénomène d’exclusion », cette satellisation de certaines couches de la société parfaitement enclines à produire, ne provient pas seulement de « considérations économiques ». Mais un peu quand même on se rassure ou alors c’est à n’y plus rien comprendre…
A l’appui de ce qu’il faut convenir de reconnaître comme un préjudice national et individuel, non la politique de l’Etat en tant que telle, (ou modérément), mais la société elle-même. Une sorte de théorie de la « relation de voisinage » étendue à toute la sphère sociale qui ne tolère près de soi que celui qui nous ressemble. On saisi bien l’ampleur du phénomène en observant la diversité de la représentativité nationale par exemple…

::  La passion de l’égalité ::
Tout cela est profondément complexe et ne saurait se résoudre en carte scolaire, urbanisme, formation… C’est plus d’ailleurs comme des pistes que le ministre les indique. Ce n’est pas de ce point mais de la conclusion que nous allons parler :

Le rôle du gouvernement, bien sûr, est de lutter contre cette tendance qui contredit notre passion tocquevillienne pour l’égalité. C’est aussi de redonner leur dignité et leur effectivité aux valeurs sur lesquelles se sont fondées notre pacte social : l’éducation, le mérite, le travail. Ces valeurs ont subi, au fil des ans, les assauts répétés d’une idéologie contraire. C’est à nous, aujourd’hui, de les restaurer.

C’est ici que le billet commence réellement, désolé pour ceux qui pensaient en finir avec la conclusion.

Décortiquons. Le rôle du gouvernement, le rôle du pouvoir règlementaire, de l’exécutif, est de lutter contre ce qui contredit « la passion tocquevillienne pour l’égalité« . Notre passion tocquevillienne pour l’égalité. Nous comprenons qu’il faut la défendre contre ce qui l’altère, la montée des inégalités, contre cette tendance qui incarne dans la société la « passion de l’inégalité ».

::  la passion tocquevillienne pour l’égalité ::
Revenons un peu sur la passion tocquevillienne pour l’égalité. Il y a une passion tocquevillienne pour l’égalité ? Quelle est-elle ?
Je savais que Tocqueville avait été intrigué par l’égalité, non qu’il avait pour elle une passion au sens de sa promotion. Lors de son voyage en Amérique, il rapporte même quelques doutes sur les conséquences de l’extension indéfinie de l’égalité et de ce qu’elle suscite, individuellement et politiquement.

Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment, et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie.
Ceci est vrai dans tous les temps, et surtout dans le nôtre. Tous les hommes et tous les pouvoirs qui voudront lutter contre cette puissance irrésistible seront renversés et détruits par elle. De nos jours, la liberté ne peut s’établir sans son appui, et le despotisme lui-même ne saurait régner sans elle.

Prémonitoire quant à l’expérience communiste, ce qui n’épuise pas son hypothèse bien sur, c’est bien la passion de l’égalité qui est en soi un danger pour la liberté, capacité de décider et d’agir par soi-même, subsidiaire de notre équidistance à une chose commune. Bref, l’égalité comme une passion géométrique. Cela rejoint une certaine conception grecque de la démocratie, consistant à mettre au centre, es to méson, le pouvoir, situé à égale distance de tout citoyen.

:: L’égalité pour horizon  ::
Dans cette perspective, il semblerait davantage que la passion pour l’égalité doive provoquer la méfiance, ou à tout le moins la prudence. Il y aurait peut-être une nuance entre la lutte contre les inégalités et l’exaltation de l’égalité. Aussi on pourrait tout aussi bien comprendre que le rôle d’un gouvernement est de lutter contre les excès de la passion égalitariste, celle-là même qui conduit au totalitarisme qui n’attend des individus que leur stricte égalité; égalité que l’on finit par confondre avec identité, au sens où tout individu n’est que la tautologie de l’autre.

Cela dépend bien sur de l’égalité dont on parle. Est-elle politique, c’est une obligation constitutionnelle. Veut-elle en son nom normaliser l’égalité sociale, des conditions, des chances et c’est toute l’administration française et le pouvoir règlementaire que nous voyons en action.

C’est pourquoi ce rôle assigné au gouvernement de la part d’un ministre est intéressant. Quand Tocqueville, pour continuer avec lui on ne s’en lasse pas, écrit L’Ancien Régime et la Révolution, il fait remarquer que les révolutionnaires ont conservé un seul outil de l’Ancien Régime en unique héritage : son administration. La table rase a épargné l’administration, car il aurait été difficile de raser de près sans elle, ainsi qu’il eut été impossible de reconstruire quoi que ce soit à sa place.

La passion de l’égalité finit souvent par nuire à la liberté, c’est une tension inhérente. Une part de liberté concédée à l’Etat régulateur afin qu’il garantisse l’égalité et la sécurité, seul cadre d’émancipation véritable de la liberté. La boucle est bouclée mais rien n’est simple, c’est vivant. Surtout quand ce principe en application s’aperçoit qu’il génère en réalité une inflation inégalitaire qui serait devenu prioritaire sur la préservation des libertés. C’est bien la crainte que m’inspire la phrase du ministre avec sa passion de l’égalité, très modérément tocquevillienne.

:: L’égalité motif de la frénésie normative ::
Car déjà, cette liberté individuelle est largement consommée et grignotée par un pouvoir règlementaire pris d’une frénésie diarrhéique dans l’édiction des normes. L’intrusion de l’Etat dans la sphère privée est à un niveau jamais atteint, certes au nom de l’intérêt général, fondement mythologique s’il en est. Ajoutons maintenant la passion de l’égalité, dont l’extension est de près proportionnelle au rétrécissement de la liberté dans ce contexte, et nous nous rapprocherons de ce que Tocqueville dénonçait comme un danger de la démocratie, (comme Platon d’ailleurs), à savoir une forme de gouvernement tyrannique.

Je ne doute pas que ni la pensée ni l’arrière pensée de M. Xavier Darcos se trouvent à cette conclusion. Mais au-delà de l’arrière pensée, il y a l’arrière plan de l’intentionnalité. La tentation de produire de la norme appelée égalité, appelant à l’égalité, alors qu’elle est en partie déjà responsable des inégalités sociales et culturelles.

Certes, on peut avancer que le ferment de l’inégalité n’est pas du fait de l’Etat et qu’il est culturel, c’est évident. Ce serait à l’inverse nier son rôle et sa puissance, car de fait, l’inégalité est un état naturel en amont de la régulation de l’Etat (sauf à considérer une monarchie qui institutionnalise une hiérarchie consanguine). Mais enfin, un fois que l’Etat a déjà outrepassé les limites de son action pour l’égalité, qu’il a érigé en droit sa capacité de décider ce qui était moral ou non, digne ou non, qu’il est en passe de décider comment les citoyens doivent s’habiller, comment ils doivent se laver les mains, etc. Quel est le stade suivant au nom de l’égalité?

L’égalité est déjà utilisée comme un leitmotiv normatif en regard duquel les libertés individuelles sont de plus en plus congrues. La normativité et la morale au secours de la lutte contre les inégalités qui rongent la création de richesse, contre les inégalités qui excluent du travail les agents productifs? C’est encore un prétexte à décrets et circulaires, non point un signe de confiance en l’Etat comme garant des libertés fondamentales et un aveu d’impuissance face aux inégalités.

:: L’Egalité, les Valeurs, le Gouvernement ::
Il serait donc plus aisé de penser que ces inégalités sont le fruit de la culture des individus, ce qui contredit violemment la thèse de l’auteur qui vient pourtant d’être cité avec ferveur :

C’est aussi de redonner leur dignité et leur effectivité aux valeurs sur lesquelles se sont fondées notre pacte social : l’éducation, le mérite, le travail. Ces valeurs ont subi, au fil des ans, les assauts répétés d’une idéologie contraire. C’est à nous, aujourd’hui, de les restaurer.

Nous concédons sur le champ notre incompétence pour comprendre ce que signifie « donner de la dignité à une valeur ». Le débat sur ce qu’est la dignité humaine montre déjà toute la difficulté à définir de quoi il s’agit précisément. Nous nous permettons une modestie silencieuse sur ce que pourrait être la dignité de la valeur

Restant dans le rôle du gouvernement, il s’agirait pour ce dernier, de « valoriser » (?) et rendre effectives les valeurs liées à l’éducation, au mérite et au travail. Ces valeurs auraient été contredites par une idéologie contraire. Laquelle, nous aimerions sincèrement la connaitre. Ce qui est acquis, c’est que si une idéologie a su les détruire, seule une autre saura les restituer, (le pragmatisme est une idéologie anti idéologique il s’entend, paroxysme ou de l’hypocrisie, ou de la confession de sa propre vacuité politique et philosophique).

Pour un pays qui possède un des taux de productivité les plus élevés au monde, la « valeur travail » ne semble pas trop altérée par la « valeur glande ». Quant à redonner de la dignité à la valeur du mérite, là, ce langage politique me dépasse mais je suis certain que le prince Jean comprendrait. Blague à part je ne comprends pas ce que cela veut dire.

Cette trilogie de valeurs fondamentales pour la Nation serait donc inversée par l’entreprise d’idéologues coupables. C’est donc au gouvernement de les remettre dans le bon sens. Pourquoi d’ailleurs les grandes valeurs nationales iraient-elles toujours par trois ? Trois pour la France de 1789, trois pour la France de 1940, trois pour la France de 2009. En vérité le pétainisme a lui-même opéré un détournement de valeurs que le gaullisme a concrétisé dans une France détruite et à reconstruire, n’ayant pour repères que la cellule familiale et pour horizon d’être sauvée par l’ascenseur social. La famille ça s’éduque, la patrie ça se mérite, le travail ça se travaille. Cela manque peut-être un peu d’imagination, mais au moins le socle est solide. Nos repères vacillent, les familles se décomposent, l’éducation n’est plus l’ascenseur de la République et le travail manque. Quant à la méritocratie, même les élites démontrent sa vacuité, bien naitre étant encore la voie la plus sure pour réussir.

:: Epilogue :: 
Il n’est pas question pour finir, de la justification de ces valeurs, (forcément perdues mais recouvertes si l’on écoute le gouvernement), mais plutôt de la légitimité du pouvoir exécutif à mettre en branle sa propre idéologie. Car si l’on comprend, par exemple, les valeurs de la France auraient été dissoutes dans les émeutes de 1968 et liquider cet héritage ne suffit pas à les voir revenir, le gouvernement a donc pour mission de les imposer à nouveau. Je sais bien qu’il s’agissait là de la version pour les meetings et que le concept est plus développé, ou en tout cas plus élaboré par l’idéologue H. Guaino.

Néanmoins et pour conclure cette fois, la thèse semble se résumer à un combat idéologique dont la victoire permettra de rétablir des inégalités perdues ou effritées, ce qui aura pour effet d’inclure sur le marché du travail les forces qui en sont aujourd’hui exclues et par voie de conséquence de créer plus de richesse, une richesse proportionnelle à notre productivité.

C’est donc sur le terrain de la morale et de la norme que nous remporterions la bataille de la richesse économique. Je concède une grande méfiance à l’égard d’un gouvernement qui pose les bases de son action sur son interprétation morale de la société, qui déclare par la voix d’un ministre de la République le primat de l’égalité sur la liberté et qui entend résoudre les enjeux nationaux de l’économie et de la richesse par une bataille idéologique.

Mais au-delà de ce qui est l’expression d’un simple citoyen et qui ressemble fort à un désaccord, il faut noter l’opportunité de lire la pensée et la vision de sa mission gouvernementale d’un ministre, en toute liberté et vraisemblablement en toute sincérité. En cela au moins nous sortons de la tyrannie des communicants et des slogans sous curatelle élyséenne. En cela donc, merci.

Ruisseau clair de la rentrée politique

Sur le plan politique c’est une drôle de période. A peine sortis du rat de marais médiatique ayant ensevelis les déclarations supposées racistes du Ministre de l’Intérieur, à la récidive soupçonnée, nous voilà embarqués dans l’affaire Clearstream.

Ou plutôt le règlement de compte entre Président de la République en exercice et ex Premier Ministre. « Du sang sur les murs » nous a-t-on promis par la voix du présidentiel avocat. Mais concernant l’affaire Clearstream au sens large, on n’en saura guère plus par la voie de la justice. Les magistrats ne s’intéressent qu’à une accusation de dénonciation calomnieuse. Pour le reste, show must go on.

En même temps où presque, le Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Développement Solidaire (Eric Besson) déclare avec aplomb qu’il n’appliquera pas une loi votée par le parlement (Le législateur a émis tellement de contraintes que le décret d’application n’est pas possible en l’état). Une rareté, en tout cas sous une forme aussi cavalière et désinvolte envers la Constitution (art. 21). Déjà de retour ce soir dans le sentier de la légalité, il déclarait à propos de l’opération « La Jungle », avoir « rétabli l’état de droit« .

La constitution ? Idem pour le Ministre du Travail, Xavier Darcos, qui, de son côté, snobe avec maestria un arrêt du 19/02/09 de la Cour de cassation (La Cour de cassation a dit que les hommes devaient bénéficier des mêmes avantages que les femmes. Nous considérons que c’est injuste…). Là encore, c’est une innovation. N’essayez pas ce genre de cascade à la maison, vous en seriez pour vos oranges. Mais pour un Ministre, sous autorité directe de celui qui garantie constitutionnellement (entre autre) le respect de la plus haute autorité judiciaire, cela devient une happy hour.

De son côté, le parlement est en plein rush. Hadopi 2 passe aujourd’hui comme une lettre à la SA la Poste (258 voix pour et 131 contre). La Poste SA, que ces mêmes parlementaires seraient capables de solliciter pour envoyer leurs emails au regard de leur connaissance en réseaux informatiques. On rêve. Tant qu’on y est, pourquoi ne pas demander à un promoteur immobilier de faire de la prospective en urbanisme.

Cela n’empêche pas les parlementaires de se concocter des lois sur mesure (une habitude tenace). Aussi, c’est le député PS Jean-Jacques Urvoas qui porte le projet d’abrogation de l’article 7 du code électoral, pour en finir avec l’inéligibilité automatique. Les finances publiques, vache à lait (bradé) des anciens financements politiques, valent bien aujourd’hui de s’amnistier de ce genre de qualification. Le débat est intéressant entre Eolas, Jules et Authueil: à suivre.

Et comme nous sommes en forfait illimité, cela vaut bien aussi de servir le plat à l’Eglise de Scientologie en « oubliant » un article du code pénal, de façon à exonérer de dissolution toute personne morale en cas de responsabilité pénale (escroquerie). Tom is welcome.

Clearstream réduite à une dénonciation calomnieuse, une décision ministérielle inconstitutionnelle, un déni d’autorité à la cour de Cassation, Hadopi 2 votée par des godillots, l’auto amnistie parlementaire et le soutien « involontaire » à un mouvement sectaire, n’ont rien à voir entre eux. Sauf peut-être le mois de Septembre.

Allez, rajoutons à cela les accusations de fraude électorale du parti socialiste, dont certains (Jean-Luc Mélenchon), contre l’idée d’une anecdote, en rajoute sur le caractère quasi traditionnel, et la boucle est presque bouclée.

Une bonne nouvelle toutefois, dans ce maelstrom d’inventivité politique. Le juge d’instruction va bientôt disparaître alors que le parquet sera toujours sous la tutelle directe de l’exécutif.

Bientôt tranquilles.
Super.

On oubliait un détail. Le maire de Périgueux cravache, de son côté, entre fête de la Rose et inauguration de place publique. C’est presque rassurant non ?

Les plumés du club de la presse

Nous vous écrivons en direct du toit de la mairie de Périgueux pour parler à notre façon du gala des 7èmes plumes du Club de la presse périgourdin, qui s’est déroulé samedi soir au théâtre. C’est une des particularités de ce club que d’organiser un tel évènement avec l’humoriste Jean-Pierre Dupin, (époustouflant) où les médias d’information peuvent énoncer aux premiers concernés ce qu’ils ont du taire le reste du temps. Sur le mode de l’humour, bien sur. Avantage, derrière le caractère farceur et incontestablement drolatique, c’est l’occasion de signifier que, face à certaines informations non publiables et non publiées, personne n’est dupe. Au cas où.

C’est au détour d’un sketch sur les volatiles départementaux, (à s’en décrocher la mâchoire), que nous entendîmes parler de buses (en quantité), de pigeons (dans les administrations), de canards (levant la merde en surface pour se nourrir), de faucons (ou l’inverse), de vautours (grand charognard), et enfin d’aigles, malheureusement absents du Périgord.

Certes la camaraderie s’y veut franche et bonne enfant, l’esprit potache et tourné vers la dérision. Une occasion immanquable pour les édiles de se voir brocardés pour leurs pires travers ou parfois cités pour un aspect attachant. Que nul ne s’y trompe. Le déficit d’image engendré par l’absence d’un élu à cette soirée serait pire que de se prêter au jeu avec un sourire de campagne électorale. D’où l’affluence record des huiles départementales.

Sur les 9 plumes décernées, 6 concernèrent des politiciens, cf. ici.

:: Plume Animale ::
Un hommage appuyé à Paulette LABATUT, couvrant l’ensemble de sa carrière, sonnant comme une occasion à saisir. Conseillère générale du département 24, elle incarne ce qui s’est depuis longtemps désincarné vers 1968.

 :: Plume de Paon ::
Un vibrant témoignage d’affection au maire de Boulazac, « permanent » du conseil général, ainsi que président d’une communauté de communes, Jacques AUZOU. Sur le thème d’une équipe de basketball de loosers, d’un maire sanguin, engagé, malin, dont la réussite du Palio a coûté des hectares de terrains privatisés aux bénéfices des franchises, qui ne font plus que de la ville une vaste zone d’activité économique. Et le communisme alors ? Dit la voix.
Afin de prouver la sincérité de ses engagements communistes, la maire n’a répondu que par les 41 années d’adhésion au parti communiste français. Ce n’est qu’une question de carte alors…
On s’attarde injustement sur le Palio. On pourrait tout aussi bien regarder vers la zone de Grand Font le long de la RN21. 20 hectares de lotissement pour des franchises et l’économie. Mais en avant première, l’abattoir à canards conclu dans la main du préfet d’alors. Juste une ICPE, Installation Classée pour la Protection de l’Environnement dont l’étude d’impact ne tient pas compte des futures installations autour de l’usine à bidoche. Un détail.

 :: Plume Assassine ::
Une récompense méritée pour le maire communiste de Trélissac et « permanent » du conseil général ainsi que vice président de la communauté d’agglomération périgourdine, Françis COLBAC. A l’honneur son cumul des mandats, (dans les pays civilisés c’est interdit mais en France, cet atavisme d’ancien régime est loué). 5 fois maire, 5 fois conseiller général, vice président de la CAP… Présenté comme un caïd, un dab local de la politique, on retient quand même l’annulation de sa victoire aux municipales par le Conseil d’Etat, reconnaissant une tricherie de nature à troubler la sincérité du résultat. Classe.
Mais peu importe, à Trélissac comme à Levallois-Perret, on ne tient pas rigueur aux élus de violer les règles du jeu.
C’est donc en Capitaine Haddock que le maire a accepté de se prêter aux questions.
La ville qu’il administre depuis 1983 est dans les tréfonds du classement financier des communes de l’agglomération dont elle fait partie. Cela n’a empêché, ni par la construction à outrance de logements aujourd’hui vides, ni par l’inflation de surfaces cédées aux franchises, le maire de conduire la ville là où elle est.

 :: Plume Nostalgique ::
Puis vint le tour de Jérôme PEYRAT, ex conseiller du président Sarkozy, maire d’une petite commune, et patron de l’UMP départementale, à qui il était prêté un intérêt particulier pour la mairie de Périgueux. Réponse plate et sans intérêt pour ce produit dérivé du sarkozysme..
Rappelons qu’il fut battu aux législatives par le candidat socialiste Pascal DEGUILHEM. Du coup à la question : que faut-il pour gagner ? La réponse fut nécessairement intéressante.
« Faire le plein dans sa famille et rassembler au-delà ». Il démontrait ainsi cette légitimité qui lui avait fait défaut, convié pour le saut en parachute à poursuivre l’entrainement.

 :: Plume Olé Olé ::
Sur fond de corrida, dans le rôle du taureau blessé, que tout énerve sauf le Général, l’hommage à Daniel GARRIGUE, député du bergeracois, fut chaleureux. Point de récompense pour le nouveau maire de Bergerac, Dominique ROUSSEAU (PS) en contre bas de la réputation de son prédécesseur. Comme aux Guignols de l’Info, cela peut sonner comme un désaveu. Dans le rôle du torrero il y avait Jérôme PEYRAT, tonton flingueur officiel de GARRIGUE, missionné par le parti pour le descendre. Alors forcément, quand l’émule gaulien jusqu’au bout des ongles, s’est trouvé face à notre Frédéric LEFEVRE local, le sang a giclé. Sauf qu’à l’avantage du torrero, ceux sont ses amis qui ont fixé les règles de la corrida.

 :: Plume Chercheuse ::
Mais le grand gagnant, le vainqueur des vainqueurs, l’étoile de la soirée, fut incontestablement le maire de Périgueux, Michel MOYRAND, (Michel Moyrand pour les intimes).

Il est rentré avec souplesse et naturel dans le profil des nominés et à même réussi par un tour de force à s’imposer, planant largement au-dessus du lot. Il avait su mettre ses convives du club de la presse en condition. Le financement du buffet de fin de soirée, jusque là assumé par la ville de Périgueux, a été refusé par le maire, avec pour motif la pauvreté de la ville et son besoin de faire des économies. Je vous le dis, il est passé haut la main.

A été épinglée sa communication, voire son état d’esprit ou pis encore sa philosophie sait-on jamais, en voulant faire du ludique à tout prix et des animations perfusées et artificielles. « Michel et son big bazar » ont déboulé en fanfare, avec « Poussez les murs » et « Bouge 2 place », résonnant comme des tubes des années 80. Et cela sans oublier de pointer que le ludique de mauvais goût et à tout crin tend à infantiliser et manipuler gauchement, plutôt qu’à informer correctement. Ce n’était que le début de la consécration.

La séance de questions est arrivée. Une scène noire, un fauteuil « détecteur de langue de bois » grâce à son dispositif de luminaires. Seul face à la poursuite, le maire est assis, répondant aux questions de « l’inquisiteur ».
La prestation du maire a prouvé que le club de la presse a eu le nez creux en en faisant la star de la soirée. Il s’est incrusté dans le fauteuil en essayant de se décontracter.
Le maire ne semblerait pas habiter la ville qu’il administre, malgré ses incantations à la proximité et à la fusion? C’est vrai admit-il.
Mais où habite-t-il alors lui demande-t-on ?
Et là le maire, sentant l’occasion d’un bon mot en mobilisant tout son sens de l’humour répond :

– Chanterac

Silence dans la salle. Puis silence.
Ce trait d’esprit à défaut de faire rire, s’explique assez bien en langage politicien, son favori sinon l’unique.
Chanterac est le village où habitait l’ancien maire Yves GUENA, d’où il administrait la ville de Périgueux. Une façon tellement drôle d’expliquer que, puisque son prédécesseur et opposant avait fait ainsi, il n’y avait pas de raison pour que lui ne le fasse pas aussi. Constatant que son raisonnement n’était ni probant ni marrant, le maire repris son sérieux.
Il expliqua qu’il ne vivait pas dans la ville, mais qu’il était propriétaire d’immeuble(s), faisant ainsi de lui un contribuable périgourdin. Ce qui était visiblement à ses yeux la meilleure des justifications.

Il glissa toutefois à ceux qui auraient voulu l’entendre, qu’au sujet de ses propriétés d’ailleurs, certains ne se seraient pas privés de vérifier, comme ces fouinards de journalistes par exemple.
Oui vous voyez, comme Roger FEDERER à la grande époque, tout en style et en précision.
Tout était parti d’une question simple sur la campagne et la ville. Finaud, le maire sentit le piège sur l’ambiguïté du mot « campagne », également électorale. C’est un métier.
Il attaqua dur par un slogan solennel fort adapté à la situation, lancé après une longue réflexion :

– La campagne pour la ville

C’est avec ce genre d’à propos qu’on flingue une soirée de gala où jusqu’à là tout le monde avait ri de bon cœur ou fait des efforts pour sourire.

En conclusion, à la question de l’ambition politique et du mandat comme marchepied vers des postes plus importants…
Là le maire s’est montré rassurant en confirmant qu’il avait placé toute son ambition dans son mandat et qu’aucun autre horizon n’était envisageable. (Sinon le cumul lucratif d’autres mandats locaux). Non seulement il n’y a aucune chance pour qu’un hypothétique président socialiste lui propose un portefeuille ministériel, mais même en cas de miracle, il refuserait. C’est dire si la proximité va être profonde.

Au final, nous avons eu une pensée émue pour son scénariste et directeur de cabinet, accablé de voir ruiné en 5 minutes tous les efforts consentis depuis des mois. Il lui avait bien dit d’en faire le minimum, de paraître léger, fin, séduisant. Et au pire de s’inspirer des copains rompus à l’exercice, adepte de l’exemplarité qu’il est. Rien n’y fit.
Rien n’y sembla drôle, et dominèrent des arguments politiciens, des règlements de comptes voilés, des sous-entendus malins. Qu’à cela ne tienne la soirée n’en fut pas gâchée pour autant.

Pas de doute, le maire de Périgueux sera présent lors de la prochaine édition. (Cf. annexe en fin de billet).

Et puis il y a ceux qui furent omniprésents sans être nominés, l’apanage des immortels. Ce fut le cas de Bernard CAZEAU, président du conseil général, sénateur, cité pour sa suffisance, son égo et sa main mise médiévale sur le département. Le ministre Xavier DARCOS fut également cité à plusieurs reprises. « L’albadarcos », que ses ailes de géant empêchent de marcher, mais également de voir, d’entendre et d’écouter.
Enfin le grand oublié de la soirée, le nouveau sénateur et président de la communauté d’agglomération, (mais-qui-ne-cumule-aucun-mandat), Claude BERIT DEBAT. Quelques allusions en chanson suffirent à en faire le tour.

Bravo et merci

:: Annexe ::
On peut rire de tout, certes.
Mais nous rajouterons que pour un maire qui se veut solidaire et rigoureux, proche des soucis quotidiens malgré ses 8000 euros d’indemnités cumulées et mensuelles, face à la situation financière critique et inquiétante qu’il décrit pour la ville, on peut s’étonner de l’achat d’une voiture de fonction flambant neuve, ainsi que le maintien au maximum légal du régime indemnitaire des élus. Son argument? Les autres le faisaient, alors pourquoi pas lui? Pourquoi s’en priver?

C’est de ce socialisme là que le socialisme est mort aujourd’hui. Espérons qu’il renaîtra bientôt, après avoir enterré sans couronne cette génération d’apparatchiks gloutons qui, non contents d’avoir ruiné nationalement leur parti, ont également renié tout idéal social tout en poursuivant leur hypocrite litanie.
Quand le projet politique de Périgueux Autrement nous annonçait :

Périgueux déçoit parce qu’elle se retrouve aujourd’hui aux mains de quelques-uns, et qu’elle est privée de beaucoup de ses forces vives. Notre ville a trop été utilisée pour servir des ambitions particulières et intérêts partisans.
Nous avons l’ambition de donner à notre ville une vie plus démocratique afin que chaque citoyen se sente responsable et donc fier d’être périgourdin.

Il est remarquable aujourd’hui de voir à quel point Périgueux Autrement n’était pas une autre façon de faire de la politique, combattant la « politique système », le clientélisme, le népotisme et le clanisme. Bien au contraire. Sur le constat d’une année de mandature, il fallait comprendre que le décor serait identique, le texte de la pièce inchangé, et que seul comptait le changement des acteurs sur la scène. Une façon de vendre l’alternance sans se risquer à l’alternative. La plus grande réussite du maire jusqu’à ce jour.

Le monde selon Laporte

Le directeur général des services de la ville de Périgueux, Philipe Laporte, a transmis à ses subordonnés son Projet d’Administration 2009/2011 daté du 30 octobre 2008.

Ce document administratif n’est pas encore en ligne. Cela étant vous pouvez en faire la demande à la mairie pour l’obtenir, ou attendre que nous scannions la chose. En effet, rien dans les préconisations de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs ni dans la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978, ne permet, à notre connaissance, de frapper ce document du sceau de la confidentialité. (Dans le cas contraire, merci de nous contacter).

Ce document étoffé, 29 pages, détaille ce que va être, ou doit être, l’administration de la ville et comment elle peut ou plutôt doit y parvenir.
Une sorte de méthode générale, autrement dite « chemin menant au but», comme à l’origine grecque du terme.

Il ressort de ce document des informations importantes sur la conception de l’administration selon le directeur général, puisqu’il s’y dévoile entièrement nu, un peu comme dans l’Origine du Monde, mais à la Naissance d’une Administration.
Car ces écrits recèlent une forme de catéchisme administratif que l’on n’attendrait pas forcément dans ce contexte.
Le document n’est pas que technique, il n’est pas qu’une méthode, il se veut avant tout porteur de valeurs, de 7 valeurs et le chiffre compte. Ces valeurs sont pour l’auteur au fondement de la bonne action publique, de la droite et rectiligne administration, comme il l’indique par la citation de René Char. C’est ce qu’elle n’était pas avant, il s’emploie à le souligner tout au long du document.

D’où un foisonnement de verbes attachés à la morale, au conditionnement de l’action, à l’attente, tels que « il convient de », « il s’agit de », « il doit » et surtout « il faut », intimant le respect des axiomes municipaux sinon la crainte de l’insubordination. Le verbe le plus présent est le verbe falloir, conjugué pas de moins de 26 fois en une dizaine de pages.
La première partie du document, celle qui nous occupe, est avant tout morale, notamment en se fondant sur des valeurs, qui n’ont pas trait qu’à la technique, à la loi, à la gestion et au management, (du verbe italien maneggiare, et to manage en anglais, appliqué longtemps au dressage des chevaux), mais aussi à la maxime de l’action et de ce que doit être l’homo administratus.

:: Droit, Morale et Technocratie ::

Le directeur général des services ne cache pas ses ambitions morales :

Partir des valeurs, c’est dire ce en quoi nous croyons. C’est écrire les principes qui doivent guider notre action.

Il est à la mode de laisser confondre ou équivaloir le terme de « valeur » pour « valeur morale », comme la qualité d’une personne, son courage, sa probité, etc. Le terme de valeur désigne tout autant une quantité mesurable quand elle s’applique aux mathématiques, à la TVA, à une carte ou un pion, à un bien immobilier, à la monnaie ou encore un rapport quantitatif entre des marchandises.
Mais une valeur qui guide l’action, qui se prend pour maxime de l’action, c’est une valeur morale, une valeur qualitative.
Et dans ce domaine, l’humilité devrait atténuer la prétention à faire d’une valeur morale une quantité mesurable par un seul homme, ce à quoi l’auteur du texte semble indifférent.
Définir la valeur morale qui détermine l’action est en général le fait du philosophe, du moraliste, du religieux, du théologien, très rarement du fonctionnaire territorial.

Il est instructif que Philippe Laporte face tout autant référence à la morale qu’au droit, rappelant sans économie les contraintes légales échues aux fonctionnaires, (loi n°83.634 du 13 juillet 1983), mais générant une haute confusion entre règle morale et obligation légale. Le Droit ne s’occupe jamais de morale, il poursuit l’application de la loi (action vs intention par ex.).
Pourtant, à l’intérieur de son chapitre n°4, La loyauté, la sincérité et la solidarité, il n’hésite pas à l’appui de son exposé moral à se référer à la législation, moralisant ainsi le droit et légalisant la morale. Produire un tel amalgame, sciemment ou non, est, à ce niveau de compétence supposée, une atteinte portée au Droit autant qu’à la Morale.

C’est à la confluence de la technique et de la morale que survient la technocratie, quand par la voie de l’administration d’un service public, elle finit par vouloir incarner une règle générale de l’action, impliquant des règles normatives qui dépassent de loin son champ d’application, imposant et transmettant par les rouages de la hiérarchie, des croyances et des comportements qu’elle n’a pas compétence à promouvoir ou interdire.

L’idéal du technocrate d’être le légitime détenteur d’une règle morale, au prétexte de sa position hiérarchique ne coule pas de source. Il se fait donc fort de pédagogie pour atteindre son but, pour tenter de justifier une certaine légitimité à ce qu’il pressent, dans son discours « meta-administratif », comme relevant d’un arbitraire. Sa vision des choses. Celle qui doit être partagée par tous.

C’est toujours dans ce chapitre n°4, que l’auteur s’épanche sur la disposition légale du droit de réserve des fonctionnaires, où il est dit :

Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque.

Une PROPAGANDE, c’est (selon le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales):

A/ Action psychologique qui met en œuvre tous les moyens d’informations pour propager une doctrine.

B/ Action qui a pour but de provoquer le succès d’une théorie, d’une idée, d’une œuvre, d’un homme en dehors de tout souci lucratif.

Un ensemble d’obligations morales (et non légales) imposées à autrui par une voie hiérarchique (moyen d’information = projet d’administration) peut-il être considéré comme la propagation d’une doctrine ?

Une DOCTRINE, c’est :

Ensemble de principes, d’énoncés, érigés ou non en système, traduisant une certaine conception de l’univers, de l’existence humaine, de la société, etc., et s’accompagnant volontiers, pour le domaine envisagé, de la formulation de modèles de pensée, de règles de conduites.

« Les principes qui doivent guider notre action« , à savoir les valeurs morales au nombre de 7 transmises dans le projet d’administration, ne sont-ils pas doctrinaires, des règles de conduite, des conceptions de l’existence humaine ?

Par ailleurs et dans le même chapitre, l’auteur dévoile son jugement, dans un paragraphe évoquant la responsabilité de l’ancienne majorité politique :

Les règles ne seront plus équivoques ou à géométrie variable.

Il convient de faire disparaître le spectre du favoritisme et de l’arbitraire grâce à des principes fondamentaux.

Les rapports sociaux ont parfois été marqués du sceau de la méfiance à Périgueux.

Ces jugements (non isolés dans le texte) concourent-ils à stigmatiser les manquements de l’ancienne majorité dans sa gestion administrative en la rendant responsable d’un état de faits condamné par la majorité actuelle ?

Ont-ils pour but de susciter le succès d’une théorie ou d’une idée, ou bien d’un homme ?

A travers ces deux exemples, le directeur général des services, rappelant le devoir légal de réserve des fonctionnaires, respecte-t-il pleinement son obligation de neutralité ?

Les différents éléments relevés ici nous permettent à notre sens de poser objectivement ces questions ou de susciter un débat. En revanche nous n’avons pas les réponses. Au-delà de l’opinion que chacun est en droit de se forger, seul le Tribunal Administratif aurait compétence à conclure.

:: Morale et Téléologie ::

En conclusion de la page d’introduction de son projet, l’auteur dévoile la finalité de son intention, à traduire par une théorie des Fins dernières de l’administration, à la recherche du dénouement d’un paradoxe principiel.

… la somme des intérêts individuels ne se confondra jamais avec l’intérêt général, qui est incarné par toute entité publique. C’est pour tenter de résoudre ce hiatus que ce projet vous est proposé.

Ce hiatus serait le péché originel, les marches que l’on descend 4 à 4 dans la théologie de Saint Augustin. Son projet se présente alors comme l’incarnation qui comble la distance originelle entre intérêts individuels et intérêt général, pas moins.
Et comme la distance se dissout par le mouvement, c’est une Marche, (suivre un chemin qui mène au but), de l’Ombre vers la Lumière, (de Darcos à Moyrand), à laquelle il est demandé aux fonctionnaires de se soumettre.
Ainsi, l’auteur du texte se présente dans cette Marche comme le Guide, le Berger, le Gardien, qui sait comment aller des profondeurs obscures de la Caverne à l’éclatante lumière de l’astre solaire.

Aux détracteurs de ce texte, nous répondons donc qu’il ne peut pas s’agir que d’un résumé de mémoire de Master, d’une reformulation de cours magistral d’école d’administration, ou d’un copié/collé de « Etre Chef de Service dans une Administration pour les Nuls ».

On ne peut que reconnaître une prétention à formuler une eschatologie administrative, qui, par la révélation des paroles du Guide, permet de sauver le fonctionnaire de son hiatus originel.

La présentation générale est finie. Pour les plus pressés, la lecture peut s’arrêter ici. Pour les autres, nous allons pénétrer plus avant dans ce texte, que l’on peut d’ores et déjà qualifier de Nouveau Testament Municipal, le bien nommé NTM.

:: Morale et symbolique ::

Le directeur général des services sait bien, en tant que berger, que pour suivre un chemin il ne faut pas s’en éloigner. C’est pourquoi tout commence par la Loi. Il débute donc son récit dans un élan messianique, l’exposé des Tables de la Loi, ce qu’il nomme « Les valeur essentielles qui fonde une action efficace ».
Il s’agira de compléter les « règles d’or du savoir être et du savoir-faire en groupe ». Elles sont au nombre de 12, comme les apôtres du Christ.

Toute morale a pour finalité la normativité de l’action. C’est pourquoi les grandes lois étant énoncées, l’auteur s’attache à définir par quels principes s’incarne sa parole, et quelles finalités, (objectifs), les fidèles doivent poursuivre dans leur action.

7 maximes, 7 finalités. 7 principes, 7 objectifs. A chaque jour suffit sa peine.
Car c’est aussi les 7 jours de la semaine. Ce fut le temps nécessaire à Dieu pour constituer l’Univers (compris le dimanche bien sur). Symbole d’un cycle complet, c’est la totalité de l’ordre moral. C’est aussi les 7 pétales de la Rose, le cycle lunaire (7×4), les 7 Fléaux et même la clef de l’Apocalypse, (sans oublier Blanche Neige et les 7 nains).
On le retrouve dans l’hexagramme du sceau de Salomon, les 7 emblèmes de Bouddha, les 7 portes de Thèbes, les 7 Hespérides… Et encore les 7 couleurs de l’arc en ciel, les 7 notes de la gamme diatonique, etc.

:: Les 7 grands principes du projet :: 

Bref, l’auteur, par ses 7 principes, s’inscrit dans la continuité d’une symbolique universelle, désignant la totalité, le mouvement accompli de toute cosmologie. Nous ne pouvons donc que reproduire in extenso les principes (archè) de ce cosmos administratif, pour comprendre la génèse de cet horizon ordonné.

1. La responsabilité

Définition de l’auteur:

C’est accepter de porter les projets qui nous sont confiés par les élus.

Embrasser une religion, c’est d’abord ce soumettre à l’élu. On se soumet, ou on se démet.
C’est un tiers exclu. Ou l’on est serviteur ou l’on est apostat.
Attention cependant. Cette occurrence du mot « responsabilité » n’est pas fréquente. Par allégorie, ce sens moderne se rapproche du sens ancien de responsable, (XIVe s.).

…c’est un terme de féodalité désignant l’homme ayant la charge à vie de payer à un seigneur la rente d’un fief ecclésiastique.

Ce n’est qu’au XVIIIe s. et XXe s. que le terme implique de rendre compte de ses actes, lié à l’initiative de décision.

Dans son acception morale, de maxime de l’action, l’auteur, selon notre lecture, explicite ce qu’il attend :
Assume tes actes et leurs conséquences, mais sache que ton supérieur (lui) te confère le droit à l’erreur. Ici l’imprécision est troublante. Car il n’y a pas de droit à l’erreur, errare humanum est, il n’y a que des erreurs. Le châtiment que le maître ou le supérieur décide ou non d’y associer, la punition de l’erreur, ne découle pas du droit tant qu’elle n’est pas qualifiée en tant que faute. (Ex. Si l’erreur a pour cause une négligence, c’est une faute).

Le premier principe de la soumission et de la servitude volontaire lui permet d’aborder le concept de liberté :

La sphère d’initiative et de liberté de chacun doit être respectée, ce qui ne signifie pas, bien au contraire l’absence de contrôle.

La liberté doit donc être contrôlée par celui qui possède la liberté de contrôle. Le contrôle impliquant la surveillance, ceci peut expliquer le nouveau dispositif de vidéo-surveillance au sein de la mairie. C’est un principe de liberté surveillée.
Attention ! Celui qui contrôle ne saurait être surveillé par ceux qui sont contrôlés. On peut donc penser que l’auteur s’appuie ici sur un ouvrage de référence en la matière : Surveiller et punir de Michel Foucault.

Incarnation de la norme dans l’action :
Rendre des comptes

2. L’écoute et le respect

Les modes de gouvernance dirigistes ne sont plus possibles ni souhaitables.

Comme par exemple muter sans avis préalable un professeur d’échecs compétent à l’animation scolaire du musée Vésuna à qui il est interdit d’en parler, même à ses proches !
En quoi cette décision n’est-elle pas dirigiste et en quoi devrait elle être frappée par le secret ?

Il ne s’agit pas de démocratie participative, mais il convient de tenir compte des avis exprimés…

L’auteur a raison. La démocratie participative ne peut prendre corps que si elle prend place dans un système électif, ce qui n’est pas le cas d’une administration. Il fait donc bien la différence entre administration et démocratie.
A part cela, dans l’écoute, la concertation, la prise en compte des avis tiers, la compréhension mutuelle, on s’y croirait. A tel point qu’oubliant ses propres mots il dit ailleurs au chapitre n°4 :

Enfin la mise en œuvre participative du projet d’administration constituera également un support de dialogue social.

Incarnation de la norme dans l’action :
Réunions régulières

3. L’exigence, l’ambition

Il faut poser des règles simples : dire ce que nous faisons et faire ce que nous disons.

Le respect entre les individus est la base de la vie en commun.

Celui qui définit le respect définit les bases de la vie en commun. Lourde tâche, rarement confiée dans l’histoire à un fonctionnaire territorial. C’est une innovation dont Aristote ne saurait rougir.

Incarnation de la norme dans l’action :
Réaliser des rapports d’activités et faire des tableaux de bord

4. La loyauté, la sincérité et la solidarité

Les sous-entendus, les menaces ou les intimidations témoignent de l’immaturité ou de la faiblesse.

Cette loyauté, en direction des élus et de sa hiérarchie, doit se retrouver pour tout membre de son équipe ou tout responsable, particulièrement en public.

L’indéfectible loyauté à la volonté de l’élu est donc la matérialisation de la soumission attendue dans le premier des 7 principes.

Incarnation de la norme dans l’action :
Renforcer et valoriser le dialogue social

5. Le courage

Au-delà d’être une valeur, le courage est une vertu individuelle.

C’est bien là la fonction d’un administrateur. Définir ce qui est vertueux ou ne l’est pas.

Il faut également avoir le courage de recadrer et de sanctionner à bon escient.

Aussi, ne pas savoir punir, (dialectique du maître et de l’esclave), est une forme de lâcheté.
Avoir le courage de châtier, c’est faire justice à ceux qui n’ont pas besoin de l’être.

Il n’y a pas de place dans une aussi grande structure pour l’arbitraire. Il n’y en a pas non plus pour la faiblesse.

Dans mon souvenir, même dans Ainsi parlait Zarathoustra les choses n’étaient pas aussi limpides.

Etre juste est une gageure, mais être courageux est possible.

Abandonnant l’idéal de justice, il vaut mieux s’en remettre à son surmoi.

Incarnation de la norme dans l’action :
Refondre les feuilles de notation

6. L’équité et la reconnaissance

Quand les règles sont claires et connues de tous, il est plus simple de justifier les décisions.

Il faut dire ce qui ne va pas, mais il faut aussi et surtout dire ce qui va.

Féliciter, remercier et transmettre les remerciements cela prend du temps, mais c’est indispensable.

Tu sauras user du bâton comme de la carotte, tu auras le courage de sanctionner et punir, mais dans ta sagesse, tu sauras aussi être magnanime et récompenser le bon comportement par ton remerciement. Impartial tu seras.

Ou encore :

Un geste d’humanité et de charité a parfois plus d’emprise sur l’esprit de l’homme qu’une action marquée du sceau de la violence et de la cruauté.

Nicolas Machiavel, Le Prince

Incarnation de la norme dans l’action :
Faciliter la mobilité, réviser le régime indemnitaire

7. La transparence

Motiver ses décisions ne suffit pas. Il faut donner accès à l’information.

L’information doit aussi être facilement compréhensible.

Les ordinateurs et les outils de communication prennent une place prépondérante dans notre vie professionnelle.

Mais attention ! Si la transparence est de rigueur dans l’organisation de l’information, le principe n°2 nous en rappelle les dangers dans la relation humaine :

Il faut savoir s’adapter à son interlocuteur mais ne pas prétendre non plus à l’absolue transparence.

C’est donc l’équilibre de la transparence relative qu’il faut rechercher. Aussi, comme la liberté, l’accès à l’information doit être surveillé et contrôlé.
Et là encore le Directeur semble connaître Le Prince :

Que pour être efficace il faut cacher ses intentions

Incarnation de la norme dans l’action :
Dématérialiser les procédures

:: De Descartes à Séguéla ::

Le reste du document s’applique à disposer techniquement des ces principes fondamentaux à toute action. Il ne sera pas détaillé ici. En revanche, retenons bien de quoi est constitué ce nouvel ordre moral qui va transcender la vie publique.

1. Tu seras responsable
2. Tu seras respectueux
3. Tu seras exigeant
4. Tu seras loyal
5. Tu seras courageux
6. Tu seras équitable
7. Tu seras transparent

Ces 7 commandements sont notre chance de nous racheter, de sortir de l’Enfer « d’avant » pour espérer joindre un Eden redécouvert. Il va de soi que l’auteur de ce Codex ne saurait contester qu’une seule de ces « valeurs » lui fait défaut. Sinon, il ne respecterait pas lui-même son propre principe n° 3.
C’est donc en toute logique qu’au-delà de l’ordre hiérarchique, donné à ses subordonnés de se soumettre à son œuvre morale, ces derniers peuvent avoir une confiance aveugle en leur nouveau directeur, de conscience (incluse).
Et nous pauvres pécheurs, si mal administrés depuis tant d’années, nous ne pouvons que nous féliciter de ce nouvel ordre moral, délivrant un service public des fers la décadence, du stupre et de la luxure.

Ils étaient fous ils seront responsables, délictueux et maintenant respectueux, autrefois laxistes et aujourd’hui exigeants, perfides devenus loyaux, des pleutres transformés par le courage, des êtres léonins promis à l’équité, dans l’orbe d’une transparence née de l’opacité.

Dans le jeu des contraires et de la cosmogonie, la nuit est première, fondamentale et originelle. Le jour en survient comme unique condition de la délivrance et du salut de l’âme.
La mise en scène de l’avenir meilleur, la Terre Promise, n’est possible qu’à partir d’un désert, de la non fertilité et d’une terre sans eau.

C’est pourquoi la probable doctrine développée pour l’administration périgourdine s’appuie nécessairement sur un passé obscur, mauvais, inefficace, martelé comme tel en permanence, et sous-jacent à tout ce qui va changer, nous transportant vers des jours ne pouvant qu’être meilleurs.
En permanence insuffler des raisons d’espérer, à moins de sombrer dans le désespoir ; c’est une règle d’airain celle-là.

Cette scolastique laïque, sous couvert de se présenter comme un art d’administrer, (management ou « ma nage ment » pour Jacques Lacan), se maquillant d’anglicismes conformes à l’esprit provincial de paraître à la mode, puise en réalité dans ses racines symboliques et religieuses, morales et coercitives, la justification de ses principes.

Ainsi, avec ce nouveau corpus doctrinaire sous le bras, les différents chefs de services sont ordonnés en catéchumènes de circonstance, dociles apôtres devant colporter la parole semi-évangélique de l’administrateur en chef.

Il n’y a rien de tel que simuler le cartésianisme, de faire croire au discours de la méthode ou aux règles pour la direction de l’esprit, afin, en réalité, d’adapter le comportement humain à sa propre volonté et le soumettre à son pouvoir. De même, il n’y a rien de mieux, pour qu’autrui agisse dans notre propre intérêt, que de le convaincre qu’il agit pour l’intérêt général. Ou bien que pour s’assurer sa servitude, on le persuade d’agir selon son propre libre arbitre.

Pourquoi un tel déploiement rhétorique ? Après tout, les « valeurs » édictées sembleraient consensuelles et devraient pouvoir trouver approbation sans contrainte et sans la musique maligne de la persuasion.
Car derrière la liberté la surveillance, derrière le courage la sanction, derrière la transparence le contrôle de l’information, derrière l’équité la pyramide hiérarchique, derrière la loyauté l’obligation mécanique, derrière l’écoute le renseignement, derrière la responsabilité la culpabilité. Et enfin derrière ce texte, l’ordre intimé de l’obéissance ou à défaut le blâme. Tout est dans le texte.

Mais gardons à l’esprit que le pêché de la religion est de vouloir prendre la place de Dieu.