Travaux de la mairie, l’heure du choix entre multinationale et économie locale

Vous n’êtes pas sans le savoir, la municipalité de Périgueux s’apprête – si ce n’est déjà fait – à choisir l’entreprise générale qui réalisera les travaux de réhabilitation de la future mairie rue Wilson. Les négociations auraient commencé cette semaine. Certainement le sujet le plus sensible du moment, ce marché public est sous haute surveillance.

L’enjeu est simple. La situation économique actuelle met de nombreux entrepreneurs du bâtiment locaux en difficulté. Ces travaux seraient les bienvenus. Sauf qu’en face il y a les mastodontes comme Vinci, Bouygues, et dans le cas de la nouvelle mairie : Eiffage.

Eiffage, un entrepreneur très impliqué dans la politique périgourdine

La patron local d’Eiffage est bien connu des services de…  la mairie de Périgueux. Il a toute l’attention du maire.

Faire payer leur mairie aux périgourdins pendant des décennies

C’est lui qui avait initié au 1er trimestre 2010 le plan de rendre les périgourdins « locataires » de leur mairie pour des dizaines d’années par l’intermédiaire d’un bail emphytéotique. C’est la mode chez les multinationales du BTP, proposer une sorte d’abonnement à long terme qui dépossède les citoyens de toute marge de manœuvre et les rendent captifs de contrats largement à l’avantage des entrepreneurs.

Déclasser le domaine public pour privatiser la place Montaigne

Mais Eiffage c’est aussi l’idée suggérée au maire de Périgueux de lui vendre la place Montaigne. Ce domaine public (inaliénable et incessible puisque terre de la Nation et non des seuls périgourdins) aurait du subir, selon les désirs d’Eiffage, une procédure de déclassement montée de toute pièce dans son unique intérêt.

Moralité, Eiffage local se pose en adversaire de la propriété publique du moment qu’il fait du flouze. Autant dire qu’Eiffage est un adversaire de taille pour les entrepreneurs locaux. Sa voracité apparait sans limite.

Marché public de la mairie, une attribution préparée de longue date ?

Impossible de savoir qui aura le marché de la nouvelle mairie. Pourtant, des signes discrets semblent préparer la justification d’un choix fait largement à l’avance et indépendant de la qualité de l’offre finale.

L’attribution du marché de la nouvelle mairie: un choix politique

Dans le cadre de l’attribution de ce marché public, le choix du lauréat aura donc, bien au-delà des considérations techniques et financières, une portée politique. Ce sera le choix de soutenir les entrepreneurs locaux en difficulté ou un géant du BTP qui dégueule de bénéfices. Ce sera le choix d’injecter de l’argent dans l’économie locale ou de faire plaisir aux actionnaires d’une multinationale.

Une estimation des travaux intentionnellement sous évaluée. Pourquoi ?

Depuis l’élection municipale de 2008, Michel Moyrand a fait le choix de minorer le coût des travaux. Evaluée à encore 1 M€ il y a quelques mois, puis 3.135 M€ et enfin 3.536 M€ par l’équipe de maîtrise d’œuvre, l’enveloppe des travaux est une variable d’ajustement stratégique. Aujourd’hui l’architecte et les bureaux d’études techniques évaluent ces travaux à 1 233.83 € / m². Hors mobilier bien entendu.

Autant dire que le compte n’y est pas. L’enveloppe prévisionnelle reste manifestement sous-évaluée. Elle pourrait permettre par exemple de répondre à un prix très bas pour s’assurer de proposer la meilleure offre. En retour dans ce cas, il serait entendu avec le maître de l’ouvrage de recourir à de nombreux avenants durant les travaux pour atteindre le coût réel. Cette technique est connue, pratiquée, mais illégale quand même. On verra bien.

Le choix dans le marché public d’une procédure adaptée (et non formalisée) se prête particulièrement à ce genre d’exercice. En effet, le candidat aux travaux peut se permettre de proposer de nombreuses variantes, toutes plus modulables et négociables les unes que les autres.Qui plus est, le dossier de consultation remis aux candidats par la maîtrise d’œuvre demeure assez peu détaillé, facilitant les variations techniques et financières. Heureuse coïncidence.

Si donc la mairie de Périgueux fait le choix d’enrichir les actionnaires d’une multinationale plutôt qu’injecter de l’argent dans les entreprises locales, les questions vont affluer et quelques miettes pourraient être redistribuées pour apaiser les esprits. Cela suffirait-t-il ?

Périgueux, le Costa Concordia de Michel Moyrand ?

Politiquement, la question est brûlante, aussi brûlante que se rapproche l’élection municipale de 2014. Cela dit Michel Moyrand n’en a peut-être cure. Dans les milieux d’initiés, de plus en plus de bruits courent sur sa non candidature en 2014. A deux ans de l’échéance, le bilan est tel qu’il n’est plus rattrapable, d’ors et déjà dé-plo-rable. Elu par le hasard à un poste surdimensionné pour lui, Michel Moyrand verrait aujourd’hui le Parti Socialiste lui chercher un remplaçant. Une bonne place à prendre.

Si aucun compte n’était plus à rendre à l’issue du mandat, le maire aurait les coudées franches pour un affairisme que l’on n’a même plus besoin de maquiller sous des allures d’intérêt général.