What canal do ?

Je fréquente le canal, matin et soir, à vélo ou à pied.

Le niveau est tellement bas, qu’on a l’impression que les canards marchent sur l’eau… Les poissons se regroupent à la recherche d’oxygène, bientôt ils nageront le ventre en l’air. Les poules d’eau, suivies de leurs petits, semblent perplexes. Les ragondins, rescapés du grand massacre, trottinent d’un terrier à l’autre sans se mouiller les pattes. L’eau est devenue verte et glauque.

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J’y croise l’insouciance, la grâce…

Je croise régulièrement les promeneurs, les joggeurs, les cyclistes, les vététistes, concentrés et insouciants. «How can we danse when the world is burning » ? Réponse : we can ! Le beau temps fait plaisir aux citadins…

Peu importe qu’à quelques kilomètres de là, une éleveuse de chèvres devra bientôt, la mort dans l’âme, faire abattre 40 de ses bêtes faute de pouvoir les nourrir. Les gamins dans la plaine des jeux poursuivent leur valse à deux roues, mêlant la grâce à l’audace.

Une grande indifférence semble s’être installée sur la voie verte.

… la bêtise ordinaire

Certains adultes font des barbecues dans le Jardin des Vagabondes, à la lumière des phares de voiture. Dans ce jardin, consacré à la biodiversité, je vois régulièrement pousser des fleurs de carton souillé, des bouquets de canettes de bière, des buissons de détritus au creux des arbres.

Une branche arrachée d’un jeune tilleul reste suspendue à l’arbre, comme la larme à l’œil. Sur la voie verte des modes doux, j’ai croisé des scooters, et même un camion de quelques tonnes, chargé à bloc de palettes…

Au matin il n’est pas rare que la fontaine publique crache son précieux liquide à gros bouillon. Le clapet ne fonctionne plus, la CAP n’a toujours pas investi dans l’entretien de ce matériel et il semblerait que ce soit difficile de tourner un bouton

Et ses conséquences

N’avez-vous jamais eu envie de botter le train des décervelés sans respect pour la nature ? Moi si, j’avoue. Je n’ai jamais mis en pratique, je vous rassure.

Mais rien que de l’imaginer, ça me fait du bien. La colère est une réaction saine à condition de savoir la maîtriser…

Hier j’ai croisé un jeune homme promenant sa fille en poussette. Il était en pleine dispute avec un retraité. Indigné, il montrait le canal et criait : « vous avez vu dans quel état il est ? Et vous avez le toupet de balancer une bouteille pour vérifier la profondeur de l’eau !»

Eh oui ! La bêtise n’a pas d’âge et l’aîné bafouillait dans sa barbe. Embarrassé, il refusait d’assumer la portée de son geste. La colère du jeune papa était rassurante, mais à côté de lui, la petite fille, apeurée, pleurait.

Nous sommes seuls, donc inefficaces

Alors, faut-il laisser filer ? Ne rien dire ? Mauvaise pioche. A St Georges, les plaintes s’accumulaient devant l’incivilité d’un groupe de jeunes. Le maire a fait la sourde oreille. Il a laissé filer.

C’était lâcher la bride des gamins, qui –normal- en ont rajouté une couche. Du coup, la colère des riverains est montée d’un cran et s’est organisée. Conséquences, à présent, on parle de conflit « entre les jeunes et les vieux », ou plutôt entre « les jeunes incompris » et les « vieux cons de bourgeois ».

Belle réussite après des assises de la tranquillité. Les Brigades vertes n’ont jamais vu le jour, encore promesse de Gascon. Les tensions montent : on en vient aux insultes, et bientôt aux mesures coercitives.

C’est ce qu’on appelle une belle réussite.

« La colère est nécessaire, on ne triomphe de rien sans elle si elle ne remplit l’âme,
si elle n’échauffe le cœur. Elle doit donc nous servir non comme chef, mais comme soldat. »

Aristote