Vaincre l’incivilité… un mal de chien

C’est quoi l’incivilité ?

L’incivilité au XVe siècle, c’était « le  manque de courtoisie ou de politesse, soit en acte, soit en parole ». Plus le temps passe et plus les « actes d’incivilité » sont nombreux et variés, plus ou moins agressifs. J’évoquerai ici les incivilités quotidiennes, les plus sournoises parce qu’elles ne sont sujettes, la plupart du temps, à aucune réprimande : les dégradations, l’abandon d’emballages, l’écobuage, le bruit, l’impolitesse,  en résumé : tout ce qui exprime l’irrespect des gens et des espaces publics.

Les universitaires se sont emparés de ce phénomène de l’incivilité pour en faire des thèses sociologiques, les politiques l’utilisent pour s’assurer des voix… mais en attendant, redescendons sur terre…

L’incivilité réitérée agit sur nous comme le bruit du moustique les nuits d’été. On peut se tartiner de citronnelle ou brancher un diffuseur d’insecticide, on peut mettre des boules Quies et se résigner aux cloques en attendant que ça se tasse. On peut aussi, à bout d’argument, surgir de son lit tel un diable de sa boite pour pulvériser les bestioles à grands coups de tapette et parsemer les murs de leurs cadavres.

Le ferment de l’incivilité : l’ignorance

« Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l’Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l’exécution des actes de l’Etat qui y sont relatifs ; La police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. » (http://www.police.online.fr/maire.htm). Donc, le maire prend des arrêtés et la police les fait respecter.  

Mais qui les connaît ? Qui peut citer un paragraphe du dernier arrêté règlementant l’utilisation du skate-park par exemple ? Qui connaît le n° de téléphone pour signaler une infraction ? Qui pourrait dire le montant de l’amende sanctionnant les dégradations : combien coûte par exemple l’arrachage des jeunes tilleuls sur la voie verte (phénomène récurrent) ? Quelle peine pour les 39 cannettes de bière jonchant  le « Plateau des Vagabondes » ? Quelle amende pour l’écobuage de quartier ?  Combien pour les vieilles baskets accrochées dans les arbres, les grilles de bouches d’égout arrachées, combien pour le scooter qui roule sur la voie interdite aux véhicules à moteur ?

Pour avoir une idée de la réglementation et des arrêtés qui la fixent, il faut aller à la pêche en mairie. On se demande pourquoi ils ne sont tout simplement pas affichés à proximité des aires de jeux ;  pourquoi ne rappelle t’on pas clairement les amendes encourues sur des panneaux à l’entrée des voies et des aires protégées ; enfin pourquoi on ne met pas tout simplement en ligne sur le site de la mairie les arrêtés concernant la vie de tous les jours des citoyens.

Dans l’ignorance, certains d’entre nous, (si ! si !) peuvent être incivils !

Utiliser la perceuse électrique à 8 heures un dimanche, brûler ses mauvaises herbes dans son jardin sans souci d’enfumer les voisins comme des jambons, faire la fête au-delà de minuit sans égard pour le sommeil du voisin-qui-a-bossé-toute-la-journée, ignorer les crottes laissées par son chien sur le trottoir parce qu’on a oublié le sac plastique, ne pas répondre au salut du passant parce qu’on est dans la lune…

Je repense à mon père, à qui, à 83 ans, ma sœur et moi avions reproché d’avoir pris un sens interdit -lui qui n’avait jamais été verbalisé en 55 ans de conduite et dont la conscience avait été forgée à grand coup de leçons de morale- Très en colère, il nous avait répondu « Eh bien ! Si à mon âge, je ne peux pas prendre de sens interdit ! ». Eh oui, l’incivilité ponctuelle, personne ne peut être assuré de ne pas la commettre un jour ou l’autre même les meilleurs d’entre nous.

La récurrence, c’est ça qui nous donne envie de saisir la tapette !

On rêve parfois d’une énorme tapette à mouches pour assommer certains jeunes ou moins jeunes, sportifs ou promeneurs qui salissent régulièrement nos espaces publics -démontrant ainsi qu’ils n’ont guère plus de cerveau que ces diptères-! Demandez aux agents de nettoyage ce qu’ils trouvent sur le skate-park ou sur les bords du canal. Demandez leur s’ils ne sont pas fatigués d’avoir à ramasser les papiers gras, les emballages de biscuits, les bouteilles en plastique pour citer que le plus banal (J’y ai déjà vu un matelas, une béquille cassée en deux, un banc retourné, une grille d’égoût…)

Alors la brigade verte sur la voie du même nom, pas mal comme idée dans la mesure où elle ne focalise pas ses efforts sur les mêmes, et si elle s’adresse AUSSI aux publics moins faciles à stigmatiser et surtout à attraper : les motocyclistes indélicats, les ados du skate parc, les cyclistes fous qui prennent la voie verte comme une piste d’entraînement… En attendant d’en chopper quelques uns, je propose d’informer le plus grand nombre en distribuant le code de bon usage de la voie verte.

Actuellement, il semblerait que la « tapette » du maire soit réservée aux propriétaires de chiens qui parfois osent offrir un peu de liberté à leur toutou, liberté relative et très ponctuelle (qui d’après la loi ne divague pas tant qu’il se balade à moins de 100 mètres de son propriétaire, à portée de voix –page 7 du guide-.

Eh oui, laisser un peu de liberté à son chien, dans des espaces verts non entretenus, loin des trottoirs de la ville, provoque l’ire des agents. Qu’importe si la vieille dame a habitué son (féroce) caniche abricot à trottiner dans ses jambes, qu’importe si l’aspirant maître chien se fait obéir au doigt et à l’œil : il faut une laisse, et d’un mètre s’il vous plait ! Pourquoi pas les porter comme des sacs à main ?

Plutôt que d’appliquer l’arrêté à la lettre, ne serait-il pas judicieux d’écouter ces périgourdins qui paient les taxes locales et participent solidairement à l’entretien des espaces. On les culpabilise à grands coups de tonnages de déjections récupérées chaque année, on oublie de parler du coût du nettoyage des rives et des espaces publics, du tonnage des déchets qui y sont régulièrement ramassés et qui ne peut leur être reproché.

Et si, au lieu de traumatiser les petites dames du canal, on essayait de dialoguer ? Et si on regardait ce qui se fait de mieux ailleurs par ceux qui ont compris qu’un chien n’est pas un meuble que l’on pose dans un coin. C’est un COMPAGNON qui fait partie de la vie et souvent de celle de personnes seules et âgées, qui contribuent à leur santé morale et physique. Une étude menée par l’agence Siloe souligne « l’animal peut devenir une solution thérapeutique ou au moins une piste de travail pour les maladies psychologiques modernes particulièrement répandues en milieu urbain ; l’animal est également un outil pédagogique ou socio-éducatif dans les classes ». Ils ont donc droit à un minimum de considération.

Les tenir en laisse, soit. Qu’ils fassent leurs besoins dans des espaces dédiés ? Pourquoi pas,  à condition qu’ils soient nombreux, visibles (comme les « canisites » de Chartres) et que les distributeurs de sachets ne soient pas vides ! ». Ces chiens ont besoin de courir (quand certains maîtres ne le peuvent plus !) Des villes ont résolu le problème en créant des parcs à chiens comme à Paris, comme à Clermont Ferrand avec son lieu d’ébats ou comme à Issy les Moulineaux et son cani parc.

Alors, de grâce, un peu plus d’attention et un peu moins de mordant !

« un chien qui court de joie de vivre est le bonheur personnifié »

Peter Gray