Une démocratie « très magnifique »

Alors que sur le plan général, la vague participative en France est décrite comme stagnante, en quête de redéfinition, à Périgueux, au moins, tout est clair.
D’un autre côté, l’aspiration à la participation serait d’autant plus forte qu’elle s’ancrerait dans les territoires en se banalisant.

En se banalisant ? Certes, à Périgueux, elle serait extraordinaire.
Car au fond, elle ne signifie que trop peu si elle ne rime pas avec décision. Et le premier frein, étonnamment, à cette vague d’émancipation, c’est ce qui est fait de la décentralisation par les élus locaux. C’est pourquoi dans certains cas, les instances citoyennes sont littéralement devenues des contre-pouvoirs, lorsque des élus bornés n’avaient pas réussi à border les conseils de quartiers avec des hommes de main.
Incapables de sortir des logiques d’appareil, les mandarins locaux, en lieu et place d’être les premiers promoteurs de la participation, en sont de puissants adversaires.

Pas partout, certes. Mais là où la conception de la politique se borne à être politicienne, où le débat politique n’est jamais affranchi des réflexes binaires et partisans, où les cumulards entassent les dividendes indemnitaires, où le clientélisme fait loi et les prises illégales d’intérêts office de sport local, c’est moins évident.

Heureusement, rien de tout cela à Périgueux. Le maire nous rassure via le quotidien Sud-Ouest du 07 juillet. Il nous apprend que la démocratie participative, il l’a pratiqué pas plus tard que la semaine dernière, en tenant compte de l’avis d’un comité de quartier. Comprenons que sa conception de la démocratie participative consiste à tenir compte de l’avis de la population sur un sujet donné, de temps en temps.
Comme si l’association de la population aux décisions municipales consistait à tenir compte de leur avis, sporadiquement, quand cela ne dérange pas excessivement. Se moquer davantage tiendrait de l’exploit, nous n’irons pas jusque là.

Car dans tout système représentatif local, et uniquement représentatif comme c’est le cas à Périgueux, un maire tient fréquemment compte, ne serait-ce que pour soigner sa ligne électorale, de l’avis, de temps en temps, de tel ou tel instance populaire. En rabaissant la démocratie participative à une pratique aussi ancienne que courante dans la représentation, c’est littéralement les fondements de ce qu’on nomme « démocratie participative » en France que le maire est en train de nier. Pour les moins au fait, écouter la population et tenir compte de son avis selon l’enjeu, n’a rien à voir avec le développement d’une culture participative qui associe les citoyens aux décisions.

Et sur ce d’arguer que le projet de déménagement de la mairie était dans le programme électoral, comme si ce dernier ne comportait pas également un volet consacré à la démocratie participative. Sur ce dernier point strictement rien n’a été mis en place ; pas la moindre structure participative, l’once d’un dispositif délibératif, nada.
Nous voilà donc dans une situation politicienne au possible, où le maire n’applique pas son programme en matière de démocratie participative… Quand l’opposition qui affichait toute son indifférence pour elle se met à la défendre à coups de référendums locaux. (Sans arrière-pensée politique évidement).

Désireux à tout prix d’éviter une consultation de la population qui risquerait être défavorable au symbole de sa mandature et son unique projet en urbanisme, le maire préfère se persuader de connaître l’avis de la population sans l’écouter :

La population ne comprendrait pas que je fasse un référendum sur un projet qui figurait sur mon programme

Pas sur que ce soit la population qui ne comprenne pas.

Comme le tableau de Canaletto, sa démocratie est « très magnifique« .

La parenthèse politique est refermée.