Un Conseil Municipal sans histoire

Les habitudes sont prises

« Présente ! » je lève la main, vieux réflexe. Un conseil municipal, ça commence comme à l’école, par l’appel. Le Maire égrène consciencieusement les 39 noms et prénoms, note les procurations, puis désigne le secrétaire de séance et rappelle l’ordre du jour.

Il est 6 heures du soir, la nuit tombe, froide et humide. Brrr ! Ce sera un « petit conseil » à ce que je vois, les procurations pleuvent. 2 excusés dans notre groupe et je remarque que l’une d’entre nous siège alors qu’elle sort de l’hôpital. Chapeau ! Nous sommes assis, comme de coutume, dans l’arrondi de la grande table du Conseil, face au Maire.

Les journalistes ont déjà dégainé leurs stylos. Ils sont assis derrière nous et devant quelques personnes venues assister à la séance. Un photographe prend quelques clichés. Peu de monde en vérité… Pourtant, la pression était, semble t’il, montée d’un cran, annonçant des échanges peu amènes, tels que la presse et le public adorent.

15 points à l’ordre du jour et 3 questions

Chaque point fait l’objet d’une lecture par l’adjoint concerné. On aimerait bien connaître la voix des autres conseillers mais il semblerait qu’ils n’aient pas droit à la parole…

Après lecture, le maire demande s’il y a des questions. Parfois l’opposition intervient (jamais les conseillers de la majorité) et le tout donne lieu à un vote inversé « qui est contre ? Qui s’abstient ? ». C’est une méthode beaucoup plus rapide lorsqu’il y a désaccord, étant donné la majorité écrasante «pour » : 30 voix contre 9… Encourageant vous ne trouvez pas ?

On parle de quoi ?

De l’achat d’un aspirateur de feuille à la provision de 1,6 M€ pour l’achat d’un terrain, tout est passé en revue de la 3° décision modificative (DM3 pour les initiés) du budget. Ce qu’on n’a pas dépensé, les transferts de budgets, les affectations. L’adjoint récite consciencieusement la note de synthèse. Le conseil semble suspendu à sa voix douce et monocorde.

Beaucoup de décisions font partie du «train-train » de la gestion d’une commune et les commissions préalables permettent d’anticiper ou même de désamorcer les conflits. Des entrevues « entre 4 zieux » sont également possibles entre les protagonistes.

Ce qui fait que le Conseil Municipal est rarement le « dernier salon où l’on cause ». Ce n’est pas un lieu de débat. On pose une question, le maire est censé y répondre. Si la question l’ennuie, il sait répondre sans répondre…

Les lectures sont rapides, on passe aux questions, pas de question ? On vote et on passe à la suivante. On a beau étudier le document (reçu quelques jours avant le conseil) et se préparer à intervenir, il ne faut pas relâcher un instant son attention !

A suivre

Parmi les sujets abordés, certains méritent, aiguisent mon attention :

  • le projet de construction d’un « drive in » Leclerc . Vous savez ? Les gens pourront commander par internet et viendront charger leurs commandes directement dans leur voiture. Il s’installerait à la place du Privilège. Je suis curieuse de connaître l’impact environnemental de ce projet car il impliquera une circulation accrue sur un axe déjà très fréquenté. Et comment il s’inscrit dans le PDU…
  • Le rafistolage de Mauvard. Aucune approche globale du quartier. Ce site n’est d’abord considéré que comme étant, je cite « le plus important pôle de stationnement gratuit à proximité immédiate du centre-ville » alors qu’il devrait être regardé comme l’écrin du bijou architectural qu’est notre cathédrale en vitrine de la ville.

Je persiste à dire que l’abandon du projet global de restructuration de l’espace autour de la Cathédrale incluant la conception d’un parking souterrain, d’une esplanade plongeant vers les quais, de la réfection de la place de la Clautre et du Greffe est une tragique erreur. Ce renoncement mène à des bricolages indignes de la beauté du site tout en réduisant les places de parkings (et les rendant payants). Dans un paysage non revisité, je crains fort que l’ascenseur ne fasse office de verrue au milieu du Thouin. A suivre de près.

  • La candidature de Périgueux « Label destination pour tous » qui prévoit un effort d’aménagement de la ville pour les personnes handicapées. Bien. J’espère que l’on pensera à réparer les trottoirs et équiper les feux tricolores de bip sonores… je remarque qu’encore une fois les entreprises commerciales sont écartées du sujet. Le FISAC (fonds d’intervention pour la sauvegarde de l’artisanat et du commerce) propose pourtant des aides aux commerçants souhaitant aménager l’accès de leur magasin. Le Maire répond que « mais bien sûr, ces demandes doivent être adressées au nouveau président des commerces@Périgueux. » Qu’on se le dise…

Les 3 questions qui font pchitt !

Vint le temps fatidique des 3 questions orales dont le protocole veut qu’elles soient posées par écrit 5 jours avant la date du conseil.

1. Rien n’est clair concernant la mise en place de la taxe sur la publicité, ni dans la procédure, ni dans l’intention, ni dans la manière d’informer les commerçants.

Réponse : tous les commerçants de la ville ont reçu la visite d’un représentant de la mairie, on maintient les tarifs, on ne prendra pas de délibération.

2. La délinquance augmente, quelques mesures préventives, peut être ?

Réponse : on organisera au printemps des « assises de la tranquillité ».

3° L’étude de la CAP devait porter sur le commerce de centre ville, elle ne s’intéresse qu’à la faisabilité du centre commercial. Vous voyez la différence ?

Réponse : non.

Allez, une bonne nouvelle !

Voilà, c’est tout. La séance est levée à 19 H 30. Je salue les collègues et adresse un clin d’œil aux fantômes des conseillers municipaux des siècles passés ; les murs ont leurs oreilles. Il me semble en entendre certains râler. Qu’ils se dépêchent, ils ne percevront bientôt plus que le silence.

Je rumine en repartant sous la pluie dans la nuit froide. Sans doute de bonnes intentions, mais peu d’efficacité et surtout l’impression d’un grand désordre : des études dans tous les sens et pas de cohérence, des opérations lancées et pas d’évaluation, des projets commerciaux sans consultation des premiers concernés, des investissements « petits bras » quand il nous faudrait un élan musclé et confiant.

I’m a lonesome cow boy far away from home… Je salue la cathédrale au passage. Quelle cité allons nous laisser à nos enfants ?

Le lendemain nous tombait du ciel une petite Mélissa, toute fraîche et rose sous son petit bonnet de laine, petits poings serrés et sommeil vigoureux. Vous savez quoi ? Je crois bien qu’elle aura les beaux yeux de son grand père…

« Les fleurs du printemps sont les rêves de l’hiver racontés, au petit matin, à la table des anges »

Khalil Gibran